02 mars 2009
Des rideaux tirés
Soirée avec le Petit Prince et le Renard hier soir, le premier étant à Paris le temps d'un week-end. Je ne les avais pas vus depuis des semaines. Pas davantage que ChapiChapo, et j'ai soigneusement évité de donner des nouvelles. Et j'ai annulé toutes les invitations qui réunissaient trop de gens. Le sentiment d'extrême fatigue qui est le mien depuis des semaines me pousse à l'isolement. Je n'ai plus la force de tenir le masque
social qui me permet d'être léger, de participer bien volontiers aux joutes verbales. Ce n'est pas moi, cela n'a jamais été moi et je n'ai pour l'instant pas la force d'offrir à autrui, le confort adulte de ma supposée légèreté. Je ne m'autorise pas (et me l'autoriserait-on seulement ?) à évoquer l'impression tenace que j'ai, en tout cas dans les moments poisseux de la journée, que je vais tomber, les genoux vissés dans l'asphalte. J'ai hésité à accepter leur invitation et, jusqu'au dernier moment, j'ai été tenté d'annuler.
Sans doute avais-je un peu envie de voir le Petit Prince, de mesurer l'étendue des dégâts possibles. Et puis non, ou plutôt pas grand-chose. Le souvenir évanescent de son regard un peu dans le vide, à l'occasion posé sur le mien. J'avais envoyé un message au Renard pour lui dire que je ne voulais pas parler de moi, ne pas avoir à expliquer mes silences. Je le remercie d'en avoir tenu compte et de m'avoir offert leurs dernières mésaventures, un concret qui, ni ne m'engage, ni ne me menace, et sur lequel j'ai pu greffer mon sourire sans efforts.
Mais alors que j'écris, je ne sais toujours pas si j'ai suffisamment mûri pour ne plus me laisser durablement - et souvent tristement, il faut bien le dire, engluer dans des sentiments amoureux qui m'ont longtemps laissé désemparé, un peu plus que cela, ratiocinant, histoires qui me piégeaient, pourrissant en pied et gangreneuses. Ou bien si je déploie de tels efforts pour m'adapter à la réalité que je laisse tout filer - sans discernement, dans l'indifférence des jours qui s'accumulent - des élans de ce qu'il convient d'appeler mon âme, abandonnant et le triste et le vrai. Car tout est là, dissimulé derrière un rideau lourd : son sourire que je recherche encore.
23:03 Publié dans La boîte noire, Le Petit Prince | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le petit prince, le renard
08 décembre 2008
D'un sourire apaisé (momentanément ?)
J'ai vu le Petit Prince et le Renard hier. Ils m'ont un peu raconté les difficultés qu'ils ont eues à trouver, à Londres, un appartement (provisoire) pour le Petit Prince. Une collocation, une toute petite chambre. « Oh mais on pourra peut-être mettre un matelas pour les visiteurs », dit-il tendrement en renonçant à mon regard pour celui du Renard. J'ironise en disant qu'après tout, avec des attelles, les invités peuvent dormir debout appuyés contre le mur.
Le travail de la nostalgie fait lentement son œuvre. Il me manque moins. Lorsque je le vois, je le quitte plus facilement. Je ne cherche plus pathétiquement à prolonger sa présence. Et je ne cherche plus à m'endormir en pensant à lui.
Faut-il seulement me croire ?
Je dois bien admettre que je le regarde toujours avec tendresse et, quand je marche derrière lui, j'ai toujours, à un moment ou à un autre, envie de poser mes mains sur ses épaules, ou d'enserrer sa taille, et de poser mes lèvres sur son cou blanc. Mais plus nous nous connaissons et plus l'espace réservé à ces fulgurances sentimentales se réduit.
Alors qu'ils insistaient pour que je les accompagne à un dîner où j'étais initialement invité et auquel j'avais renoncé pour cause de préparation de mon oral, j'ai refusé sans pincement au cœur. Et je suis rentré chez moi sans me retourner tristement.
01:12 Publié dans Le Petit Prince | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : le petit prince, le renard, angelo badalamenti, twin peaks
11 septembre 2008
Du rêve de la nuit dernière
J'ai rêvé du Petit Prince la nuit dernière. Je crois que nous étions dans un amphithéâtre de fac. Il y avait avec nous une troisième personne mais que je ne parviens plus à identifier, peut-être s'agissait-il de D. Ces deux-là me faisaient passer des petits mots un peu ambigus, des espèces de QCM amoureux sur l'air de « lequel préfères-tu ? » (des questions qui ne me sont posées que dans les rêves ? pas exactement). Je me suis réveillé dans cet espace étrange à la frontière de la douceur du rêve et de l'âpreté de la réalité.
J'ai écrit « pas exactement » dans la mesure où le Petit Prince m'a déjà – dans le lointain de sa candeur ou depuis la cruauté de ses élans de manipulation ? – posé la question « Qui préfères-tu, du Renard ou de moi ? »
Je m'en étais tiré par une pirouette, osant tout de même dire qu'il éveillait en moi des élans protecteurs.
J'ai reçu tout à l'heure de lui un mail, en réponse au mien le questionnant sur sa récente installation à Bruxelles. Il est toujours dans cet entre-deux de la distance prudente (et, à mes yeux, froide) et des élans semble-t-il spontanés de tendresse.
Lors de mes premiers jours de vacances, j'ai eu l'occasion de retracer à G. l'histoire de nos ambiguïtés depuis le mois d'avril. Il est de mon avis : bien malin celui qui pourra comprendre son attitude...
00:05 Publié dans La boîte noire, Le Petit Prince | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : le petit prince, le renard, g., bruxelles
04 septembre 2008
D'un coup de téléphone
Coup de téléphone ce soir au Petit Prince qui part demain. Il fête son départ avec nos amis communs et quelques autres. « Dommage que tu ne sois pas là ».
Mais parce qu'on ne peut pas être pathétique au premier degré en permanence, ce soir, en vous invitant à écouter ce qui suit, je serai pathétique au 3e degré.
Hot Chocolate, Put your love in me (1976)
21:53 Publié dans Le Petit Prince | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : le petit prince, le renard, hot chocolate, put your love on me
13 août 2008
De l'attente d'un ciel bleu et d'une herbe grasse
Je suis en vacances dans deux semaines. J'allais écrire que je ne les avais jamais attendues avec une telle impatience - mais ce n'est pas vrai : il y a deux ans, le bouclage d'un bouquin impossible m'avait porté à l'extrême limite de l'épuisement nerveux et je ramenais alors chez moi de quoi travailler deux ou trois heures chaque soir.
Destination : le Béarn. Faire des jeux de société, lire à l'ombre (j'espère donc qu'il y aura un peu de soleil), écrire, jouer au badminton, faire des desserts, me baigner dans le Gave, essayer d'attraper des pottoks, faire un saut à Biarritz, Bayonne, San Sebastian, Salies de Béarn...
Terminer ma thèse (c'est-à-dire la relecture et les ultimes corrections).
Pendant ce temps-là, le Petit Prince préparera son départ pour Londres puis partira. Aurais-je un pincement au cœur ? (sans doute) Me sentirais-je soulagé ? (sans doute).
Pour mon retour de congé, un certain nombre de psychodrames professionnels sont déjà en préparation. Un boulot monstre m'attendra. Qu'importe. Trois semaines de répit à venir...
01:17 Publié dans Le Petit Prince | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : le petit prince, le renard, béarn, thèse
04 août 2008
D'un retour
Le Petit Prince et le Renard sont rentrés hier des États-Unis. Le Petit Prince y avait deux entretiens professionnels. Très enthousiasmés par New York - mais comment ne pas l'être : la ville et ses grands espaces verticaux est si familière et irréductible en même temps. Par contre, ils ont été nettement déçus par San Francisco selon eux bien loin de l'image d'Épinal. Il faut dire qu'à peine arrivés, ils se sont retrouvés dans une rue assez mal famée où deux gangstas se poursuivaient, l'un décidé à faire la peau de l'autre.
Les États-Unis leur ont laissé une impression globale peu agréable ainsi qu'ils me l'ont longuement expliqué hier soir. Violence omniprésente, sans-abris très nombreux, et pour beaucoup shootés (et pas à cette bonne vieille Villageoise) et hagards. Là-bas ils se sont sentis non pas français mais violemment européens. Pas de doute, s'être régulièrement foutu sur la gueule (et ne parlons que de ces mille dernières années), ça crée des liens, disons une certaine familiarité historique et culturelle. Ils sont donc rentrés saoulés de drapeaux américains fièrement exhibés. Mais comment cette nation peut-elle assurer sa cohésion autrement qu'en se rassemblant - en premier lieu - derrière la bannière étoilée. Car quel lien autre peut-il y avoir entre un Texan et un New-Yorkais ? De là aussi sans doute la propension des États-Unis, au-delà des dangers réels et de la quête d'une suprématie idéologique qui ne dit pas tout le temps son nom, à se trouver des ennemis...
Le Petit Prince va donc finalement rester un an au moins à Londres - et non à New York ou à San Francisco. J'ai lu dans les yeux du Renard l'étendue de son soulagement. J'ai tenté de suggérer que mon propre enthousiasme reposait donc sur mon empathie pour le Renard. Ce n'était pas tout à fait exact bien sûr, mais c'était loin d'être complètement faux. Je crois que ce voyage - pourtant pas très long - a été salutaire.
00:26 Publié dans Le Petit Prince | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : mon amour, mon ami, le petit prince, le renard, etats-unis, new york, san francisco
29 juillet 2008
De Kafka sur le rivage
J'ai terminé hier midi Kafka sur le rivage de Murakami, offert par le Petit Prince et le Renard pour mon anniversaire. Un roman initiatique (mais pas d'apprentissage, du moins en regard des canons occidentaux du genre) peuplé d'êtres étranges et franchement en marge (un être androgyne et hémophile, un vieillard qui parle avec les chats, un garçon qui s'érige contre un destin effroyablement œdipien, les forces hostiles et bienfaisantes d'une réalité autre et j'en passe). Temps et espace se déforment sous le poids de nécessités qui échappent aux personnages (et au lecteur). Très agréable à lire, ce roman offre l'irruption dans le quotidien d'étrangetés magiques - même si les choses s'enchaînent un peu vite les cent dernières pages (mais là encore, c'est comme pour nous dire que nous n'avons pas la main sur les brusques accélérations du temps et, qui sait, sur les déterminismes des univers autres). On a l'impression que l'auteur ne nous donne à lire que les rugosités d'événements qui se produisent, pour l'essentiel, dans un monde où nous n'avons pas (plus ?) accès.
Par instants, je pensais à Twin Peaks ou à Mulholland drive, c'est-à-dire au goût de Lynch pour l'illustration répétée de la possible coexistence de plusieurs niveaux de réalité entre lesquels les personnages errent... et que l'auteur, le cinéaste, se refusent à orchestrer.
Une petite erreur qui je me suis amusé à relever : ce n'est pas Charly Brown qui est flanqué d'une security blanket (un objet transitionnel ou, en langage non psy, un doudou, un nin-nin) mais Linus van Pelt...
22:35 Publié dans Les livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kafka sur le rivage, murakami, linus van pelt, objet transitionnel, le petit prince, le renard



