17 septembre 2011
Les Aventures de Huckleberry Finn
Je viens de terminer la lecture des Aventures de Huckleberry Finn, jamais lues, au contraire des Aventures de Tom Sawyer relues quant à elles plusieurs fois – et avec le même plaisir –, la dernière fois à l’hôpital il y a quelques mois.
Le fait est, la réputation du roman – celle d’être assez sombre – n’est pas usurpée. Tom Sawyer n’est pas exempt d’une sorte de noirceur, mais celle-ci est essentiellement circonscrite au caractère un peu morbide de quelques épisodes : le meurtre du docteur dans le cimetière, la fin de Jo l’Indien… Qui plus est, les personnages, encore enfants, parviennent sans difficulté à enchanter le monde qu’ils habitent et le roman laisse une large place aux innocentes espiègleries (la palissade repeinte, le badinage amoureux avec Becky, la badine leste de l’instituteur…).
Dans Huckleberry Finn, les enfants quittent leur première peau pour entrer difficilement dans celle de l’adulte. Difficilement, parce que si l’adolescence semble ne pas encore véritablement exister, le monde de l’enfance résiste. Difficilement, parce que le monde adulte est fait de contraintes pénibles (les beaux vêtements qu’il faut porter) et de transgressions sinistres (l’alcoolisme violent du père de Huck). Surtout, et le roman l’évoque largement, la violence sociale se découvre, principalement celle exercée contre les Noirs : une grosse partie du roman est consacrée à la fuite de Jim l’esclave.
Pour autant, l’humour n’est pas absent ; pour ne citer qu’elles, les arnaques montées par les deux parasites de radeau sont vraiment drôles et si elles s’exercent aux dépens de la naïveté des villageois, elles s’exercent plus encore grâce à la complaisante naïveté de Huck. Car Huck est un gentil. D’ailleurs, s’il aide un esclave, c’est non par conscience politique (il éprouve même une intense culpabilité à rompre le pacte social sudiste, à violer l’ordre de son monde), mais parce qu’il y a chez lui une forme de résistance passive dans la bonté, un élan que rien ne peut altérer, ni la violence qu’il subit, ni les imbroglios que lui impose Tom au nom de la célébration permanente d’une vie nécessairement aventureuse.
Roman d’apprentissage donc. Apprentissage réussi pour Huck, pas encore advenu pour Tom qui ne quittera qu’à regret, on le pressent, le romanesque imaginaire de l’enfance. Mais ce n’est pas sans subtilité : on peut déceler, dans cette espèce de bovarisme chevaleresque (ok, on peut aussi plus simplement parler de donquichottisme) à l’œuvre chez Tom, la figure du romancier qui salue sa part d’enfance conservée.
13:44 Publié dans Les livres | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mark twain, les aventures de huckleberry finn |
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Commentaires
Bien que connaissant ces héros-là, je n'ai pas encore lu ces romans. A mon âge! Seulement des extraits de Tom Sawyer.
Écrit par : calystee | 21 septembre 2011
Répondre à ce commentaireJe n'ai lu Tom Sawyer que par extraits (donc, je ne l'ai pas lu), alors que j'ai pourtant adoré l'adaptation animée de la Nippon Animation des années 80 (http://www.planete-jeunesse.com/sources/series.php3?cle=26&sec=1) ! Tu viens de me rappeler que deux formidables (semblent-ils) romans n'attendent que moi pour être lus... merci m'sieur !
Écrit par : Jay | 21 septembre 2011
Répondre à ce commentaireLe nombre de fois où j'ai traité avec mes élèves la différence entre conscience sociale et conscience morale en basant le cours sur la discussion entre Huck et Jim à propos de l'esclavage, ça me donne le tournis... Aujourd'hui, je le regrette un peu d'ailleurs, car ça a pour moi, en partie, vidé le livre d'une partie de son charme. j'avais adoré Tom à 11 ans, et encore davantage Huck quand j'en avais 15. Le talent de Mark Twain n'est vraiment pas fait pour être circonscris aux murs d'une salle de classe. :)
Écrit par : Lancelot | 22 septembre 2011
Répondre à ce commentaire> Calystee : Il n'est pas trop tard !
> Jay : Moi aussi, j'ai grandi avec le dessin animé, sa bande-son géniale et le flippant Jo l'Indien... Le dessin animé est plutôt fidèle aux romans - je mets "roman" au pluriel, car certains épisodes sont empruntés (mais modifiés) à Huckleberry Finn.
> Lancelot : Je suis bien d'accord avec toi. Et cette distinction, voire cette opposition, chez Huck, entre conscience sociale et conscience morale est vraiment touchante...
Écrit par : christophe | 26 septembre 2011
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