28 septembre 2011

De retour de la pharmacie...


27 septembre 2011

Tout ça pour ça ?

Comme dirait l’autre, « faut pas s’mentir », je n’ai jamais aimé le sport. Quitter le monde du jeu (qui ne durait jamais assez longtemps) pour entrer dans celui du sport (qui durait toujours trop longtemps) a été une de ces épreuves terribles de la pré-adolescence.

Courir pendant des heures en jouant à chat, monter et descendre des buttes en vélo, nager dans la rivière, sauter du haut des rochers, grimper aux arbres – tout cela constitue une jolie réserve de souvenirs. Mais dès lors que sont apparus la composante compétitive et le prof de sport, rien n’est plus jamais allé. Et d’ailleurs, en y repensant, je n’ai jamais vu dans le sport la célébration de valeurs, mais plutôt celle des plus bas instincts. Je ne prétends pas avoir raison, j’explique ! – et chacun voit midi à sa porte. Des sports d’équipe, je ne retiens que l’émergence de leaders, et j’ai toujours détesté les leaders. Puis, pour ne rien vous cacher, la quasi-totalité des profs de sport que j’ai eus étaient de parfaites caricatures : il y avait le libidineux qui aidait les filles à grimper à la corde tout en contrôlant l’état de leurs fessiers, la prof de sport lesbienne (et psychorigide) dont on ne pouvait guère tirer un sourire, le prof de sport allemand qui comptait dans la langue de Goebbels et nous menaçait d’un bâton. Je n’invente rien. Et ce n’était pas qu’un problème scolaire : j’étais rétif à tout enseignement de ce type : je voulais bien skier, mais surtout ne pas apprendre : il était hors de question qu’un adulte au visage orange, qui sentait fort la cannelle, puisse s’imaginer m’impressionner en haussant la voix.

Comme la vie ne manque pas d’humour (et ne croyez pas que je l’ai découvert cette année), je me suis retrouvé à travailler dans le secteur du sport. Je voudrais immédiatement calmer les ardeurs de certains lecteurs : les sportifs ne viennent que rarement, sinon jamais, dans mon bureau, nus et oints d’huile. La plupart d’entre eux sont d’ailleurs assez discrets, voire timides, et les plus grands crétins se recrutent moins dans leurs rangs que parmi leurs entraîneurs et leurs cadres. On y trouve une ribambelle de machos gueulards, quelques-uns particulièrement bas de plafond, qui vilipendent ceux de leurs athlètes qui, ce matin-là, ont couru « comme des gonzesses » ou pire encore : « comme des tarlouzes », et j’en passe. L’excès de cholestérol bouche les artères, l’excès de testostérone bouche les neurones.

Voilà pour le préambule.

Mais je me dois de préciser qu’ils ont tout de même un cœur à l’intérieur : ne pleurent-ils pas lorsque leur champion monte sur le podium ? Ne sanglotent-ils pas lorsque la Nation ne reçoit pas le coûteux privilège d’organiser les Jeux ?

Voilà pour la nuance.

Copi disait en substance que tous les mâles argentins étaient de fieffées folles, que plus ils affichaient leur virilité triomphante, plus ils étaient couineuses à l’intérieur.

Voilà pour l’idée forte.

J’accompagne *** dans une enseigne assez connue d’articles de sport, l’occasion d’une très jolie promenade à pied, entre le 2e et le 13e, dans une de ces matinées lumineuses et blanches qui offrent selon moi la plus belle lumière aux immeubles parisiens. Sitôt entrés, je m’étonne : environ 80 % de la surface du magasin est dédiée à la fringue. Oh, ça, l’alibi sportif est bien là : fringues qui vous moulent avantageusement, fringues qui transforment votre sueur en boisson énergisante, fringues pour cyclistes, pour marcheurs, pour coureurs – et j’en passe. Les plus machos des plus machos, ceux qui ne se rasent que pour faire du vélo, peuvent donc se livrer métrosexuellement à une folie dépensière – « quelle folie ces soldes, on achèterait tout ! » – en toute quiétude : « – Mais le rose, là, ça fait pas taffiole ? – Mais non Kevin/Trésor/Sofiane/Mercédos, ça fait rugbyman au contraire ». Genre !

Voilà pour l’anecdote à proprement parler.

Je ne sais pas si les designers de godasses thermoformées (mais coûteuses) sont d’anciens forains, mais attention, ça pique les yeux ! Accessoirement, je prierai les épileptiques de s’éloigner de l’écran.

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Voilà pour le son et lumière. (Oui, je sais, il n'y a pas de son : je vous invite à chantonner un morceau des Village People).

26 septembre 2011

New York, 1992

Sans titre22.jpgJe suis à une terrasse de café du Marais, attendant A. et J.-G., pas vus depuis des semaines. Et tout me revient. Non pas un souvenir précis, mais un ensemble assez complet de sensations, comme si l’espace d’un instant mon corps tout entier se retrouvait à cet endroit et à cette époque – New York, 1992.  

Quels stimuli, associés, ont pu provoquer cette réminiscence sensorielle (plus que mnésique) ?

Devant moi, un charmant petit couple roucoule en fumant. Lui, une crevette asiatique tient sa cloppe avec beaucoup de distinction – il a dû se sauver de l’opéra de Shanghai ou un truc du genre ; lui, écrase virilement son cloppe avec une épaisseur gestuelle toute méditerranéenne. Est-ce  cette odeur empoisonnée, qui conserve à mes narines tous ses charmes malgré l’interdit plus lourd que jamais – et respecté, que soient rassurés les cardiologues qui traîneraient par ici –, odeur qui me ramène des années en arrière, à l’âge où fumer et boire étaient innocents, souvenir stimulé par Paul Weston, le psychanalyste new-yorkais d’In Treatment qui, dans le premier épisode de la troisième saison, vu cette nuit, confie à l’un de ses patients que, bien qu’ancien fumeur, il aime toujours autant l’odeur d’une cigarette ?

Mêlée à l’odeur de la cigarette, celle, imprécise, qui monte de la rue ou qui tombe du ciel, je ne sais pas, mais qui n’est soudainement plus celle de Paris. Et je repense alors à mes compagnons lycéens – Noémie, Fred, Caroline – qui ouvraient les mêmes yeux ronds que moi, grisés par le même plaisir : marcher, à la nuit tombante, dans les rues de New York. Acheter des hotdogs – comment ne pas devenir obèse alors qu’on peut engloutir sans difficulté plusieurs de ces hotdogs de pain de mie avec leur moutarde délicieusement sucrée, rien à voir avec la baguette ramollie qu’on nous sert ici –, acheter des hotdogs, donc, et des cigarettes à un prix qui nous semblait alors scandaleusement élevé.

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Manger et fumer, en même temps, avec une joyeuse goinfrerie, tout en regardant passer les taxis jaunes où devisaient sans doute Jerry Seinfeld, Elaine Benes, Georges Costanza et Cosmo Kramer, tous personnages de Seinfeld que je revois ces jours-ci avec plaisir et que j’avais découvert à l’heureux temps de notre collocation à Antony : mes premiers pas alors dans la vie, dans le plaisir, dans le Marais où je suis aujourd’hui, dans ce café où j’ai bu un verre, il n’y a pas si longtemps, avec Todd, l’ami américain de passage à Paris et qui m’a offert une belle casquette des Yankees (équipe pour laquelle a justement travaillé Georges Costanza…). Ou bien est-ce d’avoir entendu presque à l’instant Atom Heart Mother, que j’écoutais alors en boucle (surtout le titre qui a donné son nom à l’album et Summer ’68), en alternance avec Shine on You Crazy Diamond ?

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A J. qui me parle de son voyage à venir [NDB : cette note est ancienne] et qui a longtemps pu croire qu’il avait déjà visité New York, je confie qu’il ne me reste que des souvenirs bien imprécis de ce voyage – je serais d’ailleurs incapable de dire sur quel bloc était notre hôtel. Mais quelle excitation alors, quel saisissement à être dans la ville étrangère qui était le plus familière aux adolescents que nous étions, familiarité à tel point que je ne sais plus guère distinguer ce que j’ai réellement vu et ce que je me suis contenté de voir à la télévision ou au cinéma. Oui, mais voilà, encore maintenant, je rêve parfois que je me promène dans Central Park et, surtout, j’envie terriblement J. d’y être allé et je comprends son enthousiasme.

19 septembre 2011

Avis placardé

Comme une envie de supprimer certaines notes de ce blog pour l'alléger un peu, le resserrer.

17 septembre 2011

Les Aventures de Huckleberry Finn

9782080707000FS.gifJe viens de terminer la lecture des Aventures de Huckleberry Finn, jamais lues, au contraire des Aventures de Tom Sawyer relues quant à elles plusieurs fois – et avec le même plaisir –, la dernière fois à l’hôpital il y a quelques mois.

Le fait est, la réputation du roman – celle d’être assez sombre – n’est pas usurpée. Tom Sawyer n’est pas exempt d’une sorte de noirceur, mais celle-ci est essentiellement circonscrite au caractère un peu morbide de quelques épisodes : le meurtre du docteur dans le cimetière, la fin de Jo l’Indien… Qui plus est, les personnages, encore enfants, parviennent sans difficulté à enchanter le monde qu’ils habitent et le roman laisse une large place aux innocentes espiègleries (la palissade repeinte, le badinage amoureux avec Becky, la badine leste de l’instituteur…).

Dans Huckleberry Finn, les enfants quittent leur première peau pour entrer difficilement dans celle de l’adulte. Difficilement, parce que si l’adolescence semble ne pas encore véritablement exister, le monde de l’enfance résiste. Difficilement, parce que le monde adulte est fait de contraintes pénibles (les beaux vêtements qu’il faut porter) et de transgressions sinistres (l’alcoolisme violent du père de Huck). Surtout, et le roman l’évoque largement, la violence sociale se découvre, principalement celle exercée contre les Noirs : une grosse partie du roman est consacrée à la fuite de Jim l’esclave.

Pour autant, l’humour n’est pas absent ; pour ne citer qu’elles, les arnaques montées par les deux parasites de radeau sont vraiment drôles et si elles s’exercent aux dépens de la naïveté des villageois, elles s’exercent plus encore grâce à la complaisante naïveté de Huck. Car Huck est un gentil. D’ailleurs, s’il aide un esclave, c’est non par conscience politique (il éprouve même une intense culpabilité à rompre le pacte social sudiste, à violer l’ordre de son monde), mais parce qu’il y a chez lui une forme de résistance passive dans la bonté, un élan que rien ne peut altérer, ni la violence qu’il subit, ni les imbroglios que lui impose Tom au nom de la célébration permanente d’une vie nécessairement aventureuse.

Roman d’apprentissage donc. Apprentissage réussi pour Huck, pas encore advenu pour Tom qui ne quittera qu’à regret, on le pressent, le romanesque imaginaire de l’enfance. Mais ce n’est pas sans subtilité : on peut déceler, dans cette espèce de bovarisme chevaleresque (ok, on peut aussi plus simplement parler de donquichottisme) à l’œuvre chez Tom, la figure du romancier qui salue sa part d’enfance conservée.

04 septembre 2011

A cinq mois de la transplantation...

Je ne peux pas m’empêcher de trouver à la transplantation, comme à bien d’autres pratiques de notre médecine d’ailleurs, un caractère terriblement bricolé, ce malgré la coûteuse armada technologique qu’elle réclame. Lorsque j’essaie d’en faire part à C., celle-ci ne cesse de répéter, sur un ton de léger reproche, qu’« il s’agit tout de même et avant tout d’une technique admirable ». D’autres me parlent de miracle.

Je regrette, pour l’intérêt même de notre conversation, que C. ne puisse dépasser cet émerveillement, même si je comprends parfaitement que la transplantation (ou la greffe) puisse impressionner – je l’ai évidemment été ; d’une part, parce qu’elle est généralement sans alternative : la transplantation ou la mort (malheureusement, et pour être exact, ce serait même plutôt « et/ou la mort ») ; d’autre part, parce que de nombreuses personnes interviennent, et des machines infernales, et des hélicoptères, et des ambulances, qui accompagnent le greffon, du donneur au receveur, spectaculaire et émouvant ballet de quelques heures : notre espèce de grands singes agressifs est à ce point décevante que lorsque plus de trois hommes parviennent à aller dans la même direction (et qui n’est pas celle de la guerre) pendant plus de trois heures, les larmes pourraient nous monter aux yeux…

Mais bricolage quand même, je le maintiens. Tout d’abord, parce que cette technique est, après tout, celle du docteur Frankenstein... même s’il y a en général moins de morceaux et que les coutures sont plus discrètes.

Je sais que je ne vais pas parvenir à me faire comprendre de C., que je touche au tabou, et je préfère renoncer, me contentant d’évoquer, quand même et en guise de conclusion, la pharmacologie, laquelle joue un rôle peut-être plus essentiel encore que la technique. Car, sauf cas rares (transplantation entre jumeaux), voire unique et inexpliqué (immunoconversion de Demi-Lee Brennan), seuls les médicaments permettent aux greffés de vivre plus de quelques jours ; sans eux, le malade ne resterait qu’un de ces cobayes condamnés qu’on ne peut s’empêcher de charcuter une dernière fois : notre civilisation ne bride qu’avec beaucoup de crispations ses réflexes prométhéens.  Indispensables médicaments, donc, et ce, pour toute la vie, ce que chacun de mes proches semble découvrir : le système immunitaire de l’hôte ne s’habituera jamais au greffon. Ça laisse songeur… De fait, les médicaments deviennent, plus encore que l’hygiène de vie, le levier à partir duquel s’exerce encore un peu notre autorité, notre chantage à la mort parfois, notre révolte encore. Une amie greffée de Juliette m’expliquait, il y a peu, avoir connu deux jeunes hommes qui avaient décidé de suspendre leur traitement – avec les conséquences que l’on imagine. La honte du survivant. Le poids de la survie. Les attentes de l’entourage. La quasi-obligation d’aimer la vie ou, au moins, d’en connaître le prix, afficher des élans raisonnables tout en assurant chacun des témoins que l’on « mord la vie à pleines dents » – et autres expressions débiles. Ce suicide à peine déguisé de ces deux jeunes hommes, tout comme le tabagisme forcené de la jeune fille greffée que je croise parfois à la Pitié, est un sujet particulièrement tabou, comme si l’évocation même des supposés dysfonctionnements psychiques du greffé était dangereuse (c’est-à-dire contreproductive) : les potentiels donneurs ne risquent-ils pas de renoncer s’ils ont vent du « gâchis » ? Quoi, au lieu de faire une révérence à chaque généreux porteur de carte de donneur, certains greffés sont déraisonnables ? à quoi bon donner ses organes – c’est-à-dire finir un peu allégé dans la boîte – dans ces conditions !

Dans ma famille, on m’a toujours trouvé un peu dur, voire passablement insensible – mais on le sait : la plupart des familles se contentent de votre extrême superficialité, et vous le leur rendez bien, et ainsi va le monde. La famille du donneur ? Au risque de choquer, au risque de laisser croire à une posture, j’avoue ne pas comprendre que l’avis de la famille soit si important, sauf à avouer que la famille est collectivement propriétaire de chacun de ses membres. Car enfin – mais peut-être y a-t-il des familles idylliques, des familles dont les illustrations sont de pastel ou dont les journées commencent par une cavalcade riante dans une prairie – les parents peuvent-ils vraiment prétendre connaître leurs enfants ? Ma famille, qui ne sait même pas quoi m’acheter à Noël, qui me demande de venir pour mon anniversaire avec, dans mon sac, les cadeaux qui me sont destinés, qui ne saura pas quoi faire de mes cendres, prétendrait se prononcer sur la destinée de mes organes ?

 

Certains de mes amis jugent eux aussi parfaitement incongrues mes interrogations ou mes remarques, et je crois voir passer dans leurs regards quelques soupçons : se pourrait-il que je ne sois pas à la hauteur de l’événement ? ne puis-je pas me contenter de circonscrire mes interrogations à la vie d’avant du donneur et de sa famille ? ne puis-je me contenter d’une indéfectible gratitude tous azimuts ?

Je me rends bien compte que mon attitude – disons mon semblant de détachement – peut s’apparenter à de l’ingratitude : je n’ai pas retenu le nom des chirurgiens, j’ai toujours répondu « non » sans mentir à la question de savoir si j’aimerais rencontrer la famille du donneur et je ne considère pas la greffe comme une seconde vie ou une seconde chance – pas davantage qu’une chimiothérapie réussie ; ce n’est pas ainsi que j’élabore l’événement, à la différence, sans doute, peut-être, des cardiaques congénitaux, lesquels grandissent à l’hôpital, parfois au creux d’un maillage très serré (et certainement étouffant à l’occasion) de solidarités, entourés de chanceux greffés (dont on attendrait presque qu’ils guérissent les écrouelles), mais entourés aussi de fantômes, d’amis diaphanes, bleus ou mauves, et de parents esseulés qui continuent sur leur lancée même l’enfant mort.

Les choses se sont passées bien trop vite dans mon cas : le cœur de l’Autre, son attente, mon propre cœur n’ont guère bénéficié d’une symbolisation très élaborée – même si mon inconscient semble avoir intégré ce nouveau cœur à sa cartographie psychique : alors que la cardiologue, à l’issue de l’échographie cardiaque, me signalait une très légère fuite mitrale, j’ai manqué de lui demander si j’avais cette fuite depuis toujours…

 

Comment dire le côté bricolé qui me semble tellement évident ? Comment dire mon étonnement amusé (pas toujours) à ne devoir ma survie qu’à la quinzaine de cachets que je dois prendre quotidiennement et dont la liste d’effets secondaires, longue comme un jour sans ciclosporine, est délirante (hirsutisme mais aussi alopécie, tremblements, diabète, hypertension artérielle, toute la gamme de troubles digestifs, cancers…). N’est-on pas en droit de juger un peu bricolé un traitement dont l’un des possibles effets secondaires est la survenue d’un cancer de la peau ou d’un lymphome ? N’est-ce pas un peu exagéré comme « effet secondaire » ?

« Risque de lymphome ? Mais j’ai déjà eu un lymphome hodgkinien… J’ai l’impression de jouer au jeu des sept familles du cancer… », avais-je dit en rigolant à l’infirmière qui m’annonçait cela.

Voilà d’où me vient cette impression de bricolage : soigner, c’est écoper avec une hache une barque qui a déjà coulé.

Et si l’on n’a guère le choix, si le courage de la santé c’est s’habituer à tout, tant que l’on peut, reste que je ne sais pas comment je réagirais si je devais traiter un second cancer. La solitude dans les champs de l’irradiation, rien de plus absolu, toute la vie comme soudainement tendue vers cet instant absurde. Indépassable. Le tac tac tac de la machine qui vous irradie pendant quelques secondes. Dans l’histoire de mes déboires médicaux, la radiothérapie, bien qu’étant le traitement le moins physiquement pénible que j’ai subi, reste le plus émotionnellement difficile. Encore maintenant. J’y repensais l’autre jour en jetant mes pieds dans les feuilles déjà tombées des arbres, et je ne sais pas comment retranscrire mes émotions autrement qu’au moyen de cette phrase que je reconnais pour très bête : on ne vient pas au monde pour subir cela. Alors revivre cela…

 

Il faut me croire lorsque j’écris qu’il n’y a guère qu’à vous que je peux raconter cela, et que j’en abuse peut-être. Mais je vais bien, vraiment. Et si je n’ai guère publié, c’est parce que je ne suis pas seul ces temps-ci.


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