27 septembre 2011

Tout ça pour ça ?

Comme dirait l’autre, « faut pas s’mentir », je n’ai jamais aimé le sport. Quitter le monde du jeu (qui ne durait jamais assez longtemps) pour entrer dans celui du sport (qui durait toujours trop longtemps) a été une de ces épreuves terribles de la pré-adolescence.

Courir pendant des heures en jouant à chat, monter et descendre des buttes en vélo, nager dans la rivière, sauter du haut des rochers, grimper aux arbres – tout cela constitue une jolie réserve de souvenirs. Mais dès lors que sont apparus la composante compétitive et le prof de sport, rien n’est plus jamais allé. Et d’ailleurs, en y repensant, je n’ai jamais vu dans le sport la célébration de valeurs, mais plutôt celle des plus bas instincts. Je ne prétends pas avoir raison, j’explique ! – et chacun voit midi à sa porte. Des sports d’équipe, je ne retiens que l’émergence de leaders, et j’ai toujours détesté les leaders. Puis, pour ne rien vous cacher, la quasi-totalité des profs de sport que j’ai eus étaient de parfaites caricatures : il y avait le libidineux qui aidait les filles à grimper à la corde tout en contrôlant l’état de leurs fessiers, la prof de sport lesbienne (et psychorigide) dont on ne pouvait guère tirer un sourire, le prof de sport allemand qui comptait dans la langue de Goebbels et nous menaçait d’un bâton. Je n’invente rien. Et ce n’était pas qu’un problème scolaire : j’étais rétif à tout enseignement de ce type : je voulais bien skier, mais surtout ne pas apprendre : il était hors de question qu’un adulte au visage orange, qui sentait fort la cannelle, puisse s’imaginer m’impressionner en haussant la voix.

Comme la vie ne manque pas d’humour (et ne croyez pas que je l’ai découvert cette année), je me suis retrouvé à travailler dans le secteur du sport. Je voudrais immédiatement calmer les ardeurs de certains lecteurs : les sportifs ne viennent que rarement, sinon jamais, dans mon bureau, nus et oints d’huile. La plupart d’entre eux sont d’ailleurs assez discrets, voire timides, et les plus grands crétins se recrutent moins dans leurs rangs que parmi leurs entraîneurs et leurs cadres. On y trouve une ribambelle de machos gueulards, quelques-uns particulièrement bas de plafond, qui vilipendent ceux de leurs athlètes qui, ce matin-là, ont couru « comme des gonzesses » ou pire encore : « comme des tarlouzes », et j’en passe. L’excès de cholestérol bouche les artères, l’excès de testostérone bouche les neurones.

Voilà pour le préambule.

Mais je me dois de préciser qu’ils ont tout de même un cœur à l’intérieur : ne pleurent-ils pas lorsque leur champion monte sur le podium ? Ne sanglotent-ils pas lorsque la Nation ne reçoit pas le coûteux privilège d’organiser les Jeux ?

Voilà pour la nuance.

Copi disait en substance que tous les mâles argentins étaient de fieffées folles, que plus ils affichaient leur virilité triomphante, plus ils étaient couineuses à l’intérieur.

Voilà pour l’idée forte.

J’accompagne *** dans une enseigne assez connue d’articles de sport, l’occasion d’une très jolie promenade à pied, entre le 2e et le 13e, dans une de ces matinées lumineuses et blanches qui offrent selon moi la plus belle lumière aux immeubles parisiens. Sitôt entrés, je m’étonne : environ 80 % de la surface du magasin est dédiée à la fringue. Oh, ça, l’alibi sportif est bien là : fringues qui vous moulent avantageusement, fringues qui transforment votre sueur en boisson énergisante, fringues pour cyclistes, pour marcheurs, pour coureurs – et j’en passe. Les plus machos des plus machos, ceux qui ne se rasent que pour faire du vélo, peuvent donc se livrer métrosexuellement à une folie dépensière – « quelle folie ces soldes, on achèterait tout ! » – en toute quiétude : « – Mais le rose, là, ça fait pas taffiole ? – Mais non Kevin/Trésor/Sofiane/Mercédos, ça fait rugbyman au contraire ». Genre !

Voilà pour l’anecdote à proprement parler.

Je ne sais pas si les designers de godasses thermoformées (mais coûteuses) sont d’anciens forains, mais attention, ça pique les yeux ! Accessoirement, je prierai les épileptiques de s’éloigner de l’écran.

shoes.gif

Voilà pour le son et lumière. (Oui, je sais, il n'y a pas de son : je vous invite à chantonner un morceau des Village People).

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Commentaires

Ah que je l'aime ce texte ! Marcher et s'arrêter pour regarder, nager et faire la planche le nez dans le ciel oui, faire du sport, non, définitivement non !
Quant à la compèt, alors c'est carrément un gros mot.
Quand j'étais lycéenne j'ai fait du saut en hauteur, je détestais pas, et je sautais tellement bien que les profs m'ont mis le grappin dessus. Ça va pas la tête, leur ai-je dit poliment. Et ça s'est arrêté là, ouf...

Écrit par : laplumequivole | 27 septembre 2011

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T'inquiète pas: je détestais le sport et je me suis mis à courir à plus de 50 ans, avec un plaisir immense. Mais pour moi, seulement pour moi.! Le jour où j'ai fait mon semi-marathon, on m'a proposé de m'inscrire dans un club. Même réaction que la Plume!
D'accord avec toi sur les couleurs, mais on ne trouve rien d'autre!

Écrit par : calystee | 27 septembre 2011

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Je bisse, et même, étant passé derrière les copains, je trisse à 200%.

Moi aussi, le mot 'compétition' a l'art de me faire gerber. Le problème, c'est qu'il ne toucbe pas que le monde du sport, mais il fait tache d'huile, depuis belle lurette. A la limite, courir pour avoir le plaisir d'arriver le premier, c'est une idée qui ne me plaît pas, mais elle est sous-tendue par une certaine logique. En revanche s'étriper et hurler devant la télé ou, encore pire, se taper sur la gueule dans les gradins d'un stade parce que l'équipe préférée a perdu et que les décisions de l'arbitre étaient injustes, non, là, c'est juste pas possible.

Écrit par : lancelot | 28 septembre 2011

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> Laplumequivole : A part d'aller m'asseoir sur le banc, on ne m'a jamais rien proposé en cours de sport ! En plus, j'avais pris le parti d'en rire et de tourner en ridicule mon peu de compétences !
> Calystee : J'ai un peu couru autrefois... J'attends encore les endorphines ! Mais tu as raison, il y a pire que faire du sport : faire du sport en groupe ! Tout de même, j'exagère : est-ce justement parce que je n'en ai pas le droit pour l'instant ? Je rêve d'aller à la piscine ! En attendant, je me contente de faire quelques exercices chez moi (j'ai tout de même trouvé de petites haltères dans cette boutique - rien que de l'écrire, ça me fait rigoler) et de marcher vite et un peu longtemps. Quant aux chaussures... oui il y a les couleurs (elles ont toutes été fabriquées dans les années '90 ou quoi ?), mais aussi les motifs ! Il ne manque plus que des smileys sous les semelles !
> Lancelot : Ouais ! Trop de supporteurs et pas assez de gradins de mauvaise qualité ! ;-)

Écrit par : christophe | 28 septembre 2011

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j'ai tellement ri en lisant ce billet. A l'occasion je te monterai mes magnifiques chaussures de badminton.

Écrit par : joss | 28 septembre 2011

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Je suis du même avis pour le sport. En revanche, si j'ai connu des crétins de profs au collège, ceux que j'ai au lycée, en particulier en première et terminale étaient vraiment sympathiques et ils me foutaient la paix. J'avais même découvert chez l'un d'eux un type qui s'était physiquement opposé à la construction d'un barrage en Haute-Loire, barrage qui n'a heureusement jamais été construit. Pourquoi m'avait-il parlé à moi seul de ce combat. Sentait-il qu'un jour, quelques années plus tard, la Loire serait mon sujet le plus familier d'étude, pire ma passion ?

Quant aux chaussures de sport, c'est vrai que les trouve moches. Très rares sont celles qui arborent suffisamment de sobriété dans la couleur et les formes.

Écrit par : Cornus | 01 octobre 2011

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Je suis inscrite dans uns salle de sport et c'est un endroit particulièrement amusant quand on a une bonne dose d'auto dérision et des écouteurs dans les oreilles.
Les running sont flashy, c'est clair!
J'aime beaucoup ce post Christophe.

Écrit par : Georges | 02 octobre 2011

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> Joss : Oh oui ! Oh oui ! Oh oui ! Fais-moi penser à prendre mon appareil photo !
> Cornus : Oui, la sobriété n'est guère de ce monde (je parle du monde du sport !). Pour ce qui est des profs de sport, bien sûr - je suis d'accord avec toi - qu'il y en a de sympathiques. Mais je ne les ai pas rencontrés, pas davantage que les profs sexys tels que celui de Lancelot...
> Georges : Mais tu sais, au fond, je me demande si je n'ai pas plus de problèmes avec les sportifs qu'avec le sport - m'équiperais-je d'une salle de sport si j'en avais les moyens (et donc l'espace) ? Dieu merci, je n'aurai sans doute jamais à répondre à cette question...

Écrit par : christophe | 03 octobre 2011

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