29 novembre 2011

Réflexions en bas-de-casse

La semaine dernière, rendez-vous chez la dentiste qui remplace celui qui me suivait depuis quelques mois, mais que je n’avais pas revu depuis mars, et qui est, depuis, parti vers d’autres aventures (Britney Spears – dont il m’avait confié être honteusement fan – à fond les écouteurs j’imagine). Je lui explique la situation, car certaines règles particulières d’hygiène s’imposent, ainsi que certains traitements antibiotiques en préventif. Donc je fais le laïus habituel – Hodgkin en 2001, infarctus en mars, suffisamment grave pour qu’on me greffe le mois suivant, etc. Elle arrête de prendre des notes et me regarde avec des yeux comme des billes : « Mais on vous a greffé de quoi ? » Ca m’a fait rigoler. L’un des pharmaciens de l’officine m’avait fait le même coup, alors qu’il avait vraiment tous les indices à sa disposition, là sur l’ordonnance… C’est amusant de voir les mécanismes de résistance à l’œuvre.

 

Je fais depuis quelques temps des rêves érotico-sentimentaux mettant en scène des Indiens (d’Inde) – à moins qu’ils ne soient pakistanais. Je dois avouer que c’est assez délicieux, mais cette répétition m’intrigue. Est-ce parce que j’ai toujours trouvé très charmant l’un des serveurs du restaurant indo-pakistanais à côté de chez moi – bien qu’il ait la même coupe de cheveux qu’Ahmadinejad (*) ? A moins que… à moins qu’il ne s’agisse d’une preuve supplémentaire du principe de mémoire cellulaire… A coup sûr, on m’a greffé le cœur d’une princesse indienne, ce qui explique aussi pourquoi je suis de plus en plus gracieux à mesure que les jours passent... Elle devait toutefois avoir un pied-bot : la chorégraphie bollywoodienne, c'est pas pour demain. Mais bien d'autres espoirs sont permis, ainsi que me l’a suggéré un échange de regards (vous savez, on se croise, on échange un regard, on compte jusqu’à cinq, on se retourne encore) rue du faubourg Saint-Denis, en revenant justement de chez ma dentiste.

 

Je reprends le travail en janvier (techniquement, c’est même en décembre, mais je pose des congés). Ca m’a tellement euphorisé qu’en l’apprenant, j’ai dû immédiatement me remettre sous Ksanaks… Je sais ce que je dois à ce travail sur le plan de la santé… La bonne nouvelle, c’est que c’est dans le cadre d’un mi-temps thérapeutique. J’ai envoyé un courriel à mes supérieurs hiérarchiques pour leur expliquer assez ironiquement – mais fermement – qu’un temps de travail réduit à 50 % était bien entendu calculé sur la base du temps légal de travail et non sur la base des heures que j’effectuais effectivement auparavant. Certains de mes proches s’inquiètent de me voir retrouver ce boulot auquel j’ai sacrifié beaucoup de temps, d’énergie et de patience. Je les rassure : tout cela n’a plus aucun sens pour moi… et je n’hésiterai plus à dire « non ». Et puis ce mi-temps me permettra d’écrire ce spectacle dansant morbido-comico-érotique, et d’influence vaguement indienne, donc, dont j’ai déjà le titre (je n’ai que cela pour être honnête) : Pissenlit et ses racines.

 

Une des cardiologues (loin d’être ma préférée) m’a dit l’autre jour : « Alors, vous êtes content de reprendre le travail ? » Il faut vraiment me croire sans imagination pour penser que je me morfonds chez moi… Je lui ai dit simplement « Non, pas vraiment… », et là, j’ai eu droit à une copieuse leçon de morale, du genre « estimez-vous content d’avoir un travail, si vous étiez dans le privé, il y a des gens qui ont été virés suite à leur greffe, blablabla… » Je lui ai simplement répondu qu’elle me voyait désolé pour ces infortunés travailleurs, mais que ce qu’elle me disait ne m’était vraiment d’aucun réconfort.

 

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(*) Pour être sincère – et je vous laisse en déduire d’effarantes mais justes conclusions (vous ne rêvez pas) – la bonne syntaxe devrait peut-être être « parce qu’il a la même coupe de cheveux qu’Ahmi… » : on ne contrôle pas ses fantasmes...

19 novembre 2011

Quelques nouvelles...

Je me fais un peu rare ces temps-ci... et j'essaie de suivre les blogs des uns et des autres, mais c'est pas toujours facile. Mais je vais bien, je vous assure. Simplement, je marche beaucoup, je m'installe au chaud dans des cafés pour écrire, je regarde des dvd. Et puis l'inspiration s'est momentanément évadée : quelques notes sont commencées, jamais terminées, et j'en censure certaines qui me portent trop à la répétition...

Alors en attendant, quelques photos de mon déjà ancien voyage dans le Sud-ouest...

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La campagne béarnaise, encore bien lumineuse au mois d'octobre. De très belles journées, chaudes même, mais le sol semblait par moment sur le point de suinter toute son humidité automnale...

 

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Vues sur la vallée des Aldudes.

 

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La côte, au-delà de Saint-Jean-de-Luz. Pas eu le droit, encore, de me baigner, pas plus en mer qu'à la piscine... l'année prochaine peut-être.

 

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Le port des pêcheurs, à Biarritz.

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Biarritz, toujours. Avec la même évidence. De très belles vagues cette nuit-là, rien à voir avec la mer étale lors de mes dernières vacances.

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Et voilà ce qui se passe lorsque j'essaie de prendre en photo la statue de la Vierge. Mes nettes tendances polythéistes prennent le pas et ça tourne à la Priapée ! (n'hésitez pas à cliquer sur l'image pour une vue... plus nette !)

27 septembre 2011

Tout ça pour ça ?

Comme dirait l’autre, « faut pas s’mentir », je n’ai jamais aimé le sport. Quitter le monde du jeu (qui ne durait jamais assez longtemps) pour entrer dans celui du sport (qui durait toujours trop longtemps) a été une de ces épreuves terribles de la pré-adolescence.

Courir pendant des heures en jouant à chat, monter et descendre des buttes en vélo, nager dans la rivière, sauter du haut des rochers, grimper aux arbres – tout cela constitue une jolie réserve de souvenirs. Mais dès lors que sont apparus la composante compétitive et le prof de sport, rien n’est plus jamais allé. Et d’ailleurs, en y repensant, je n’ai jamais vu dans le sport la célébration de valeurs, mais plutôt celle des plus bas instincts. Je ne prétends pas avoir raison, j’explique ! – et chacun voit midi à sa porte. Des sports d’équipe, je ne retiens que l’émergence de leaders, et j’ai toujours détesté les leaders. Puis, pour ne rien vous cacher, la quasi-totalité des profs de sport que j’ai eus étaient de parfaites caricatures : il y avait le libidineux qui aidait les filles à grimper à la corde tout en contrôlant l’état de leurs fessiers, la prof de sport lesbienne (et psychorigide) dont on ne pouvait guère tirer un sourire, le prof de sport allemand qui comptait dans la langue de Goebbels et nous menaçait d’un bâton. Je n’invente rien. Et ce n’était pas qu’un problème scolaire : j’étais rétif à tout enseignement de ce type : je voulais bien skier, mais surtout ne pas apprendre : il était hors de question qu’un adulte au visage orange, qui sentait fort la cannelle, puisse s’imaginer m’impressionner en haussant la voix.

Comme la vie ne manque pas d’humour (et ne croyez pas que je l’ai découvert cette année), je me suis retrouvé à travailler dans le secteur du sport. Je voudrais immédiatement calmer les ardeurs de certains lecteurs : les sportifs ne viennent que rarement, sinon jamais, dans mon bureau, nus et oints d’huile. La plupart d’entre eux sont d’ailleurs assez discrets, voire timides, et les plus grands crétins se recrutent moins dans leurs rangs que parmi leurs entraîneurs et leurs cadres. On y trouve une ribambelle de machos gueulards, quelques-uns particulièrement bas de plafond, qui vilipendent ceux de leurs athlètes qui, ce matin-là, ont couru « comme des gonzesses » ou pire encore : « comme des tarlouzes », et j’en passe. L’excès de cholestérol bouche les artères, l’excès de testostérone bouche les neurones.

Voilà pour le préambule.

Mais je me dois de préciser qu’ils ont tout de même un cœur à l’intérieur : ne pleurent-ils pas lorsque leur champion monte sur le podium ? Ne sanglotent-ils pas lorsque la Nation ne reçoit pas le coûteux privilège d’organiser les Jeux ?

Voilà pour la nuance.

Copi disait en substance que tous les mâles argentins étaient de fieffées folles, que plus ils affichaient leur virilité triomphante, plus ils étaient couineuses à l’intérieur.

Voilà pour l’idée forte.

J’accompagne *** dans une enseigne assez connue d’articles de sport, l’occasion d’une très jolie promenade à pied, entre le 2e et le 13e, dans une de ces matinées lumineuses et blanches qui offrent selon moi la plus belle lumière aux immeubles parisiens. Sitôt entrés, je m’étonne : environ 80 % de la surface du magasin est dédiée à la fringue. Oh, ça, l’alibi sportif est bien là : fringues qui vous moulent avantageusement, fringues qui transforment votre sueur en boisson énergisante, fringues pour cyclistes, pour marcheurs, pour coureurs – et j’en passe. Les plus machos des plus machos, ceux qui ne se rasent que pour faire du vélo, peuvent donc se livrer métrosexuellement à une folie dépensière – « quelle folie ces soldes, on achèterait tout ! » – en toute quiétude : « – Mais le rose, là, ça fait pas taffiole ? – Mais non Kevin/Trésor/Sofiane/Mercédos, ça fait rugbyman au contraire ». Genre !

Voilà pour l’anecdote à proprement parler.

Je ne sais pas si les designers de godasses thermoformées (mais coûteuses) sont d’anciens forains, mais attention, ça pique les yeux ! Accessoirement, je prierai les épileptiques de s’éloigner de l’écran.

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Voilà pour le son et lumière. (Oui, je sais, il n'y a pas de son : je vous invite à chantonner un morceau des Village People).

19 septembre 2011

Avis placardé

Comme une envie de supprimer certaines notes de ce blog pour l'alléger un peu, le resserrer.

19 août 2011

Une matinée ordinaire et presque advenue


podcast

Il est 9 heures. L’homme de ménage astique consciencieusement la porte vitrée du hammam du passage des Panoramas. Il est encore un peu tôt pour venir s’y encanailler, même lorsqu’on est un monsieur d’âge très mûr debout dès potron-minet et qu’à la pâtissière de la rue du Croissant, on préfère les petits mitrons du bordel du coin. Il y a presque deux lustres, un flic était venu prendre du bon temps avec son arme de service. Deux personnes avaient été tuées.

Plus loin dans le quartier, les costards-cravates et les tailleurs beiges entrent dans le bâtiment de l’AMF (Autorité des marchés financiers), qui fait face au kolossal et, il faut bien le dire, imprononçable Palais Brongniart, en tirant des tronches de trois pieds de long.  C’est un peu inquiétant tout de même. Combien d’informations tenues secrètes, combien de rumeurs à désamorcer ce matin ? Les financiers, petits et grands, sont méprisables, les pilleurs de chaussures thermoformées sont méprisables – mais seuls ces derniers verront leurs bobines affichées ces jours-ci dans les tabloïds anglais… Envoyer l’armée ? Et pilonner la City alors ? Tiens, en parlant d’humanité navrante (rien que ça !), il faut que je me dégotte des bouquins de Régis Messac dont j’avais adoré, il y a quelques années, le Quinzinzinzili…

Il est 9 h 15, les coursiers en deux roues et les livreurs de petits-déjeuners pour amateurs de réunions matinales et de globish, jouent aux cons en prenant leurs premiers sens interdits du jour, et en doublent d’autres : les chargés de com’, montés sur des scooters rouges, qui quittent le quartier, les gosses sur le porte-bagage – Maxence et Ligeia –, pour les déposer chez leur nounou africaine (tiens, il faudrait penser à lui demander quelques recettes à base de manioc et de poulet mariné)… Ok ok, une nounou payée au black : on peut être « de gauche », avoir souci du bien commun et anticiper le coût des travaux prévus l’hiver prochain dans la maison en Corse. D’ailleurs, ces temps-ci, on a « mal à sa gauche » : aucun leader, aucune idée et voter pour un parti révolutionnaire, c’était amusant jusqu’en 2002. Maintenant qu’on sait qu’on est dans un pays possiblement fasciste… Pff ! Plutôt s’exiler à Genève que subir un second quinquennat de NS… Ah la Suisse… Est-ce si mal que cela d’y envoyer un peu d’argent en prévision des jours difficiles qui s’annoncent ? Après tout, c’est la crise, non, et il a déjà fallu renoncer aux vacances de Pâques… Heureusement qu’Anne-Marinella est, bien qu’outrageusement gauchiste (mariée, elle a eu une aventure avec un Turc une fois), directrice des ressources humaines de sa boîte : ce sont toujours les derniers à dégager, c’est bien connu !

Il est 9 h 30 et, oisif parmi les oisifs (fonctionnaire en arrêt maladie longue durée), je me paie le luxe d’un café rue Saint-Denis avant le rendez-vous chez mon généraliste. Les greffés sont terribles : une petite fièvre, un éternuement et hop ! on passe devant tout le monde. Inutile de larmoyer particulièrement, il suffit de le préciser sur un ton badin (« Je suis LE patient greffé du docteur ») à la secrétaire qui vous a initialement accueilli sur un ton cassant (« Peut pas être en bonne santé comme tout le monde çui-là ? ‘s’que chuis malade moi ! »). Vous allez voir comme elle va se démener pour vous caser (elle n’a pas envie d’avoir votre mort sur la conscience : l’été est déjà assez pourri comme ça), quitte à compresser façon César une pondeuse angoissée (rêver d’un lapin peut-il donner la myxomatose ?) et un vieux venu se faire prescrire des pruneaux - mais aussi du viagra : deux beautés l'attendent au café en bas.

Chacun voit midi à sa porte. Personnellement, j’adore griller la place des femmes enceintes toujours promptes à vous coller leur baudruche sous le pif, bide qu’elles passent en outre leur temps à caresser, des fois qu’on les pense aérophages (partons du principe que personne ne caresse une poche d’air). Pousse-toi la grosse, j’ai un CMV, tu veux que je t’éternue dessus ? Et j’ai des vers de terre dans les poches ! Quoi ? Tu me crois pas ? T’es certaine de vouloir prendre ce risque ?

À côté de moi, en terrasse, deux prostituées du quartier, trop blondes, la poitrine offensive, la résille défraîchie, renoncent vite à me lancer tout cet attirail à la tête. Elles côtoient suffisamment de gentils petits couples de pédés installés dans le quartier (C’k’il est drôle votre bouledogue/Jack-Russell… Oh on dirait même qu’il vous ressemble) pour prétendre les identifier rapidement – pas de temps à perdre, ici comme ailleurs. Entre deux bouffées de cigarettes, les rires explosent, un peu gras, un peu vulgaires. Je connais ces rires. Ils disent, grosso modo : « On vous emmerde ! On a bien le droit de rire en attendant nos Vladimir et nos Estragon. »

Il est 9h50. Une petite mousse ne leur fera pas de mal – elles en profiteront pour se laver les dents dit l’une, tandis que l’autre pouffe de rire. À la vôtre !

15 juillet 2011

Ce qu'il ne faut pas entendre tout de même...

Je vous les donne comme elles me viennent...

L'une de ces citations - qui méritent largement de passer à la postérité - est fausse.

 

Maladroite : « T’es pas du tout mon genre, mais tu as beaucoup de charme quand tu parles »

Une jeune fille avec laquelle je passais beaucoup de temps dans les bars à proximité du lycée et dont j’ai oublié jusqu’au prénom (1992).

 

Curieux des choses de la vie : « Je suis pas pédé, mais je passerais bien la nuit avec toi »

Un légionnaire déserteur. Par ailleurs, devant sa petite amie (1993).

 

Audacieux : « Toi, tu es soit skateur, soit DJ, soit gay »

Un type qui s’était garé à la hussarde sur Rivoli pour m’accoster et dans la voiture duquel je sautai pour filer à  Saint-Michel à la recherche d’une pochette oubliée dans une cabine téléphonique (1998).

 

Assuré (avec un fort accent toulousain) : « Tu sais, je suis aussi beau en garçon qu’en fille »

Un travesti que je venais d’embrasser (2000).

 

Bourgeois : « Toi, tu m’appartiens ! »

Un type avec lequel j’avais  vaguement couché la semaine précédente (2000).

 

Force de vente : « Toi, t’as l’air sympa. Tu veux pas venir bosser avec moi cette nuit ? A deux on se ferait vachement de fric ! »

Un prostitué rencontré dans un café (2001).

 

Enthousiaste : « Toi, tu ne sortiras pas de chez moi avant que j’ai joui »

Un sociopathe qui m’avait enfermé chez lui, un appartement quasiment vide de meubles et totalement rose (murs, moquette, etc.) [1998].

 

Désespéré : « Continuez à danser ! »

Le patron du Bar à Juliette, A. et moi, alors qu’il venait de nous payer à chacun une bière à condition que l’on mette un peu d’animation dans son établissement désert (1997).

 

Trop précis pour être honnête : « 24 centimètres et demi… »

Un type un peu louche dans un endroit non moins louche qui s’adressa à moi en ces termes sans même dire bonjour. Il ne manquait que le clin d’œil (1998).

 

Organisé : « Va m’attendre dans la salle de bain, enlève ta culotte, penche-toi au-dessus de la baignoire, j’arrive. »

Le mari d’un pote, complètement bourré (je ne l’ai jamais vu autrement), à une soirée rue Moret (2000).

 

Confus : « Ma femme vient de me quitter. Tu veux pas la remplacer ? »

Un type bourré dans le disparu marchand de cloppes royaliste de la rue de Rivoli (1998).

24 juin 2011

Journée ordinaire de contrôle

podcast


‘Tain, je manque de glisser dans ma baignoire : manquerait plus que ça, que je m’ouvre le crâne après avoir autant coûté à la collectivité. Bonjour le retour sur investissement !

- Et de quoi il est mort ? Un rejet fulgurant ?

- Non il a embrassé la baignoire avec son front.

- Ah ouais ? c’est con ça ! Faudra dire autre chose aux gens… On a pu récupérer des organes ?

- Juste ses faux-cils tout collés sur un vieux bout de nougat, au fond d’un tiroir de son armoire à pharmacie.

Combien de temps avant qu’on me retrouve tout sec (l’eau était coupée) ? Ma mère m’appelle tous les deux jours, mon père tous les trois jours. Les Juliette’s seraient sans doute les premières à donner l’alerte.

Sur le site Internet des taxis H8, soi-disant (ouais, c’est ça) aucun taxi conventionné disponible dans mon quartier entre 6 h 30 et 7 h 30 : on croit rêver. Comme si ça les dérangeait vraiment de m’en envoyer un depuis Montrouge avec déjà 25 euros au compteur ! Les taximan finiront dans un enfer digne de Bosch. Du moins je l’espère. J’erre sur les grands boulevards, hèle tant que je peux, peste après mon leadershiplessness. J’essaie de commander un taxi I9 par téléphone – même pas conventionné cette fois : « Aucun taxi n’est disponible dans votre quartier ». Ouais, et mon c**, c’est du poulet ? Alors pourquoi je vois un taxi J10 stationné devant l’ex-Scorp’, dont le conducteur feuillette distraitement un vieux Lui des ’70 ?

- J’t’emmène où tu veux trésor. T’aurais pas du nougat ?

- Suivez cette ambulance qui manifestement fonce vers l’entrée des artistes de la Pitié-Salpêtrière ! Et coulez-moi ce porte-avions !

 

Arrivé deuxième en consultation, tous les espoirs sont permis : si TOUT se passe bien, je peux espérer en repartir vers 14 h. Le pied.

Check-list :

- Prise de sang : aucune difficulté. Avec un peu de chance, je serai même pas obligé d’y retourner après-demain parce que le sang aura coagulé (cas de la dernière fois).

- Petit-déjeuner sur place : correct. Deux biscottes. Un chocolat chaud industriel. J’entame mon marathon « potomaniaque » visant à me fluidifier le sang au maximum.

- Tension un peu élevée : l’infirmier me demande si je suis énervé ou angoissé. « C’est pas exactement ça, chéri. » Il a un divin accent slave. C’est le seul cas où je pardonne à un poilu de ne pas être brun.

- Électrocardiogramme : parfaitement normal. Le problème, c’est l’arrachage des électrodes. En plus, l’hirsutisme est un des effets secondaires du Néoral. Faudra que je songe à me raser le torse. Surtout que je ne suis pas brun et que j’imite aussi bien l’accent slave que Michel Leeb l’accent chinois.

- Retour en salle d’attente : j’attaque mon deuxième litre de flotte. D’autres patients commencent à arriver. ‘tain, voilà l’autre qui me colle toujours, qui gagnait 5 000 euros par mois, qui pense que tous les fonctionnaires sont des feignasses, qui va s’acheter un appartement en Floride (véridique). Trop de greffés et pas assez de caïmans. Et toujours pas de nougat. Tiens, c’est quoi ce truc qui me tourne autour ? Un moustique espagnol ? Bah dis donc, ça fait déjà une heure que j’en suis le ballet aérien !

- Biopsie un peu plus douloureuse que d’habitude, mais dieu merci pas au point de faire descendre l’anesthésiste psychopathe qui brutalise tout-à-trac patients, infirmiers, autres médecins. Les initiés le reconnaîtront. Pas moi : je ne l'ai jamais vu, mais j'en demande une description, afin de pouvoir le repérer. "Il est haut comme ça et il marche comme ça", me fait l'interne. Ca les fait rigoler.

 

Bon là, je vais écourter : retour en salle d’attente. En théorie, il ne me reste plus que la radiographie du thorax (j’en suis à combien de grays, moi, depuis le mois de mars ? Et ce cancer des poumons à petites cellules, ça avance ?) à faire une heure après la biopsie, histoire de vérifier que le sécateur n’est pas resté sur le cœur, qu’un poumon n’a pas été perforé, que je ne fais pas d’hémorragie interne – j’en passe et des meilleurs –, puis l’échographie cardiaque qui accompagne l’entretien avec le cardiologue et la redéfinition des dosages…

Et là, c’est le drame : les toubibs partent déjeuner et j’apprends qu’ils enquillent avec une réunion de staff…

Dans la salle d’attente et dans le couloir où certains préfèrent rester bien visibles, dès fois qu’on les oublierait, des vapeurs d’anti-rejet commencent à se dégager de la sueur des patients et les font complètement délirer : l’hôpital public en prend pour son grade ! Je déteste ces conversations de café du commerce où chacun y va de son anecdote. Comme je suis beaucoup trop lâche pour gueuler que je suis fonctionnaire aussi et que je les emmerde, je me contente de soupirer bruyamment en posant mon bouquin sur mes genoux, sur l’air de « C’est pénible pour tout le monde, siouplè, pourriez-pas parler moins fort ? ». Une heure passe, puis deux, puis trois... puis quatre... Je reste tout sourire quand je vois passer une infirmière : je ne veux surtout pas me retrouver avec un tampon "connard" sur la couverture de mon dossier médical.

Que disais-je ? Ah oui, écourter.

Donc :

  1. A priori tout va bien cette fois encore (mais les résultats de la biopsie ne seront disponibles que vendredi).
  2. On me diminue certaines doses de médoc’
  3. J’obtiens l’autorisation de pouvoir aller au CCN de Saint-Denis en RER et non plus en taxi, à condition d’éviter les heures de pointe et de m’équiper. Je vais être coquet avec mon masque (et mes faux-cils), mais qu’importe puisque (message aux potentiels lecteurs bossant à la CPAM) je n’ai toujours pas ma prise en charge à 100 % et que ces taxis commencent à me coûter la peau des fesses ! Décidemment, plus rien ne fonctionne dans ce pays et c’est déjà heureux qu’on ne se livre pas au cannibalisme…

Bref, il fait beau… Je quitte le service vers 17 h 30. J’ai eu le temps de terminer Ondine, de La Motte-Fouqué, une petite pâtisserie du début du XIXe siècle, et j’ai bien entamé L’Histoire des maisons hantées, de Stéphanie Sauget. Il fait beau et je repars à pied chez moi, tranquillement, à mon rythme, marche entrecoupée d’une halte dans un café de Saint-Mich’. J’aime bien l’odeur de Paris quand il fait beau après la pluie. Je mangerais bien du nougat.

11 février 2011

Un midi à Vincennes

A Vincennes, la proximité du fort (où j’ai d’ailleurs été  réformé voilà des années) livre parfois à la rue un spectacle amusant : ceux des militaires qui déjeunent, boudinés dans leurs treillis, d’un magret de canard et de pommes de terre sarladaises, laissent augurer bien des défaites. On a du mal à les imaginer dans l’infanterie. D’autres, beaucoup plus fringants, portent fièrement leur costume d’apparat (quelques médailles, dont le sens m’échappe, ornent les plastrons) et devisent joyeusement. Mais des œillades lancées à droite et à gauche aux jupons qui passent évoquent davantage des plans de conquête féminine que la résolution du conflit en Afghanistan. En les regardant, j’ai l’impression d’être près d’officiers viennois au XIXe siècle. Sissi n’est pas loin : quintessence de l’armée d’opérette.

Au fond, je préfère les savoir à Vincennes plutôt qu’embourbés (le terme est consacré) dans un conflit où ils laisseront peut-être leurs plus beaux morceaux. Et quand on songe que les dernières victoires militaires de la seule armée française remontent grosso modo à Napoléon – ainsi que l’avait fait remarquer, un peu perfidement, mon amie C. à l’occasion de l’interview d’un gradé de Saint-Cyr –, on a carrément envie de se contenter de les regarder, dans leurs beaux petits costumes gris, jouer aux petits soldats sur une table du mess.

21 janvier 2011

Mon père, ce héros

Tous les jours que notre Grand Horloger fait – et les autres jours aussi d’ailleurs –, je le bénis de n’avoir pas tenté ma mère avec les délices de l’informatique. Parce que seul mon père a un ordinateur, et c’est bien suffisant. Je reconnais entre mille son coup de fil larmoyant de 20 heures et j’en connais la cause : pour des raisons parfaitement insondables, son ordinateur, qui fonctionnait divinement bien encore une heure auparavant, s’est soudainement mis à toussoter, crachoter, suinter. Pendant des années, j’ai cru qu’il bidouillait un peu, jusqu’à ce que je découvre qu’en réalité, c’était sa copine (la précédente, malheureusement) qui tenait les manettes. Donc, les fonds d’écran disparaissent, les disques s’évanouissent dans les lecteurs, les fichiers apparaissent mystérieusement sur le bureau, les sessions utilisateurs s’écrasent. Surtout, mon père est sans doute le seul être humain à avoir une adresse mail qui ne requiert pas de mot de passe... « Mais si, je te jure ! ». C’est ça, oui. Je m’attends à ce que son portable, un jour, lui vomisse à la figure en lançant des injures déshonorant sa sainte mère. Quant à la souris…

C’est épuisant bien sûr. À chaque fois que je lui dis d’appuyer sur une touche ou de lancer un programme, sa première réponse fuse, invariable : « Jépaça ». Si tu l’as, regarde bien. « Ah oui… ». Les informaticiens vous diront que la plupart des problèmes viennent de l'interface chaise/clavier...

Et aucune des méthodes que je lui propose par téléphone ne marche jamais, un peu comme si son OS avait été programmé rien que pour lui par un moine fou de Transylvanie... Je lui ai dit mille fois de m’apporter son portable lors d’un passage à Paris afin que je puisse au moins lui installer de quoi prendre la main à distance, mais il doit juger sa méthode infiniment plus drôle. Et n’essayez même pas de faire pleurer Margot : non, mon père ne prend pas le prétexte d’une panne informatique pour entendre la voix de son fils que vous supposez ingrat.

09 janvier 2011

Comment rendre fou son chef ?

Avant peut-être de régler l’épineuse question du comment, il importe de répondre à celle du pourquoi. Comment ça pourquoi ? Mais c’est évident, non ? Interrogez donc votre intelligence en toute honnêteté ! Cessez donc de tourner autour du pot ! Mais, puisqu’il faut vraiment tout vous expliquer…

1° Il est au-dessus de vous, ce qui est en soi un scandale. Votre maman ne vous a pas élevé (au rang de prince) pour vous savoir à la merci d’un parfait crétin sans talent qui est sans doute arrivé là où il est par coucherie ou par réseau !

2° Le monde des sociétés est une illustration permanente du principe de Peter et tout cela n’a que trop duré. Le management à la papa, c’est bon pour ces loosers du comité des forges. La modernité attend de vous une véritable révolution des pratiques. Et pour cela, vous le savez bien, il faut se débarrasser de ces maillons de l’arrière-monde…

3° Votre chef est probablement un fou dangereux qui ment à ses propres chefs pour se couvrir et vous impose en conséquence de rattraper ses âneries (promesses intenables, données chiffrées hasardeuses, etc.).

4° Se débarrasser de son chef, c’est un peu comme tuer symboliquement le père : ça va toujours mieux en le faisant ! Ce vieux singe a assez fait de grimaces comme ça. À votre tour de prendre le contrôle du troupeau de secrétaires ou du cheptel de jeunes stagiaires naïfs.

 

Mais je tiens à préciser que si se débarrasser de son chef relève du bon sens, je ne recommande pas l’élimination physique. Bien que tentante, elle est absolument contre-productive. Vous avez sans doute suffisamment zoné devant les séries policières pour savoir qu’avant même la justice divine – d’ailleurs par essence peu clémente – s’exerce celle des hommes : les coups de bottin dans la tronche ou les « chutes » dans l’escalier du commissariat, c’est surtout drôle quand ça arrive aux autres. Quant à vos mirettes, déjà bien abimées par des heures passées devant un écran d’ordinateur, elles ne se remettront pas de trois heures avec une lampe de 300 watts dans la tronche. Enfin – et contredisant les scenarii que vous vous faites dans votre grand lit vide – il est peu probable que vous trouviez délicieusement distrayant d’être enfermé dans une cellule avec trois codétenus qui auront l’outrecuidance de vous annoncer sans rire que vous ne valez qu’une demi-cartouche de cigarettes !

Donc, nous sommes d’accord, il s’agit de pousser votre chef au départ ou, plus satisfaisant encore, à la faute. Pour cela, il importe de déterminer son profil psychologique, car toute votre stratégie en dépendra…

 

PS : Je ne suis évidemment responsable que de moi-même et aucunement des conséquences fâcheuses qui pourraient découler d’une mauvaise interprétation de cette note.

 

PERSONNALIT É PASSIVE-AGRESSIVE

Comment la reconnaître

C’est souvent une grande gueule : votre chef vient dans votre bureau pour se plaindre de ses propres chefs, incompétents, imbéciles – et qui ne le méritent pas. Ah mais on va l’entendre ! Sauf que vous savez de source sûre qu’en réunion, hypocrite à souhait, il ne cesse de répéter : « oui, monsieur, bien monsieur, vous avez raison, je le fais asap ». Et, quand il quitte la réunion, c’est pour venir vous dire : « Il est hors de question que je fasse ce que me demandent ces connards ! D’ailleurs, je ne me suis pas gêné pour le leur dire ». Sa tactique d’opposition : faire traîner les dossiers, demander inlassablement des précisions ou des éclaircissements. Méfiez-vous : au besoin, il dira à qui veut bien l’entendre que ses dossiers avanceraient plus vite si son service n’était pas qu’un repaire d’incompétents.

Comment la pousser à bout

Première phase : Prêtez-lui une oreille attentive et retenez-vous de livrer le fond de votre pensée. Collectez toutes les informations possibles. Demandez-lui constamment son avis en précisant à quel point il est précieux.

Deuxième phase : A la machine à café, auprès des secrétaires ou de vos collègues des autres services, saluez son courage, sa clairvoyance, sa détermination – mais laissez entendre qu’il prend peut-être des risques inconsidérés à employer un langage aussi violent pour critiquer ses chefs ou ses collègues de même niveau hiérarchique et que ça vous embêterait que ça lui attire des ennuis. Refusez de donner des exemples au nom de votre loyauté.

Troisième phase : Dites-lui que, d’après les rumeurs, son propre chef a bien l’intention de se décharger sur lui d’un certain nombre de dossiers – et vous trouvez ça bien évidemment scandaleux.

Ce qui va se passer : Par anticipation et par principe, il va prendre en grippe son chef et se montrer particulièrement rétif à réaliser les tâches qui lui sont confiées – y compris celles pour lesquelles il est effectivement payé et qu’il réalise depuis toujours – sous prétexte qu’elles lui sembleront toutes outrageantes. Ne cessez pas d’être dans l’empathie et, s’il tente de vous refiler le boulot, allez constamment le voir dans son bureau pour geindre : ces nouvelles tâches vous semblent particulièrement ardues compte tenu de vos compétences limitées. Ah comme vous enviez les siennes… Si vous êtes en mesure de faire son travail (ce qui est vraisemblable), réalisez les rapports (qu’il signera) en laissant quelques ambigüités : avec un peu de chance, il transmettra le rapport sans les remarquer et sera infoutu, en réunion, d’apporter les précisions requises. S’il vient vous brailler dessus, mettez-vous à pleurnicher en disant que vous êtes désolé et allez vous répandre à la machine à café.

 

PS : Si vous voulez vous débarasser de votre chef, il est probable que vous releviez vous aussi de ce type de personnalité...

 

(à suivre)

30 décembre 2010

Lénine, Staline et la musique à la cité de la musique

 926373-1097821.jpgNombreux morceaux à l’écoute illustrant les différentes périodes de la création musicale de la première moitié du XXe siècle. J’y ai retrouvé les phases qui me sont familières en littérature et en arts graphiques : l’inventivité extrême (jusqu’aux années vingt grosso modo), les guerres de chapelles instrumentalisées par les différentes organisations culturelles étatiques (jusqu’à la moitié des années trente), le retour au nationalisme (avant et pendant la Seconde Guerre mondiale) et, enfin, le réalisme socialiste définitivement imposé par Jdanov au lendemain de la guerre. Reste que certains courants musicaux me parlent nettement plus que d’autres et si je mesure bien les enjeux et les aspirations des compositeurs « machinistes », je passe complètement à côté d’autres.
De très efficaces morceaux de Mossolov, Prokoviev, Glière, Chostakovitch ou Dechevov – par efficaces, j’entends finalement : illustrant bien la sensibilité des compositeurs à la modernité, mais aussi et surtout aux motifs imposés par le régime. J’ai apprécié aussi que soit illustré l’extraordinaire travail conjointement mené, au début du siècle en tout cas, par les musiciens, les dramaturges, les réalisateurs, les dessinateurs (de décors ou de costumes), etc., pour faire émerger des œuvres collectives en rupture totale (et naïve) avec ce qui avait été fait jusqu’alors : il fallait saluer l’homme nouveau, le triomphe de la technique, l’espoir sans fin qui s’annonçait.

 

Par ailleurs, bien des aspects de l’exposition m’ont un peu déçu, à commencer par l’absence totale d’évocation du pathétique. Car s’il y a bien un adjectif pour décrire la trajectoire des artistes soviétiques, c’est celui-là. On ne perçoit guère la tragédie qu’a constituée l’immense espoir se heurtant violemment au dogmatisme (euphémisme) d’un régime intrinsèquement paranoïaque. Bien sûr, sont évoquées les morts ou les épisodes dramatiques des uns et des autres artistes – le suicide du poète Maïakovski, la condamnation à mort de Meyerhold, la mise à l’index de Prokoviev, la déportation de sa femme, les autocritiques à répétition de Chostakovitch, et j’en passe – mais sans donner à voir (et à entendre) le systématisme de la menace étatique. Pareil, on ne mesure pas toujours la perversité d’un Staline qui aimait jouer au chat et à la souris : parfois, il faisait arrêter, mais il s’amusait aussi à condamner les artistes à la misère en leur retirant toute autorisation d’exercer leur art, tout en laissant entendre qu’il n’avait pas la main sur tout… Par exemple, il me semble qu’un panneau, expliquant la déchéance avant-guerre de Chostakovitch, signale un article de la Pravda dans lequel Staline dénonce le formalisme bourgeois du compositeur. Or, les articles soufflés par Staline n’étaient justement jamais signés : on ne savait pas trop à qui on devait cette condamnation (on s’en doutait), mais on mesurait les risques à vouloir s’en défendre…

Finalement, je crois que j’aurais préféré une oreille plus attentive aux artistes et à leur trajectoire, certains ayant tenté, malgré les motifs imposés par le régime et les formes condamnées, de préserver quelque chose de leur intimité artistique dans un siècle, dans un temps et dans un régime qui n’hésitait pas un instant à les broyer.

Mais tout de même, quel plaisir d’entendre des compositions que l’on n’entend nulle part ailleurs…

29 décembre 2010

La Russie romantique

La Russie romantique à l’époque de Gogol et Pouchkine, au musée de la vie romantique, dans le cadre de l’année France-Russie.

180018-jpg_99810.jpgOn l’oublie parfois, mais ce pays a une tradition artistique relativement récente, puisque pour l’essentiel, elle s’initie avec Pierre le Grand. Non pas que tout art y était auparavant totalement inexistant, mais son champ était drastiquement restreint : l’art ne pouvait être que religieux. Les textes étaient forts rares, la musique ne pouvait être que chantée (et non instrumentale) et l’art pictural était uniquement consacré à l’icône. De fait, la plupart des thèmes autres que religieux étaient tout simplement interdits. À ceci s’ajoutait le fait que, dans ce vaste pays, les lettrés – y compris à la cour – n’étaient pas légion.

Avec Pierre le Grand, un véritablement élan culturel s’amorce et, en quelques générations à peine, la Russie va rattraper son retard sur l’Occident et va s’abandonner aux alanguissements romantiques sous le règne d’Alexandre Ier.

Prêtées par la galerie Tretiakov de Moscou, les œuvres pré2374641-3324822.jpgsentées proposent une série de natures mortes à l’aquarelle témoignant d’une technique maîtrisée, mais surtout quelques paysages effectivement typiquement romantiques et de nombreux portraits de jeunes hommes aux regards un peu tristes et de jeunes femmes délicieusement pâles. Contresens absolu, je n’ai toutefois pas pu m’empêcher de trouver dans leurs physionomies délicates, comme incarnée déjà, leur condamnation moins d’un siècle plus tard.

14 novembre 2010

Petites réflexions sur le blog

Lancelot évoquait il y a quelques jours, en réaction à la lecture d’une note de Calystee, la façon dont il lisait les blogs et ce que ces visites représentaient pour lui d’un point de vue amical, la façon dont il voyait les liens se tisser autour des textes puis avec leurs auteurs. La possibilité de se livrer aussi plus facilement sans doute et le plaisir à découvrir des commentaires qui sont autant de marques de liens qui s’épaissiront peut-être. J’espère ne pas trop trahir sa pensée – mais c’est un grand garçon, il rectifiera ici si besoin est.

Je ne sais pas si l’idée que je me fais des blogueurs que je lis est correcte ou non, a fortiori lorsque je ne les ai jamais rencontrés ou que ne se prolongent pas par courriel ou « messagerie instantanée » ces liens de blog à blog, de personne à personne. Mais cela n’a pas d’importance, dans la mesure où je ne l’exige pas : les choses se précisent, s’affinent avec le temps, mais je ne fige pas ceux que je lis. Je me contente d’observer que se dégage, au fur et à mesure, l’extrême richesse de ces personnalités attachantes qui se livrent. Chacune d’entre elles a sa tonalité et sa texture, sa couleur aussi, ses alternances de « râleries », de bonne humeur ou de mélancolie, son ouverture à l’autre ou son enfermement soudain en lui-même, enfermement offert tout de même, parce qu’on s’autorise sans doute sur internet davantage qu’avec les amis anciens, ceux avec lesquels on va boire un verre, dîner ou voir un film. Bien sûr – et c’est malgré lui – le lecteur se forge une image qui tend à la cohérence, à l’instar de ce que font ces amis que l’on voit au bas de la rue, dans le village voisin, ceux de la jeunesse comme les plus récents. Mais je crois que le lecteur de blog a moins d’exigences de cohérence que l’ami physiquement côtoyé. Et, en ce qui me concerne, cela me fait beaucoup de bien. J’ai parfois abandonné ici mes états d’âme alors même que je ne me sens plus capable de le faire, bien souvent, avec mes amis du « vrai » monde. Parce qu’ils ont de moi une image à ce point cohérente, à ce point calcifiée que je crains de voir dans leur regard – et c’est vraisemblablement à tort d’ailleurs que je me fais cette idée – ce cillement qui marque l’étonnement ou la déception. Qu’on vous imagine fort, et c’est de la détresse qui passe dans leurs yeux. Qu’on vous imagine clown, et c’est le malaise qui les saisit quand vous baissez les yeux. Mais qu’on ne se méprenne pas, ce n’est pas un reproche que je leur adresse ici, ici où je peux à peu près tout dire en essayant de surcroît d’ornementer, c’est-à-dire de faire quelque chose de mes émotions plutôt que de les livrer en pâture.

Et qu’importe si je ne reçois guère que les commentaires de Lancelot, Calystee, Joss, Juliette, qui parfois laissent leur avis ou viennent simplement m’apporter la preuve que quelqu’un est là, qui lit, avec toute la concentration ou la tendresse que cela réclame. A l’occasion, je me demande qui d’autre me lit, si même d’autres me lisent. Alors je me demande s’il n’y a pas dans ces pages une forme de froideur, de distance. Si je n’écris pas égoïstement, juste pour le plaisir de l’exercice et pour abandonner sur le bord de la route des petits cailloux qui me montreront, plus tard, le chemin parcouru. Mais tout de même, alors même que je viens d’écrire cela, je me dis que j’ai fait de belles rencontres par le truchement de ce blog. Et puis, à l’occasion, un petit minois apparaît le temps d’une note, qui repart aussitôt, mais c’est là encore une rencontre, quand bien même elle ne se produit qu’à la faveur d’une saillance.

12 novembre 2010

Les quinze auteurs

J’ai l’impression de m’être déjà un peu livré à l’exercice, mais j’accepte bien volontiers le tag de Calystee et vous donne ma liste de quinze auteurs… Ils n’apparaissent pas par ordre de préférence – et par ailleurs, je ne connais pas toujours la totalité des oeuvres…

 

Gustave Flaubert

Pour Les Trois Contes, pour Madame Bovary, pour son ironie grinçante, pour le procès intenté à Flaubert et à son personnage.

« Emma, rentrée chez elle, se plut d'abord au commandement des domestiques, prit ensuite la campagne en dégoût et regretta son couvent.  Quand Charles vint aux Bertaux pour la première fois, elle se considérait comme fort désillusionnée, n'ayant plus rien à apprendre, ne devant plus rien sentir.
Mais l'anxiété d'un état nouveau, ou peut-être l'irritation causée par la présence de cet homme, avait suffi à lui faire croire qu'elle possédait enfin cette passion merveilleuse qui jusqu'alors s'était tenue comme un grand oiseau au plumage rose planant dans la splendeur des ciels poétiques; - et elle ne pouvait s'imaginer à présent que ce calme où elle vivait fût le bonheur qu'elle avait rêvé. »

Madame Bovary

 

Michel Tournier

J’aime la malice dans le regard de l’auteur, sa gourmandise, et, il y a quelques années, je me suis abandonné presque compulsivement à ses relectures des grands mythes. J’y reviendrai.

« Tous ceux qui m’ont connu, tous sans exception, me croient mort. Ma propre conviction que j’existe a contre elle l’unanimité. Quoi que je fasse, je n’empêcherai pas que, dans l’esprit de la totalité des hommes, il y a l’image du cadavre de Robinson. Cela suffit - non certes à me tuer - mais à me repousser aux confins de la vie, dans un lieu suspendu entre ciel et enfer, dans les limbes, en sommes. »

Vendredi ou les limbes du Pacifique

 

Edgar Allan Poe

Une découverte de l’adolescence, des nouvelles d’une richesse littéraire considérable (et traduit par Charles Baudelaire, s’il vous plait !). Et toujours cette littérature fantastique comme un retour du refoulé dans la société moderne entièrement tournée vers le Progrès de la technique.

« C'était aussi dans cette salle que s'élevait, contre le mur de l'ouest, une gigantesque horloge d'ébène. Son pendule se balançait avec un tic-tac sourd, lourd, monotone; et quand l'aiguille des minutes avait fait le circuit du cadran et que l'heure allait sonner, il s'élevait des poumons d'airain de la machine un son clair, éclatant, profond et excessivement musical, mais d'une note si particulière et d'une énergie telle, que d'heure en heure, les musiciens de l'orchestre étaient contraints d'interrompre un instant leurs accords pour écouter la musique de l'heure; les valseurs alors cessaient forcément leurs évolutions […] »

Le Masque de la Mort rouge

 

Andreï Platonov

Platonov incarne une certaine forme de la tragédie des auteurs communistes soviétiques, brisé par le régime. Sa littérature ne ressemble à nulle autre. Une célébration de la technique que l’on croit naïve et tristement utopiste au moment même où affleure dans ses lignes la grande mélancolie de l’âme russe – à moins qu’il ne s’agisse de la nostalgie qui saisit à la gorge l’humanité tout entière, et sa misère. J’ai beaucoup pensé à lui en écrivant à l’époque ce court texte.

« Pendant ce temps-là, Vermo jouait, à ce qu’il lui semblait, la sonate du monde futur. Son improvisation évoquait des géants du lait et du beurre parcourant une terre généreuse. C’étaient bien des êtres vivants, mais certaines parties de leur corps étaient métalliques pour mieux les protéger contre les maladies, et assurer une productivité sans défaillance ; ainsi, ils avaient une mâchoire d’acier, un intestin refait à neuf pour éviter les infections dues à la décomposition des matières fécales, et des glandes mammaires dotées d’un perfectionnement électro-magnétique. Les trayeuses et les ouvriers qui avaient fini leur travail écoutaient la musique de Vermo et les explications qu’il en donnait, et c’est seulement alors qu’ils savaient à quoi s’en tenir. »

La Mer de Jouvence

 

Pierre Herbart

J’ai découvert cet auteur à la faveur d’un article de la revue disparue Ex aequo (bien plus intellectuelle et bien moins people que Têtu), lorsque le Promeneur a décidé de rééditer les romans de ce proche d’André Gide, un pur produit de ce début du XXe siècle. Une écriture sans fioriture et une grande rigueur. Je l’ai étudié abondamment, mais je conserve un plaisir intact à le relire.

« La maison est vaste, assez délabrée, très triste, mais d'une tristesse paisible. Au dehors, il y a de grands arbres, d'essence si différentes qu'on s'étonne de les trouver rassemblés. Quand il pleut ou qu'il y a du brouillard […] on a l'impression que la maison, le parc, s'éveillent à leur vraie vie, toute chuchotante, et l'on comprend que la discrétion qu'ils observent les autres jours dégénère en malaise. »

La Licorne

 

Marguerite Duras

Une découverture universitaire avec toute la passion de cette époque. Je pardonnais alors beaucoup de choses à Duras, y compris ses tics (les adverbes…). Mais aujourd’hui, je crois que la première et la dernière périodes seraient mes préférées…

« Dès la première année elle mit en culture la moitié de la concession. Elle espérait que cette première récolte suffirait à la dédommager en grande partie des frais de construction du bungalow. Mais la marée de juillet monta à l'assaut de la plaine et noya la récolte. Croyant qu'elle n'avait été victime que d'une armée particulièrement forte, et malgré les gens de la plaine qui tentaient de la dissuader, l'année d'après la mère recommença. La mer monta encore... »

Un barrage contre le Pacifique

 

Alexeï Tolstoï

Une figure du salaud en littérature. Après avoir fui le régime soviétique au tout début des années vingt, il est invité à rentrer par Staline. Il y devient un thuriféraire du régime et dispose de tous les avantages que Staline savait accorder (Pierre Herbart résidera d’ailleurs un temps dans sa datcha lors de son séjour en URSS). Mais il y a sa littérature fantastique, son humour discret, son évocation des années vingt…

« Semion Ivanovitch se promenait dans le jardin public. L’orchestre tonnait, les lampadaires chuintaient au milieu du feuillage qui, sous le ciel noir, semblait artificiel. Le regard de Semion Ivanovitch fut attiré par deux dames : une blondinette aux yeux noirs, à béret et à robe de soie, taillée dans un rideau ; l’autre, un peu sèche, coiffée d’un immense chapeau à plumes. “Des aristocrates !”, conclut-il. Et, soulevant son canotier à la manière des gens de la capitale, il les aborda en ces termes : “Toujours seul, seul avec soi-même. Permettez que je me présente : comte Simon de Nayzor. Vous ne refuserez pas de souper avec moi ?” Les aristocrates n’exprimèrent ni doute, ni étonnement, et sur-le-champ se rendirent en compagnie de Simon de Nayzor dans un salon particulier. Les murs lambrissés étaient couverts d’inscriptions dont la hardiesse le disputait à l’indécence. »

Ibycus

 

Virginia Woolf

Par-delà les actes,  les voix intérieures qui semblent glisser d’un personnage à l’autre comme si l’intimité, l’intériorité étaient poreuses.

« Chéri,
Je suis certaine que je redeviens folle. Je pense que nous ne pourrons pas vivre une seconde fois une épreuve aussi terrible. Et cette fois, je ne m’en sortirai pas. Je commence à entendre des voix et je ne peux plus me concentrer. Alors je vais faire ce qui me semble la meilleure chose à faire. Tu m’as donné le plus grand bonheur qui soit. Tu as été plus parfait que n’importe qui. Je ne crois pas que deux personnes aient été plus heureuses que nous jusqu’à ce que cette terrible maladie me frappe. Je ne peux plus combattre. Je sais que je gâche ta vie et que sans moi, tu pourrais travailler. Et tu le feras, je le sais. Tu vois, je n’arrive même pas à m’exprimer correctement. Je ne peux plus lire. Ce que je veux te dire c’est que je te dois tout le bonheur que j’ai connu. Tu as été totalement patient envers moi et incroyablement bon. Je tiens à le dire — le monde le sait. Si quelqu’un avait encore pu me sauver, cela aurait été toi. Tout m’échappe sauf la certitude de ta bonté. Je ne peux plus continuer à gâcher ta vie. Je ne crois pas que deux personnes puissent être plus heureuses que nous ne l’avons été. »

Lettre d’adieu de Virginia Woolf à son époux, Léonard

 

Hervé Guibert

Jeune adulte, j’ai passionnément aimé l’œuvre d’Hervé Guibert, notamment sa trilogie sur le sida et un livre dont il ne me reste aujourd’hui rien : Mauve le vierge. Il est à l’origine de mon intérêt pour l’autofiction, mais avec le temps, j’ai pris en détestation ses mondanités et ses manipulations. Ses complaisances aussi à l’égard d’une supposée toute-puissance du désir...

« On lui vola sa mort, lui qui avait voulu en être le maître, et on lui vola jusqu’à la vérité de sa mort, lui qui avait été le maître de la vérité. Il ne fallait surtout pas prononcer le nom de la lèpre, on en déguiserait le nom sur les registres de décès, on fournirait à la presse de faux communiqués. Alors qu’il n’était pas mort encore, la famille pour laquelle il avait toujours été un paria récupéra son corps. Les médecins tinrent des propos abjects sur les lois du sang. Ses amis ne purent plus le voir, sinon par effraction : il aperçut d’eux des êtres méconnaissables, aux cheveux camouflés par des sacs de plastique, à la bouche masquée, aux pieds emmaillotés, aux bustes recouverts de blouses, aux mains gantées puantes d’alcool auxquelles on interdisait de prendre la sienne. »

Mauve le Vierge

 

Albert Cossery

Toute la saveur de l’Orient, ses odeurs de kif, l’ironie mordante du peuple égyptien. Mais sa pauvreté aussi. Découvert complètement par hasard, j’ai tout lu de cet auteur divinement paresseux. Je l'ai quelquefois croisé à Saint-Germain-des-Près, mais je n'ai jamais osé l'aborder.

« Yéghen aimait l'atmosphère fantastique des fumeries, la lourde fumée opaque et stagnante comme un brouillard, et surtout l'odeur persistante et sucrée qui longtemps restait accrochée aux vêtements, plus insidieuse qu'un parfum de femme. Il y avait là un certain romantisme cher à son âme de poète, et que Gohar balayait d'un coup en se fourrant le haschich directement dans la bouche. Yéghen éprouvait chaque fois une sorte d'effroi devant ce gâchis. Il avait beau se dire que l'effet souhaité était le même, il ne pouvait s'empêcher de regretter ce manque d'intérêt pour les apprêts et le décor. »

Mendiants et Orgueilleux

 

Paul Verlaine

Paul Verlaine, ne serait-ce que pour ce seul poème...

Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux formes ont tout à l'heure passé.
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.
Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux spectres ont évoqué le passé.
- Te souvient-il de notre extase ancienne ?
- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?
- Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? - Non.
- Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.
- Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !
- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.
Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Colloque sentimental

 

Pierre-Jean Jouve

J’aurais du mal à évoquer longuement Jouve, parce que c’est une lecture ancienne, mais j’en garde des impressions tenaces, celle d’une littérature qui s’ouvre en corolle sur l’inconscient, son mysticisme et son trouble. Rien qu’à l’évoquer, j’ai envie de le relire…

« Départ splendide de Jacques de Todi, santé absolue, pour la Bella Tola à 6 heures du matin en hiver, sur ses skis, presque nu.
La Bella Tola est ce triangle confus accroché au ciel obscur comme un drôle de signe. Nuit complète. En face une longue traînée, une marée brune se forme pour recouvrir la voûte : on prépare le jour. Des étoiles nagent sans bruit, parcelles de purs rayons insaisissables. Certaines si intenses qu’elles paraissent craquer. Un autre craquement répond dans les parois du chalet où le sapin est travaillé par le froid.
Je suis jeune. Je suis glorieux. Je pars. »

Le Monde désert

 

André Gide

Un écrivain sans style, disait Barthes. Un grammairien soucieux auréolé d’un parfum de soufre. Lectures à l’adolescence puis plus tard, bien plus tard. La révélation à soi-même, le goût du bonheur, les combats sociaux maladroits, l’immoralité et une certaine gêne aussi à retrouver dans ses textes les plus sensuels les honteuses facilités offertes au colon...

« Le train longeait alors un talus, qu’on voyait à travers la vitre, éclairé par cette lumière de chaque compartiment projetée ; cela formant une suite de carrés clairs qui dansaient le long de la voie et se déformaient tour à tour selon chaque accident du terrain. On apercevait au milieu de l’un d’eux, danser l’ombre falote de Fleurissoire ; les autres carrés étaient vides.
"Qui le verrait ? pensait Lafcadio. Là, tout près de ma main, sous ma main, cette double fermeture, que je peux faire jouer aisément ; cette porte qui, cédant tout à coup, le laisserait crouler en avant ; une petite poussée suffirait ; il tomberait dans la nuit comme une masse ; même on n’entendrait pas un cri… Et demain, en route pour les îles !… Qui le saurait ?" »

Les Caves du Vatican

 

Guy de Maupassant

Pour sa cruauté et son pessimisme à l’égard de ses semblables, pour sa folie, pour ses nouvelles fantastiques, pour l’inquiétante étrangeté du Horla…

« Je dors — longtemps — deux ou trois heures — puis un rêve — non — un cauchemar m'étreint. Je sens bien que je suis couché et que je dors,... je le sens et je le sais... et je sens aussi que quelqu'un s'approche de moi, me regarde, me palpe, monte sur mon lit, s'agenouille sur ma poitrine, me prend le cou entre ses mains et serre... serre... de toute sa force pour m'étrangler.
Moi, je me débats, lié par cette impuissance atroce, qui nous paralyse dans les songes ; je veux crier, — je ne peux pas ; — je veux remuer, — je ne peux pas ; — j'essaye, avec des efforts affreux, en haletant, de me tourner, de rejeter cet être qui m'écrase et qui m'étouffe, — je ne peux pas !
Et soudain, je m'éveille, affolé, couvert de sueur. J'allume une bougie. Je suis seul.
Après cette crise, qui se renouvelle toutes les nuits, je dors enfin, avec calme, jusqu'à l'aurore. »

Le Horla (première version)

 

Fédor Dostoïevski

La psychologie, la folie, la lâcheté, ces concepts et tant d’autres qui s’épaississent et s’illustrent sous la plume de Dostoïevski… Et la politique comme honteux susbtrat à la modernité. Je n'entends pas suivre l'auteur dans ses analyses et ses partis pris - mais quelle force de conviction dans ces yeux de fous.

« — Écoutez, nous commencerons par fomenter le désordre […] nous pénètrerons dans le peuple même. Savez-vous que déjà maintenant nous sommes terriblement forts? Les nôtres ne sont pas seulement ceux qui égorgent, qui incendient, qui font des coups classiques ou qui mordent. Ceux-là ne sont qu'un embarras. Je ne comprends rien sans discipline. Moi, je suis un coquin et non un socialiste, ha, ha! Écoutez, je les ai tous comptés. Le précepteur qui se moque avec les enfants de leur dieu et de leur berceau, est des nôtres. L'avocat qui défend un assassin bien élevé en prouvant qu'il était plus instruit que ses victimes et que, pour se procurer de l'argent, il ne pouvait pas ne pas tuer, est des nôtres. Les écoliers qui, pour éprouver une sensation, tuent un paysan, sont des nôtres. Les jurés qui acquittent systématiquement tous les criminels sont des nôtres. Le procureur qui, au tribunal, tremble de ne pas se montrer assez libéral, est des nôtres. […] Le dieu russe a cédé la place à la boisson. Le peuple est ivre, les mères sont ivres, les enfants sont ivres, les églises sont désertes, et, dans les tribunaux, on n'entend que ces mots : "Deux cents verges, ou bien paye un védro." »

Les Possédés

31 octobre 2010

Choisir sa pathologie mentale : une question de bon sens... (partie II)

  • Décompensation hystérique : Vous avez décidé de vous offrir une « grande crise » (selon l’expression de Charcot), si possible chez un commerçant ou, mieux, dans le métro, puis vous tombez paralysé ou aveugle. On va vraisemblablement vous conduire aux urgences où vous pourrez frénétiquement alterner séduction offensive de l’interne (il a les yeux de votre beau-frère, mais est-ce une raison pour vous frotter ainsi contre lui ? sans doute que oui…), fous-rires et crises de larmes. Si vous n’êtes pas une femme, nulle inquiétude : contredisant l’étymologie du mot, l’hystérie masculine existe, en tout cas depuis cinquante ans. Si vous avez des origines méditerranéennes, l’éternel féminin remonte soudainement en vous : à l’instar de votre mère, vous cassez la vaisselle, vous vous roulez par terre dans les boulettes en disant que, puisque c’est comme ça, vous n’avez plus qu’à mourir. Si vous avez des origines nordiques, vous hurlez que le diable veut s’accoupler – une fois de plus – avec vous. Vous donnez des détails scabreux.
  • Décompensation dépressive à dominante psychasthénique : Dehors, le ciel est noir, vous n’avez pas descendu les poubelles et l’intégrale des films de Bergman que vous avez commandée a été perdue par la Poste. Là, c’est le drame. Vous vous effondrez de l’intérieur et il n’est pas un seul souvenir un peu heureux auquel vous raccrocher. Vous avaleriez tous les comprimés que vous avez sous la main si seulement vous n’aviez pas honte par avance que les pompiers – dire qu’il faudrait ça pour qu’ils viennent enfin vous voir – vous retrouvent étouffé par votre vomi. C’est la dépression plus la honte (blessure narcissique majeure). Très dur à gérer au quotidien.

 

La psychose

Alors là, c’est du lourd. Cette structure mentale a fait elle aussi les choux gras du cinéma et de la littérature, que l’on songe à Carrie ou à Norman Bates dont les passages à l’acte sont fameux. Il importe toutefois de ne pas considérer Hannibal Lecter, Jason, Freddy Krueger, Chucky ou Alien comme des psychotiques.

Les angoisses à l’œuvre étant particulièrement effrayantes, une bonne connaissance préalable du cinéma d’épouvante est recommandée. Être réveillé en pleine nuit avec la certitude que votre corps est en train de se morceler requiert un minimum de préparation… Affronter les apparitions quotidiennes d’un rat volant – le véritable visage de Dieu – vous dictant les meilleures pages d’une nouvelle Bible et laissant entendre que votre famille veut vous éliminer, est là encore épuisant.

Les mécanismes de défense sont coûteux en énergie psychique – attendez-vous à finir sur les rotules –, archaïques (on les a tous utilisés avant l’âge de deux ans) et assez altérants : mais enfin, pourquoi s’échiner à s’adapter au monde alors qu’il suffit d’adapter la réalité.

Enumérer les différents mécanismes de défense à l’œuvre dans la structure psychotique serait fastidieux. Surtout, ce petit texte apparaîtrait alors trop visiblement pour ce qu’il est : une vaste escroquerie intellectuelle. Citons toutefois, à titre d’exemple, les mécanismes suivants :

  • Clivage de l’objet : Vous avez 18 mois, vous ressentez quelque chose d’étrange, qui vient de l’intérieur (ou peut-être pas : vous ne savez pas ce qu’intérieur veut dire), quelque chose que vous appelleriez de la douleur ou de la faim si seulement vous n’aviez pas 18 mois. Parfois un objet rond apparaît, se colle à vous. Un liquide chaud vous apaise. C’est le « bon sein ». Parfois cet objet n’apparaît pas : c’est un salaud. Il est inenvisageable qu’il s’agisse du même. 
  • Déni de la réalité : Vous surprenez votre professeur d’aquagym dans une drôle de posture avec votre beau-frère. C’est plutôt gênant. Pourquoi admettre cette vision alors qu’il est si simple de la nier. Plus tard, dans la journée, vous aurez droit à une hallucination : Saint Kevin en train de chevaucher un dragon. 
  • Dédoublement du Moi : Vous êtes sexologue et plutôt voyeur des choses du sexe opposé, mais au fond, il ne faut pas vous la faire : vous savez bien que la différence des sexes, ça n’existe pas. D’ailleurs vous êtes en train d’écrire une longue lettre à l’Académie des sciences à ce sujet.

 

Il existe une grande variété de psychoses, certaines apparaissant, d’autres disparaissant au gré des modes et des substances que le gouvernement nous fait absorber à notre insu (l’eau du robinet…). Nous nous contenterons toutefois d’énumérer ici les différentes modalités de la paranoïa, véritable tête de gondole des psychoses.

  • Mégalomanie : Votre femme ne comprend rien à rien, votre famille ne comprend rien à rien et les veaux se massent dans le métro au lieu de s’écarter sur votre passage. Tout cela vous agace de plus en plus. Vous prenez enfin le pouvoir, vous faites ériger des statues à votre effigie. Vous faites assassiner 10 % de la population. Ca va mieux en le faisant. Les veaux finissent par se révolter, vous imposent un jugement inique et vous condamnent à la mort. Quel grand artiste périt avec vous !
  • Délire de persécution : Depuis quelques jours, vous entendez des bruits bizarres de tuyauterie qui viennent de chez le voisin. Assurément, le type est en train de comploter dans votre dos pour vous éliminer, sans doute parce que vous êtes en train de mettre au point un carburant révolutionnaire… Comment ça votre femme ne vous croit pas ! Elle doit être de mèche ! Comment ça ce type en blanc ne vous croit pas ? Ce doit être le chef du complot…
  • Jalousie maladive : Vous allez à une fête qu’organise le meilleur ami homosexuel de votre petite amie. Incidemment, vous apprenez qu’il connaît son appartement. Bon sang mais c’est bien sûr ! Il n’est pas du tout homosexuel, il se tape votre copine dès que vous avez le dos tourné (quand vous retournez en prison) et le type, là, qui lui roule un patin, n’a pas encore compris à quel mystificateur il avait affaire ! Deux jours après, vous prenez rendez-vous avec le soi-disant homosexuel pour lui casser les genoux *.
  • Erotomanie : En récupérant sa bouée dans l’eau, votre prof d’aquagym vous lance un regard équivoque… Tout à coup, tout devient clair ! Il vient de se marier pour protéger l’amour qu’il vous porte, le mettre à l’abri du temps et de l’usure. Vous ne pouvez pas en rester là : vous lui écrivez une lettre enflammée dans laquelle vous lui expliquez que vous avez tout compris et, devant ses dénégations – pauvre et naïf enfant ! –, vous passez la seconde et l’embrassez : mais puisque vous avez tout compris !
  • Délire de revendication : Vous vous faites virer de votre boulot, parce que vous passez votre temps au téléphone à essayer de faire reconnaître votre bon droit et à écrire des courriers aux médecins, commissaires, maires, ministres, présidents, dieux, parce que vous avez tout compris et qu’il ne faut pas vous la faire.

 

Si le choix de la psychose vous tente mais que les différentes modalités de la paranoïa vous rebutent, demandez conseil à votre psychiatre.

 

Ainsi s’achève notre petit panorama – non exhaustif – des pathologies mentales. J’aurais pu également évoquer la mélancolie (le deuil sans objet), mais il vaut mieux attendre le retour à la mode des cheveux longs et des costumes en velours (pour les garçons) et des mitaines en dentelle (pour les filles). Qui plus est, tout le monde n’a pas la chance d’avoir une forêt primitive et une ruine customisée par Viollet-le-Duc dans son immédiat environnement…

Personnellement, j’hésite encore, mais j’espère avoir pu aider quelques internautes dans ce choix difficile.

 

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* : Anecdote véridique.

30 octobre 2010

Choisir sa pathologie mentale : une question de bon sens... (partie I)

Préambule : Je dois avouer que tous les ingrédients sont à peu près réunis pour que je décompense quelque chose : quel que soit l’horizon vers lequel je me tourne, je ne vois que plages placées sous le patronage terrible de Santa Mertume. Mais, si on a l’habitude de dire, en psychopathologie, que l’on tombe toujours du côté où l’on penche, il me semble tout de même légitime d’exercer mon libre-arbitre en choisissant ma pathologie.

 

Avant l’émergence de la psychiatrie moderne et les inventifs travaux (nosographiques notamment) de nos plus grands aliénistes, force est de constater que le panel était restreint – on était normal (et chrétien), idiot, dément ou possédé –, et les traitements étaient plus qu’empiriques (bûchers, chaînes, douches froides, immersions dans des fosses remplies de serpents, etc.). Il fallut en effet attendre les travaux d’Esquirol et ceux de Georget, Morel, Kraepelin, Charcot et Freud pour qu’une véritable offre psychopathologique, s’étayant sur un vaste choix de névroses et de psychoses (nous écartons sciemment la perversion) émerge et remplissent les pages du grand catalogue de l’impossible vie en société. Revue de détails. (Vous noterez l’accroche journalistique terminant mon chapô – un peu long par ailleurs.)

 

Si l’offre est abondante, le choix n’en demeure pas moins difficile, et le caractère parfois quasi-définitif de certaines pathologies contraint le malade résolument moderne à choisir en toute connaissance de cause. En effet, combien de drames consécutifs à une maladie adoptée précipitamment et se révélant décevante !

La névrose

Popularisée par quelques grands noms du cinéma (Ingmar Bergman, Woody Allen…), la névrose présente l’avantage d’allier symptômes modérément spectaculaires et adaptation relative à la réalité – aussi intolérable et frustrante soit-elle. Vous pouvez prétendre à une vie à peu près normale dès lors que votre entourage se déclare prêt à supporter vos petites manies (névrose obsessionnelle), vos petites peurs irrationnelles (névrose phobique) ou votre grand sens de la scène (névrose hystérique). Le conflit psychique à l’origine des symptômes prend sa source dans la petite enfance et, franchement, en y réfléchissant bien, vous en soupçonnerez bien l’origine. Peu importe que cet évènement soit réellement advenu : votre petit cinéma intérieur est là pour compenser les incohérences ou les flous scénaristiques. Notez également que ce conflit est dit intrapsychique : le ça et le Surmoi se livrent une bataille sans merci (et sans vainqueur) dans votre petit intérieur (le Moi) tout encombré de tableaux de famille obstinément transmis de génération en génération et de malles poussiéreuses qui se révèlent mystérieusement vides à chaque fois que vous croyez être parvenu à les ouvrir.

Parmi les mécanismes de défense à l’œuvre dans la structure névrotique, citons à titre d’illustration :

  • Refoulement : un gentil petit désir erratique – ayant par exemple pour objet l’entre-jambe de votre beau-frère – tente de quitter l’inconscient pour s’imposer à vous ! Las, il est réexpédié immédiatement d’où il vient sans avoir eu le temps d’aborder votre conscience.
  • Sublimation : votre prof d’aquagym a gagné tous les concours de maillots de bain transparents, mais il est poilu comme un singe et, quoi qu’en dise Têtu, les poilus ne sont pas durablement revenus à la mode. Qui plus est, il ressemble à votre beau-frère et ça vous ferait tout bizarre si seulement vous aviez véritablement conscience de cette idée saugrenue. Las, vous rentrez chez vous et vous vous remettez à la peinture : une série de Faunes se profile. Mais c’est tout de même étrange cette odeur de singe javellisé que vous avez dans le nez depuis un moment… Notez que dans l’exemple cité, la sublimation est accompagnée d’un refoulement et d’un déplacement.
  • Dénégation : Matthew, votre meilleur ami américain un peu hystérique, de passage en France, flanqué d’une vague inscription à la Sorbonne, vous fait remarquer qu’au mariage de la cousine Clémentine – auquel vous l’avez invité parce qu’il trouve les mariages français de province so glam’ –, vous avez regardé votre beau-frère d’un œil un peu concupiscent tout en dansant avec lui sur un standard d’Abba. La réponse ne tarde pas, cinglante mais peu convaincante : « Mais certainement pas ! On n’est pas dans l’Utah ici : on pratique l’exogamie ! »
  • Formation réactionnelle : quand votre prof d’aquagym vient vous voir dans les vestiaires pendant que vous êtes sous la douche pour vous proposer d’aller boire un verre de boisson énergisante et ce, avant d’aller vous détendre au toboggan, vous lui lancez un regard noir et lui tournez inconsidérément le dos. Vous ne vous étonnez par ailleurs pas d’être inscrit à un cours d’aquagym.

 

Bien entendu, les mécanismes de défense ne sont pas problématiques en eux-mêmes : ils aident au contraire le Moi à lutter, plus ou moins efficacement, contre l’angoisse. Une structure névrotique non décompensée aura recours dans des proportions variées et sans aucun systématisme aux différents mécanismes de défense mis à sa disposition, lesquels déterminent d’ailleurs, dans une certaine mesure, votre personnalité.

 

Dans le cas de la décompensation – qui nous intéresse ici – plusieurs voies s’offrent à vous. Il importe que vous teniez compte, sur cette route droite dont la déclivité est sévère, de vos propres goûts, mais aussi des aspirations de votre entourage. Rien n’est plus désagréable que de découvrir ses amis et sa famille peu enclins à vous suivre dans votre hygiénisme exacerbé, eux qui ont par ailleurs le toupet d’apporter chez vous des cohortes de bactéries anthropophages.  

  • Décompensation obsessionnelle : cette petite habitude inoffensive qui était la vôtre et qui consistait à ratiociner pendant deux heures après une réflexion désagréable, à ne marcher que sur la bordure des trottoirs tout en récitant l’alphabet à l’envers ou à chantonner intérieurement C’est nous les gars de la marine à chaque fois que vous entriez dans un cruising bar, cette petite habitude, donc, devient envahissante, pour ne pas dire insupportable (à autrui et à vous aussi d’ailleurs) : vos ruminations vous rendent imperméable à autrui, vous inventez des formules magiques que vous claironnez plusieurs fois par jour, vous devez déballer cinq préservatifs avant d’en utiliser un. Et d’ailleurs, si le dernier sachet ne s’est pas déchiré comme vous l’entendez, vous devez recommencer.  
  • Décompensation phobique : il est normal de craindre d’avoir une lamproie accrochée dans le dos après vous être baigné dans la Garonne. Il est anormal de le craindre à la sortie de votre douche – même si vous habitez dans le Bordelais. L'idée peut certes vous traverser l'esprit une fois - mais si vous y penser constamment...  
  • Décompensation de type psychosomatique : votre herpès, votre impétigo et votre dermite ne vous suffisent plus. C’est quoi cette douleur à l’estomac ? Et tous ces flashs de lumière devant vos yeux ? Allez consulter pendant que la sécurité sociale existe encore.

30 septembre 2010

A vaincre sans péril...

L’arrivée de l’artisan dans l’appartement de l’homme seul est un classique du scénario pornographique. Généralement, il est musclé, nu sous sa combinaison en tissu fragile (pays anglo-saxon) ou sous sa salopette (France), les tétons à peine remis de la scène précédente.

A 11 h 30 arrive donc l’artisan mandaté par mon assureur pour évaluer la surface de la cuisine qu’il va falloir repeindre – je suis en train de travailler à mon ordinateur tout en écoutant Juliette.

- C’est qui ?

- Juliette.

- Ah oui, je la connais. J’aime bien ce qu’elle fait. Et elle a du mérite… Petite, grosse… et elle est homo, non ?

- Ca se pourrait, oui.

- Il y a un groupe que j’aime bien aussi, c’est les Pourquoi pas. Ils ont plusieurs chansons que j’aime bien, notamment une qui s’appelle [de mémoire :] Robert et Louis. Des homos

- …

- Ca raconte le couple : au début, tout le monde est beau, puis on perd ses cheveux, etc.

- …

 

Ce n’était pas dur de résister. Je n’étais pas encore douché et je ne tiens pas particulièrement à laisser de mauvais souvenirs. Surtout, il était aux antipodes des goûts que m’ont partiellement inculqué trop de films pour messieurs libidineux. Partiellement : je me suis toujours fort bien accommodé du principe de réalité dans ce domaine et les bombasses me rebutent : trop d’efforts à fournir. Mais tout de même, Eros et Subconscia, ce vieux couple infernal, m’imaginent sans doute plus dépité que je ne le suis…

08 septembre 2010

Ne plus avoir peur de l'avenir

Il y a quelques années de cela (bon sang, une bonne dizaine, oui !), G. et moi avons un temps envisagé de quitter la banlieue parisienne (j’habitais alors Montrouge) pour venir nous installer à Biarritz. Las ! Une visite éclair à l’ANPE nous avait refroidis : hormis des polisseurs de surfs, des vendeurs de gaufres et autres testeurs pour caleçons de bain, on n’avait besoin de personne, merci et au revoir. Les pigistes que nous étions alors n’étaient guère en droit d’espérer trouver de quoi nous loger dans cette très onéreuse cité.

Aujourd’hui, après mûre réflexion, je révise mon appréciation de la situation. Ce d’autant que l’heure n’est plus à la sécurité de l’emploi, cette invention communisssse qui n’a que trop écrasé du talon la blanche main du Marché. Il me faut tout à la fois être souple et inventif. Deux mille ans de work in progress civilisationnel, deux cents ans de lutte des classes, quarante ans de crise économique, quinze ans d’internet et cinq ans de sarkozysme – tout me pousse à reconsidérer mon avenir.

Ma rigoureuse observation de la population biarrote, au cours d’une étude longitudinale de quinze ans, m’invite à adopter la posture professionnelle suivante (trois emplois simultanés) :

 

  • Formation/maintenance informatique le matin : les seniors qui occupent toute l’année les bancs de la ville et les terrasses trop venteuses ignorent encore qu’ils seraient bien plus en sécurité chez eux alors même que les rues seront bientôt envahies par des hordes de Roms et autres rastaquouères. Il faut équiper ces retraités, et surtout les former à l’utilisation d’Internet. L’occasion de mettre à profit l’expérience acquise avec mon paternel auprès duquel j’assure la hotline tous les vendredis après-midi (« Si, papa, tu as bien un mot de passe pour ta messagerie. Tu serais le seul internaute à ne pas en avoir »). Si je me débrouille bien, je peux même les convaincre qu’il est indispensable qu’ils écrivent leurs mémoires. Et là, banco, je propose le forfait récriture/correction/maquette soignée/auto-édition.

 

  • Dame de compagnie/promeneur de chiens l’après-midi : les livres pèsent un peu sur l’estomac après le déjeuner et on est parfois un peu faiblard avant le thé de 17 heures. Je ferai donc la lecture aux vieilles ladies. Probablement les mémoires du Général et le Génie du christianisme. Des biographies de Napoléon III aussi sans doute. Ces lectures ne m’emballent guère, mais si les personnes âgées prétendent ne JAMAIS dormir – ni la nuit, ni l’après-midi –, le filet de bave qui coule sur le menton reste un signal : dès lors, je pourrais faire semblant de lire et me contenter de marmonner. Voire de parler en dormant. Quant à promener les chiens… ma foi, la seule difficulté est de retenir les noms (je l’ai déjà raconté, mais il y avait autrefois à Biarritz une vieille dame tout en dentelles qui installait son chien – Caporal – sur une chaise en osier de chez Dodin, lui donnait de la glace avec une petite cuiller et le vouvoyait).

 

  • Gigolo le soir : là, autant le reconnaître, c’est une course contre la montre que je dois mener. Qui plus est, et parce que je crois que mon horloge interne est en avance, il va falloir que je me fasse aider par la Chambre de commerce locale : elle encouragera cette petite auto-entreprise en finançant ma liposuccion et la pose de quelques implants de muscles en résine.

 

 Voilà où j’en suis de mes réflexions. Il ne faut pas avoir peur de l’avenir professionnel. Il faut juste aller là où l’argent se trouve et avoir des projets réalisables.

03 septembre 2010

Interludes

Lu dans Eloge des cagoles (et retranscrit de mémoire) :

Fabienne, 34 ans, cagole de son état : « A Paris, les cagoles, ils appellent ça des bimbos... N’importe quoi ! Nous donner un nom d’éléphant qui vole ! »

 

 

Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? Ne cherchez plus, Blanche et elle ont pris une retraite bien méritée sur la côte basque...

 

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21 août 2010

Encore des vacances ?

Ca y est... Je suis en vacances. Je peine à y crore (non, je n'exagère pas).

Je pars mercredi pour quelques jours sur l'île d'Oléron avec mon père. Ca va me faire drôle de me retrouver aussi longtemps avec lui. La dernière fois, ce devait être il y a... seize ans.

Ensuite, près d'une semaine seul à Biarritz, avant de filer dans le Béarn. Flâner, lire et écrire. Notamment un roman dont j'ai déjà la couverture.

 

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(Après Matoo et Rouge-Cerise)

 

Edit : Joss me propose de donner la 4e de couv'. La voici.

1963 : la clinique psychiatrique Les Aulnes est un haut lieu de la neurochirurgie où, dit-on alors, la pathologie mentale cèdera sous les coups, soigneux, de bistouri. Et pourtant, soudainement, l'institut ferme ses portes : malades et médecins s'éparpillent et, pour certains, semblent tout simplement disparaître. C'est ce que découvre en tout cas Marie, quarante-cinq ans plus tard, partie à la recherche de ce grand-père qui erre dans la généalogie comme une ombre et dont la trace se perd dans cette clinique...