22 décembre 2009
La vanité de la contrainte
D. se plait à me dire que je pourrais être analyste : je l'écoute et retiens tout ce qu'il me dit.
D. dit que les hommes en couple envient toujours les célibataires, et inversement. Plus honnêtement, davantage que les célibataires, j'envie celui qui le trouvera.
Lors de notre dîner d'il y a quelques jours, il a évoqué la possibilité que le Philosophe couve quelques sentiments à mon égard, tout comme j'ai pu imaginer que le Philosophe était animé de tendres attentions à l'encontre de D.
Assourdissant silence autour de la troisième possibilité de notre petite triangulation, de part et d'autre de la table.
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02 décembre 2009
Perdre et se perdre
Il y a des efforts que je n'ai tout simplement plus la force de faire. Je me sens sur le point de couper des branches (les racines, elles, sont détrempées de longue date). Les amitiés à bout de souffle qui dégagent des relents de malveillance me pèsent, alors même que j'ai l'impression de me débattre entre un boulot qui me rend dingue et le manque de temps.
Gide disait d'Herbart (je cite de mémoire) : « J'ai longtemps aimé les qualités de Pierre ; je crois qu'à présent je préfère encore ses défauts ».
J'aimerais quant à moi parvenir à voir autre chose que ses défauts, à retrouver derrière ses nouveaux masques (qui se déforment et se peaufinent au gré des nouvelles rencontres, des nouvelles sympathies) les élans de tendresse et de sympathie qui ont fait et qui font que, parmi tous les visages que l'on croise, certains sont élus, certains vous élisent.
Il suffit finalement de bien peu de chose (je pense à « Art », de Yasmina Reza), tout au moins des coups bien faibles (mais répétés), pour qu'une amitié se délite, au point que l'on en est bientôt à se présenter, derrière les plaisanteries acides, d'incessantes additions.
Et je me tais, par lâcheté beaucoup, mais aussi parce que je ne sais pas si, au fond, cette tristesse, cet agacement qui confine au ressassement n'est que transitoire (est-ce un effet de ma fatigue ?) ou si je suis simplement plus lucide, si j'ai pris suffisamment de distance pour considérer (avec tout l'aveuglement ou le strabisme que cela implique - j'en suis conscient) notre relation de dix ans.
A quoi bon blesser et accepter de se faire blesser : on sait où enfoncer les aiguilles, doit-on vraiment le prouver ?
Alors je me tais et je ratiocine : ne pas appeler, me terrer. C'est d'autant plus facile à mettre en œuvre que l'ami est aussi lâche que vous.
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14 novembre 2009
Dissociation I
Dehors le chaos s'étendait de ville en ville. Tombant sous la fièvre de cette désorganisation contagieuse, les autorités s'écroulaient, abandonnaient les bureaux. Certains, particulièrement naïfs, brûlaient tout derrière eux, comme s'il pouvait encore y avoir un après, comme si un jour ils seraient sommés de rendre des comptes. Dans la rue, on s'était mis à danser au milieu des papiers blancs bientôt gris, autour de vieux musiciens qui avaient retrouvé dans leurs caves, dans leurs greniers, des instruments sur lesquels ils cassaient leurs doigts ou épuisaient leur souffle. Des jeunes gens s'agitaient dans des danses frénétiques de fin du monde.
Des gens quittaient des pays sur des bateaux, puis sur des barques, puis sur des bouées. D'autres arrivaient en avion, puis à vélo, puis à pieds. L'eau continuait de monter, débordait les digues, grignotait avec un appétit d'enfant hirsute les falaises qui s'écroulaient dans un tumulte formidable.
On n'avait pas attendu avant de piller les commerces. Les hommes, les gosses, repartaient - c'était comique ! - avec des appareils électriques inutilisables. Les coupures d'électricité se multipliaient, des villes entières demeurèrent dans l'obscurité la nuit et de vieux fous se remirent à guetter la lune pleine.
Les premiers jours, on porta les cadavres en périphérie des villes dans des fosses creusées à la hâte, pas assez loin toutefois : ils n'étaient pas si nombreux ceux qui connaissaient l'odeur aigre de la chair en décomposition, les mouches et les insectes. Parfois, on sacrifiait les vieux alcools planqués dans les caves, on siphonnait les moteurs, pour brûler les morts.
Dans sa chambre aux murs blancs, un jeune homme détourna les yeux de la fenêtre. Le joli parc où on le menait promener, plié sous le poids des médicaments, était jonché à présent de caissons à roulettes éventrés et de rapports psychiatriques qui voletaient, se nichaient dans les arbres, palissaient peu à peu sous l'effet de la pluie.
Le frelon qui avait dévoré sa mémoire ne se taisait pas, bourdonnait avec une splendeur de sirène autour de l'arbre noir, au fond du parc, se cassait les branches en cris de pendus : une mousse bleue grignotait peu à peu ses membres qu'il voyait tomber, effaré, sur ce qu'un narrateur silencieux appela les dalles blanches. Une main encielée voletait comme un démon archaïque, échappait à ses tentatives de morsures, enroulait de longs filaments d'yeux autour de son tronc et il sentait son poids sur une gorge, étouffait les papillons qui se battaient dans sa poitrine. Bientôt un vieil homme viendrait pour lui ouvrir le ventre et extirper l'enfant insecte, l'enfant nuit qui ne parvenait plus à grandir.
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La sublimation tenue en échec
Corps souillé d'écumes laiteuses séchées sur un visage blanc. Derrière les paupières, les dernières images, confuses et morcelées, errent dans le vitré. Les doigts sont crispés dans un élan de sauvagerie : visages griffés de l'ennemi, boues de terre et de sang sous les ongles.
Brûlures de mains sur les flancs, chairs empoignées et peau qui peine - les veines se figent. Les genoux ont creusé la terre, la terre a creusé les genoux, et les jambes ont tenté de fuir la béance ricannante : la victoire de l'autre, le dernier, qui toise, le dégoût de la mort sur les lèvres. Humeurs salées qui coulent le long des jambes. Etrange tableau du devenir : la chose est morte. Le vivant de l'extérieur, déjà, s'apprête à grouiller, mordre, dissoudre sous un voile d'humus à venir.
Sous votre regard, je suis l'objet. Vos dents se referment sur moi, vos doigs me fouillent. Je suis le gibier à vider. Votre regard si doux qui m'anéantit, j'en rêve depuis l'enfance ; je sens vos ongles plantés dans ma peau depuis toujours. Votre violence dans mon ventre de poupée qui parle. Eructant à mon oreille, alors que vous êtes sur moi, la main sur ma bouche.
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04 octobre 2009
Tu n'aimeras point
Je sors triste du cinéma, avec la solitude, la solitude de tous les hommes coulée dans ma gorge, sans avoir pu être distrait par les élaborations théoriques, souvent salutaires pourtant, du Philosophe ; mes mots vides de sens comme grignotés par l'usure, insuffisants pour dire cette chose simple du monde malheureux de la peine qui le dévore. Tu n'aimeras point me laisse bouleversé, au terme d'une histoire sans issue, malgré la tendresse des corps et les gestes sincères qui ne peuvent que s'interrompre sous la pression du groupe, alors qu'il faudrait dévaster le monde entier - ce que l'on ne fait jamais.
Par instant, j'ai pensé à M. et à la fin de notre histoire ravagée - parce que Dieu pardonnera quelques fois mais pas toujours, l'égarement du désir, le plaisir trouvé avec l'autre soi-même, le gâchis de la semence. Le tapis de prière déplié, et moi dans la salle de bain, à mesurer le temps qui reste avant la fin.
Il y a beaucoup de choses que je ne pardonnerai pas au monde.
Combien de bains rituels pour laver les souillures que l'on vous crache au visage, et la honte, qui aussi bien que le temps, s'allie à la solitude et vous jette, avec votre amour et votre désir vissés aux reins, dans les fossés des beaux chemins qui promettaient de conduire à l'horizon.
22:35 Publié dans La boîte noire, Les films, Mes pas dans ceux des errants | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : tu n'aimeras point, haim tabakman, m.
07 août 2009
Une soirée sans Gewurtz
Tuer un peu le temps à la gare de Gif, à regarder la lune ronde, à retrouver la mémoire de l'humanité étonnée par ses incessants changements de forme, par les taches sombres - des lacs ? les constructions des Sélénites ? les immenses champs de blé ? Combien de vers, de légendes nourries par cet astre parmi les plus beaux, parce qu'accessible peut-être, parce que visible sans qu'il ne brûle l'oeil. Sa lumière pâle éclairait faiblement les nuages. Et qu'elles sont agréables ces nuits d'été lorsque l'on peut s'abandonner à la contemplation, lorsque nos particules de pensées se diffusent dans l'air encore chaud, en croisent d'autres, parfois très anciennes, parfois même celles d'hommes morts depuis des milliers d'années.
Les pensées que nous échangeons, Juliette et moi, en nous regardant simplement, bruissent encore autour de moi. Est-ce parce que nous avons parlé ce soir, comme tant d'autres soirs, de nos vieilles amours, de la naissance du sentiment amoureux (la façon dont il s'installe, parfois tout à fait discrètement, sur la surface mouvante, rugueuse et souple de cette épaisseur assez étrange, qui appartient autant à notre dedans qu'à notre dehors - tout à la fois le Corps de l'intérieur et l'Esprit de l'extérieur. Une fois n'est pas coutume, nous n'avons pas bu de Gewurtz ce soir et deux bières fraîches ont suffi à me mettre dans un état un peu flottant. Je m'en rends bien compte en alignant ces phrases qui ne veulent pas dire grand-chose. Mais vous lisez tout de même un peu entre les lignes, n'est-ce pas ? Vous pressentez bien comme moi la menace ? Je dois sembler bien inconstant. Un écueil chasse l'autre. Mais comment combler les vides, les ravins au bord des chemins en lacets ? Et malgré tout, il y a une cohérence que j'aimerais pouvoir confier, mais ce n'est pas le lieu, évidemment.
Quel bonheur de connaître Juliette, de pouvoir tout dire, toujours, sans avoir à dérouler le long fil du temps, graisseux de souvenirs tristes, rompu par endroits, rafistolé au petit bonheur la chance, abîmé par ces histoires détricotées ; ou alors fort des bonheurs intacts qui sont la corde qui nous maintient au dessus du gouffre lorsque le sol semble se dérober. Et Juliette qui a souvent tenu la corde, comme j'ai tenté, à l'occasion, de tenir la sienne. Pouvoir tout dire, ici comme ailleurs, au prix de l'impudeur charmante (pardonnez-moi). Impossible. Et pour quoi faire d'ailleurs ? Est-ce que quelque chose émerge ? Devinez-vous ?
00:30 Publié dans La boîte noire | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
17 mai 2009
De la concupiscence
Le soleil enfin s'impose, par-dessus les toits de Paris et le bleu du ciel flotte quelque part sur les vitres. Furieuse envie de sortir. Marcher, prendre un bus peut-être et me poser quelque part, boire un verre, regarder passer les gens.
...
Je redescends la rue de Belleville. Dans une petite rue adjacente, un concert anime la foule. Je me faufile et observe quelque temps les jeunes et les autres qui s'égayent.
Lente montée de la concupiscence pour les hommes de Belleville, mais j'abandonne les petits blonds un peu sales et les bruns à la coule - tous s'appellent Manu et jouent sans doute du djembé -, flanqués de leurs Laetitia, Fanny, Aurélie... pour scruter dans les regards, alors que je me suis assis à l'angle du boulevard, le désir désordonné ou inédit, le plaisir réclamé immédiatement. Remonte en moi le souvenir de l'assouvissement un peu brutal, les mains qui s'impatientent, le temps qui manque pour arriver jusqu'à la chambre ou même l'ascenseur. Le bruit mat des boutons qui cèdent dans un coin à peine sombre. Plaisir des yeux - pas seulement - posés sur les torses - pas seulement.
En des moments étranges, je baisse la garde et j'avoue la bestialité (envie du rapt et la terrible peur, la réification que baignent mes envies d'écume, le souvenir de l'homme, sa force et sa honte).
22:41 Publié dans La boîte noire, Les lieux, Mes pas dans ceux des errants | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : belleville
08 mai 2009
D'un visage revenu de nulle part
Je me suis réveillé le cœur détendu par un rêve de quelques secondes à peine, et qui ne m'a rien laissé des instants charmants que je venais de partager avec un jeune homme de 17 ans.
Dans le trajet brumeux du métro, mon regard courant de visage en visage, et Bach à mes oreilles pour donner un peu de tempérance aux minutes à tuer, dans les secousses de la ligne 8, dans les arrivées et les départs des visages inconnus, me sont revenus les linéaments d'un rêve plus ancien dont j'ai fini - regard concentré posé contre la vitre, respiration incertaine - par retrouver la moelle et la douceur. J'étais en week-end à la campagne chez une amie, allongé sur un de ces vieux lits étroits et mous, contre le torse blanc d'un tout jeune homme de 17 ans
lui aussi. Il avait de beaux cheveux noirs et quelques mèches ciselaient irrégulièrement l'arrondi de son front. Je me souviens d'une chambre mansardée et du contact du papier peint abîmé et désuet : de minuscules fleurs bleues, serrées les unes contre les autres, sur un fond blanc crémeux. Je me souviens du danger - il était mineur - et de la tranquillité avec laquelle il envisageait l'entrée de notre hôtesse dans la pièce. On s'aimait, disait-il, ce qui suffisait à venir à bout de toutes les peurs, du moins dans les instants suspendus du bonheur de cette chambre. Il renonçait là, devant moi, au doute et à la peur, et le temps de la paix, du mystère de l'autre enfin levé, durerait mille ans. Je m'étais réveillé calme et doux, triste et seul. Étonné aussi : la jeunesse ne suscite en moi que peu d'émotions généralement.
Et j'ai emprunté les couloirs du métro. Ça sentait l'urine, la fatigue, les foyers abandonnés à regret, je dévisageais les hommes et les femmes à la grise mine, sur le point de renoncer au souvenir de ces deux rêves qui se faisaient écho à quelques mois.
Mais alors que je m'installais sur un siège de la ligne 1, détendant mes jambes, appuyant ma joue contre la vitre un peu tiède, est remonté à la surface, des tréfonds de ma mémoire, le souvenir un peu flou d'une scène souvent répétée alors que j'étais en terminale au lycée.
Entre deux cours, Caroline et moi avions l'habitude de nous installer un peu à l'écart des autres, sur un palier. Assis sur les marches poussiéreuses de l'escalier en bois, solitaire, mais à deux mètres seulement de nous, un jeune homme blond, d'un an plus jeune, restait là silencieux à nous regarder à la dérobée, écoutant peut-être ce que nous disions derrière son air un peu triste. Depuis notre bulle, nous n'avons jamais, je crois, songé à lui demander son prénom, ni même, évidemment, s'il voulait prendre part à nos conversations. Mais je sentais son regard et je connaissais la joliesse de ses traits, une belle peau blanche, un lointain cousin, peut-être, d'Hermann, Peter, Helga ou Hans. Et à 15 ans de distance, ma tête ploya sous la peine : la beauté croisée et qui laisse quelque chose d'une brûlure.
19:33 Publié dans L'enfance, La boîte noire | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rêve, bach, passion selon saint matthieu, kommt, ihr töchter
29 avril 2009
De la douceur des souvenirs cinématographiques balayée par une conversation entendue
Un été italien, de Michael Winterbottom.
Après le décès de sa femme, un homme plaque tout pour partir un an à Gênes avec ses deux filles. La culpabilité de la petite, visitée par sa mère dans le silence de sa chambre ou au hasard des ruelles sombres, lorsque sa grande sœur la plante là, excédée par ce poids d'enfance qu'elle traîne partout, alors que le soleil est haut et que les ragazzis, sur leurs scooters pétaradants, lui offrent leurs sourires et un peu davantage. Et le père qui tente de demeurer la force structurante - les bras réconfortants pour la petite, les règles (évidemment transgressées) pour la grande. Et sa résistance un peu lasse aux femmes. En sortant du cinéma, j'avais terriblement envie d'aller à Gênes, pour déambuler, à mon tour, dans les petites rues étroites, ou pour voir les torses hâlés fanfaronner.
Les promesses d'amour éternel d'un petit garçon à une petite fille-poisson. Encore les jolis et terribles motifs écologiques de Miyazaki avec l'idée qu'il n'est peut-être pas trop tard, que la nature et ses divinités seront, avec un peu d'efforts, encore magnanimes. Je me suis glissé dans la peau d'un enfant avec une facilité renouvelée.
Alors que j'écris, trois types assis derrière moi évoquent les filles mises à disposition dans les hôtels brésiliens. « À 14-15 ans, elles sont majeures là-bas ». Un autre évoque les petites des cités qui couchent pour rien à présent.
La chosification toujours possiblement à l'œuvre dans le désir masculin provoque toujours en moi des remugles, violente ma conscience - et je me prends à rêver de hordes de femmes vengeresses - et réveille le souvenir gênant d'être la chose, dans l'impossible dépassement du fantasme comblé avec effroi.
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02 mars 2009
Des rideaux tirés
Soirée avec le Petit Prince et le Renard hier soir, le premier étant à Paris le temps d'un week-end. Je ne les avais pas vus depuis des semaines. Pas davantage que ChapiChapo, et j'ai soigneusement évité de donner des nouvelles. Et j'ai annulé toutes les invitations qui réunissaient trop de gens. Le sentiment d'extrême fatigue qui est le mien depuis des semaines me pousse à l'isolement. Je n'ai plus la force de tenir le masque
social qui me permet d'être léger, de participer bien volontiers aux joutes verbales. Ce n'est pas moi, cela n'a jamais été moi et je n'ai pour l'instant pas la force d'offrir à autrui, le confort adulte de ma supposée légèreté. Je ne m'autorise pas (et me l'autoriserait-on seulement ?) à évoquer l'impression tenace que j'ai, en tout cas dans les moments poisseux de la journée, que je vais tomber, les genoux vissés dans l'asphalte. J'ai hésité à accepter leur invitation et, jusqu'au dernier moment, j'ai été tenté d'annuler.
Sans doute avais-je un peu envie de voir le Petit Prince, de mesurer l'étendue des dégâts possibles. Et puis non, ou plutôt pas grand-chose. Le souvenir évanescent de son regard un peu dans le vide, à l'occasion posé sur le mien. J'avais envoyé un message au Renard pour lui dire que je ne voulais pas parler de moi, ne pas avoir à expliquer mes silences. Je le remercie d'en avoir tenu compte et de m'avoir offert leurs dernières mésaventures, un concret qui, ni ne m'engage, ni ne me menace, et sur lequel j'ai pu greffer mon sourire sans efforts.
Mais alors que j'écris, je ne sais toujours pas si j'ai suffisamment mûri pour ne plus me laisser durablement - et souvent tristement, il faut bien le dire, engluer dans des sentiments amoureux qui m'ont longtemps laissé désemparé, un peu plus que cela, ratiocinant, histoires qui me piégeaient, pourrissant en pied et gangreneuses. Ou bien si je déploie de tels efforts pour m'adapter à la réalité que je laisse tout filer - sans discernement, dans l'indifférence des jours qui s'accumulent - des élans de ce qu'il convient d'appeler mon âme, abandonnant et le triste et le vrai. Car tout est là, dissimulé derrière un rideau lourd : son sourire que je recherche encore.
23:03 Publié dans La boîte noire, Le Petit Prince | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le petit prince, le renard




Ponyo sur la falaise