13 août 2008

Du manque d'envie de donner un titre à un post

 

Il y a les amours de l'enfance, les petites fiancées que les adultes nous inventent presque et qui se fendent en un regard, lancé de biais, vers le petit garçon dont le sourire nous fait fondre (initiant alors le long cycle des tempêtes qui agitent l'âme).

Il y a les amours de l'entrée en adolescence, les jeunes filles qui nous choisissent et qu'on regarde avec tendresse dans la lenteur de gestes qui ne seront jamais qu'amorcés, les copines qui pleurent dans les toilettes pour un amour qui naît, pour un amour qui meurt, pour la brusquerie ou pour l'indifférence d'un garçon qu'on trouve un peu plus que sympathique et autour duquel on a parfois l'impression de rôder. Dans la honte, dans la douleur, dans la peur de soi-même et des autres.

Il y a le premier amour, réconciliation du corps et de l'âme, sentiment de toute-puissance, de conquête du monde, les mots qu'on a envie de lancer à la gueule de l'hostilité, amour qu'on quitte pour la conquête de l'univers tout entier ou qui nous quitte pour un sourire inconnu, un œil qui frise, des lèvres chaudes, que sais-je...

Il y a les amours qui entrent dans nos vies pour une heure, une semaine, un mois, qui nous façonnent, qui nous délimitent, qui nous désespèrent, qui nous euphorisent, qui nous donnent l'envie de continuer, de recommencer.

Il y a les amours étranges et douces, les amants avec lesquels on tisse un quotidien clairsemé, qu'on voit de loin en loin mais qui comptent infiniment, avec lesquels on se surprend à rêver, et qu'on voit repartir dans un lointain pays au moment où, sans doute, on est le plus démuni.

Il y a les « guerriers de passage, à peine vus, déjà disparus », la longue cohorte de ceux que l'on charge de nous réconcilier - et avec quoi ?

101825330_b3457918a5.jpgIl y a les rencontres qui nous intimident - regards croisés, mails échangés et tout le reste - et qu'on n'osera jamais, depuis notre dépit, depuis notre solitude, depuis notre peur...

Il y a toutes ces histoires qu'on a ratées sur des chemins de cœur qui se sont croisés trop tôt ou trop tard.

Il y a la tentation d'exhumer de son répertoire le numéro d'une vieille histoire qu'on va être tenté de ressusciter - pour qui, pour quoi - avançant avec nos sabots lestés.

Il y a les grandes déceptions et les petits bonheurs.

Il y a les amours sages.

Il y a les Petits Princes, réécouter Barbara, qui nous donnent envie de nous réconcilier avec une certaine idée d'un absolu qu'on croyait disparu - et soudain, l'on croit que toutes ces années écoulées n'ont été que le saccage de nos rêves, l'éloignement de notre Être - et qui nous laissent démunis, oscillant entre légèreté (plumes, pétales qui tombent) et gravité noire (la Seine qui draine toutes ces mémoires égarées). Ne pas céder. Par amour, par amitié, par tendresse, pour les uns et l'autre. Ravaler ses mots, déplisser ses yeux, mettre les mains dans ses poches, courber l'échine en attendant que ça passe.

Les Petits Princes qui partent, finalement pour plusieurs années, construire leurs vies ailleurs et qui se retournent pour voir, restées à quai, leurs propres histoires - leur ami, leur compagnon. Et moi, dans l'ombre duquel je me cache avec des ressorts assez dérisoires de sublimation.