16 avril 2009

D'un diplôme

O., très gentiment, m'a scanné le rapport du jury de thèse et mon diplôme, reçus en mon absence, pour me les envoyer par mail. Le diplôme a été établi le... 1er avril. Je ne sais pas trop comment prendre ça.

09 décembre 2008

De la fin de la fin de la fin !

Voilà. Le doctorat est terminé. Je me sens vide et heureux.

19 novembre 2008

D'un grand merci...

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... à Lancelot qui m'a épargné plusieurs heures avec un dictionnaire sur les genoux... en me traduisant le résumé de ma thèse en anglais.

On a toujours besoin d'avoir dans ses connaissances :

- un prof d'anglais,

- un plombier,

- un électricien,

- un avocat,

- un ministre.

 

Merci, merci !

 

 

17 novembre 2008

D’une note sur la thèse en forme de triptyque

Le 15 novembre 2008
Mon directeur de thèse m’a transmis, hier soir et ce matin, les avis de mes rapporteurs. Il m’avait dit avoir grandement apprécié mon travail, m’avait demandé ce que je pensais d’une possible publication. Ça m’avait fait sourire, non que je doute totalement de son jugement, non, mais je le sais parfois très enthousiaste, et il me semble que son amitié (et peut-être un certain sentiment de culpabilité) orientait peut-être son avis, ou, à tout le moins, le faisait glisser sur sa pente. Je ne sais pas comment l’écrire sans définitivement renoncer à ma modestie (et à ma pudeur)… disons que les deux rapporteurs ont rendu un avis qui m’a fait plaisir. Comme une vieille presbyte qui scrute à plusieurs reprises un bulletin de loto gagnant, j’ai relu trois ou quatre fois ces courts documents. Juste pour y croire un peu plus, mais tout en me disant que, peut-être, mon directeur leur avait dit quelque chose comme « allez, soyez sympas, pensez qu’après, nous en serons débarrassés ! Puisqu’il vous dit qu’il n’a pas l’intention de se lancer dans une carrière universitaire ! ». La première réaction de certains d’entre vous sera peut-être de me rassurer. C’est inutile, j’ai parfaitement conscience que c’est un peu irrationnel.

Le 17 novembre, 13h30
Me voici rue Françoise Dolto, dans ce quartier des Grands Moulins que je connais mal. À voir ces têtes si juvéniles, je me dis « mon Dieu, c’est hier que j’étais parmi eux, avec la peau parfaite de mes 20 ans » (peau aujourd’hui couverte de plaques pour cause de fatigue et de stress).
Dans une heure, je remets quatre des six exemplaires que je trimballe (c’est lourd : 6 fois 511 pages) depuis ce matin, et je me prépare à entendre des choses assez délirantes, susceptibles de me contrarier (« la couverture, ça ne va pas du tout », que sais-je encore).
Venir dans ce quartier et ne plus aller sur le cher (dear), venteux, inadapté, amianté campus de Jussieu, après une halte café au Relais (combien d’heures avons-nous pu y passer, Juliette, Yohanna et moi, à inventer la vie, à parler des cours de Marie [Depussé], à pester contre le bruyant club de philo amateur qui, une fois par semaine, investissait notre espace) – être ici et pas là-bas, disais-je, contribue à mon sentiment d’étrangeté. Bientôt, plus aucun thésard n’aura connu Jussieu. Ce qui n’a pas changé, c’est le vent glacial. La légende veut que l’architecture de Jussieu ait été conçue pour un pays chaud ; le vent s’y engouffrait, faisait virevolter les cheveux des gauchistes, arrachait les appareils dentaires, les sacs Buitton des plus bourgeoises d’entre nous, et les cours tardifs d’hiver nous abandonnaient sur le parvi transis de froid et attentifs : le sol était alors une vraie patinoire. Je tenais le bras de Juliette. Dans ce nouveau quartier, l’agencement rectiligne des rues creusées au bulldozer fait que le vent, sitôt levé, s’engouffre avec violence dans ces couloirs.
La vie universitaire s’y installe lentement. Des cafés chics, branchés et assez chers, de même que des chaînes de sandwichs investissent peu à peu les liens. Il y a un nombre prodigieux de banques. Racolent-elles les étudiants ? Sans doute pas ceux de sciences humaines ou de lettres, tous promis ou presque à une vie de crève-la-faim. Non loin de là, la Bibliothèque nationale, monstre de connaissance et d’inergonomie, et le MK2 Bibliothèque, multiplex qui s’essaie à la convivialité ou, tout au moins, à la signalétique de la convivialité, mais qui a le mérite d’avoir une programmation intéressante, c’est-à-dire de laisser une chance aux films étrangers (hors Occident) de « rencontrer leur public » sans se faire trop immédiatement écraser par les blockbusters qui déferlent chaque semaine ou presque.
À peu près tous les humbles immeubles de cet ancien quartier ouvrier ont été rasés. Une partie de la structure des Grands Moulins a toutefois été conservée et cela fait des années déjà que le Frigo est devenu l’un des plus officiels squats de la capitale (il n’attend plus que son classement). Alors ? quartier utopique ou mise en scène de l’utopie ?
Ça me fait penser à la petite Place à l’angle de Saint-Maur et de d’Oberkampf. Il y a quelques années, un artiste détournait chaque semaine l’affiche d’un grand panneau publicitaire – peinture, collage…). Un jour, est apparu à côté du grand panneau et le désignant, un petit panneau apposé par la Mairie, lequel disait, je crois, quelque chose comme : « Artistes, cet espace d’expression est le vôtre ».

 

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Légende : c'est le bordel at home


Le 17 novembre, 16h30
Après bien des péripéties – drôles et moins drôles – me voilà tiré d’affaire. Tout d’abord, je me suis fait gentiment sermonner par les responsables du doctorat de mon UFR parce que le dépôt des documents était bien trop tardif par rapport à la date fixée de la soutenance. J’ai tenté courageusement de me dédouaner en mettant tout sur le dos de mon directeur. Hop-là ! On m’a annoncé que, contrairement à ce que m’avait dit mon directeur, il fallait bel et bien que je me réinscrive. Ah là là quelle vie ! Ah là là quelle vie qu’cet’vie-là !
Je suis passé au bureau de la recherche pour déposer mes deux exemplaires de thèse, mon dossier de soutenance et quelques papiers à remplir en vue de ma réinscription. J’ai découvert qu’être au mieux avec le monsieur en question (qui m’avait abondamment vu l’année dernière pour cause de dossier égaré) facilite bien des démarches (Hop là encore). Dans son bureau, coup de fil scandalisé de mon directeur qui trouve inadmissible qu’on m’impose une nouvelle inscription juste pour ma soutenance. « Passez-le moi ». Et ça palabre ! ça palabre ! ça négocie ! En vain…
Je file à la scolarité pour payer. Je suis accueilli par l’Agent comptable d’un…
- Ahhh… monsieur C. Notre meilleur usager ! Mais je m’inquiétais de ne pas vous voir apporter votre obole cette année… Prenez un chocolat et faites chauffer votre carte bleue !

Bon, ok, ça ne s’est pas passé exactement comme cela. Une chose est sûre, entre la réinscription et les frais de la thèse, je vais tous leur fabriquer leurs cadeaux de Noël cette année.

08 novembre 2008

De l'angoisse

Trois quarts d'heure à tuer, le temps que le gentil monsieur relie les deux exemplaires de ma thèse (2 volumes) à envoyer en urgence aux rapporteurs. Je suis dans un état de fébrilité ininterrompue depuis trois jours et plongé dans une angoisse poisseuse depuis hier soir. Coup de téléphone de mon directeur de thèse lundi dernier, alors que je flânais (pauvre innocent que j'étais !) dans la très belle librairie de la Galerie de la Reine à Bruxelles, feuilletant avec intérêt un livre consacré à Hammershoi, m'abandonnant à l'idée que, vraiment, il y a dans ma nature quelque chose de la grande mélancolie du nord – les heures lourdes et poussiéreuses, la pluie contre les vitres, le haut ciel d'un bleu glacial...

- Christophe, j'ai votre date de soutenance : ce sera le 9 décembre. Bien sûr, c'est un peu tôt, mais ça arrange tout le monde et puis vous passerez de meilleures fêtes... Et surtout : tout se passera bien, vous verrez !

Bah voyons ! Tout le monde ? En est-il bien sûr ?

Il m'a parlé du jury, choisi avec soin : ils sont tous très sympathiques. Tant mieux car je n'ai guère envie de me faire brutaliser. Encore une fois, cette thèse n'est pas la porte d'entrée ouvrant sur une carrière universitaire. Elle clôt une période, longue, de ma vie, celle au cours de laquelle je me suis concentré sur un projet au long cours, avec des hauts et des bas, des doutes à l'occasion, et puis, rapidement, la certitude que je ne pouvais plus reculer, que je ne pouvais plus arrêter sous peine de rester tout le restant de mes jours avec cette blessure narcissique à panser. Cette thèse a été le lieu de rencontres formidables. Non avec mes collègues du même labo (que je vois rarement sinon jamais), non avec d'éminents spécialistes rencontrés lors des quelques colloques auxquels j'ai assisté, non, mais avec des livres, avec des auteurs qui ont véritablement – loin de l'agitation un peu poseuse, de la mesquinerie (et des coups bas à l'occasion) du milieu de la recherche universitaire – changé ma vie. Je pèse mes mots. Tous ont orienté mon regard sur le monde, lui ont offert, d'une façon ou d'une autre – chères figures tutélaires – l'acuité, la distance, la nostalgie, la révolte : Lewis Mumford, Baudrillard, Gilbert Simondon, pour ne citer qu'eux, et quantité d'auteurs russes des années vingt et trente, emportés par la révolution, empêtrés dans les grandes et sinistres manœuvres staliniennes : Andreï Platonov, Pilniak, Alexeï Tolstoï...

Et il y a le sentiment très vaniteux de maîtriser un tant soit peu un sujet, de pouvoir mettre les choses en perspective.

 

Mais alors que j'écris, je suis angoissé au-delà du raisonnable. J'essaie de ne pas penser à tout ce que j'ai pu omettre, par ignorance ou par urgence ; je pense aux coquilles qui – comme les objets – se manifestent toujours dans les moments inopportuns ; je pense à toutes ces corrections faites trop rapidement et qui ont sans doute à l'occasion laissé les phrases bancales ou le sens trahi ; je pense aux problème srene.jpgd'acheminement du courrier, aux difficultés administratives (la malchance administrative se frotte toujours les mains à mon approche). Je pense... je pense... Je pense trop et ne parviens plus à faire la part des choses. Manifestations de l'angoisse : gorge nouée, estomac écrasé, envie de crier « taisez-vous », « poussez-vous ». Dans ces cas-là, je n'ai plus aucun discernement, à tel point d'ailleurs qu'il me semble que le partitif conviendrait davantage : j'ai de l'angoisse comme on a de l'acné. J'en ai plein la gorge – au point que cela me déclenche parfois des douleurs ganglionnaires –, plein les mains (dans le Rôdeur, de Pierre Herbart, le personnage de Serge, lointain cousin du personnage d'Alain, de Drieu la Rochelle, explique qu'il avance dans la vie "du cœur malade plein les mains").

Un jour, il faudra bien que je me décide à avoir dans les poches de ces petites pilules multicolores – de l'Euphorax* par exemple – pour m'apaiser, m'anesthésier un peu lorsque, loin de pouvoir me livrer pieds et poings liés à la dévastation intérieure, il faut impérativement que la vie, dans ce qu'elle a de plus quotidien, continue.

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* Un jour de désœuvrement, une amie et moi avions inventé ce médicament, supposément fabriqué en Corée du Nord...

13 août 2008

De l'attente d'un ciel bleu et d'une herbe grasse

Je suis en vacances dans deux semaines. J'allais écrire que je ne les avais jamais attendues avec une telle impatience - mais ce n'est pas vrai : il y a deux ans, le bouclage d'un bouquin impossible m'avait porté à l'extrême limite de l'épuisement nerveux et je ramenais alors chez moi de quoi travailler deux ou trois heures chaque soir.

Destination : le Béarn. Faire des jeux de société, lire à l'ombre (j'espère donc qu'il y aura un peu de soleil), écrire, jouer au badminton, faire des desserts, me baigner dans le Gave, essayer d'attraper des pottoks, faire un saut à Biarritz, Bayonne, San Sebastian, Salies de Béarn...

Terminer ma thèse (c'est-à-dire la relecture et les ultimes corrections).

Pendant ce temps-là, le Petit Prince préparera son départ pour Londres puis partira. Aurais-je un pincement au cœur ? (sans doute) Me sentirais-je soulagé ? (sans doute).

Pour mon retour de congé, un certain nombre de psychodrames professionnels sont déjà en préparation. Un boulot monstre m'attendra. Qu'importe. Trois semaines de répit à venir...

06 avril 2008

De l’achèvement d’une thèse

Quelques-uns autour de moi, pour s’être très sincèrement réjouis à mon annonce, m’ont toutefois demandé si je n’appréhendais pas un peu la post-thèse. Qu’ils soient rassurés : il me reste encore quelques (nombreuses) semaines de travail. Tout d’abord, mon directeur doit me proposer des corrections. Il faut également que je complète la bibliographie et le texte lui-même de quelques références glanées in extremis. Enfin, il faut que j’affronte la soutenance. J’en suis malade d’avance. Je me fais l’effet d’être un escroc sur le point d’être démasqué. Non que ce « travail de recherche » ait été bâclé ou honteusement copié sur un autre. Et quand je prends la peine d’y réfléchir, je me dis que je maîtrise les auteurs que j’ai étudiés. Et pourtant… Tout cela relève très largement d’une analyse. Passons.

Que faire après ? Suivre la voie universitaire ? Tenter d’épuiser mon travail en articles, en participation à des colloques ? Peu probable. Je ne minimise pas mon investissement. Pendant sept ans (oui, je sais !), j’ai lu, relu, annoté, écrit, corrigé, sans jamais cesser de m’intéresser au sujet. Mais c’était une démarche particulière, j’ai creusé le sillon de mon rapport à l’écriture, j’ai découvert avec un réel bonheur d’autres auteurs ou les philosophes de la technique… sans jamais véritablement m’investir dans la vie universitaire : j’ai, finalement, peu vu mon directeur tout ce temps, je n’ai guère pris de contacts avec les autres thésards…
Au fond, il s’agissait de me faire plaisir. Et de me prouver que je pouvais mener quelque chose à son terme. Je crois que si j’avais dû abandonner, je ne m’en serais pas remis. Mais, dans la mesure où l’université est dans l’état qu’on lui connaît et qu’il faut quasiment jouer des poings pour s’y faire une place (ce dont je suis bien incapable), il était pour moi évident dès le départ que l’inscription en doctorat ne relevait pas de la formation professionnelle.
Alors que faire après ? Sans doute épuiser le plaisir, la fierté que j’éprouve à avoir fini quelque chose. Et me tourner vers d’autres horizons. Écrire davantage pour moi. Trouver ailleurs l’énergie de me lever le matin pour aller travailler.