30 octobre 2009

Archangel

19193711.jpg-r_160_214-b_1_CFD7E1-f_jpg-q_x-20091104_124538.jpgJe crois que ce que j'aime le plus chez Maddin (courage, la rétrospective s'arrête dimanche : après, je vous fiche la paix), outre la beauté des images qui se dégage pour partie de ce flou, de ce brouillage (goût qu'il dit avoir hérité de son enfance et des images fantomatiques qui se promenaient sur la télévision souvent enneigée), de sa technique de montage hypnotique, c'est son infinie liberté : lui seul peut raconter ce qu'il raconte  : Arkhangelsk est une petite ville de la Russie occidentale pendant la Première Guerre mondiale, non loin du front où s'agitent la noble armée impériale, les soudards allemands et d'hirsutes et sanguinaires bolchéviques. Un soldat est amnésique et revit inlassablement son mariage, sa mémoire déchirée dès les prémisses de la nuit de noces. Sa femme, elle, feint de ne pas le reconnaître, incapable qu'elle est de lui pardonner sa trahison. Et un autre soldat, qui vient de loin, et qui croit reconnaître en elle son Iris bien aimée, morte.

Je ne connais aucun réalisateur qui puisse jouer à ce point avec le feu : le burlesque sans la bouffonnerie, l'hommage sans la flagornerie, la poésie flotte dans les images.

28 octobre 2009

Dracula, pages tirées du journal d'une vierge

affiche.jpg-r_160_214-b_1_CFD7E1-f_jpg-q_x-20030325_051558.jpgDracula, pages tirées du journal d'une vierge, de Guy Maddin, que j'avais raté à sa sortie en 2001, relecture du Dracula de Bram Stocker. Filtres de couleurs sur les pages dansantes où se mime autrement le désir, entre autres celui de Lucy, jouisseuse impénitente dans un siècle corseté, et qui met en compétition ses trois prétendants pour mieux céder à Dracula, vampire qui vient de bien plus loin que des Carpates, androgyne et séducteur. La danse sert incroyablement bien l'histoire et la mise en scène. C'est très très poétique et neuf.

 

26 octobre 2009

Winnipeg mon amour

19185549.jpg-r_160_214-b_1_CFD7E1-f_jpg-q_x-20091020_114342.jpgWinnipeg mon amour, le dernier film sorti en salles de Guy Maddin dans l'après-midi d'un lundi de repos - déjeuner avec Yohanna et S. -, j'écris à une terrasse de la place de la Sorbonne en attendant Yohanna.

Le réalisateur noue de petites intrigues autour d'un documentaire dédié à sa ville canadienne et à ses mythes. Scènes surréalistes, scènes d'enfance supposément rejouées par des acteurs, épisodes importants et parfois délirants de l'histoire de sa ville, peut-être vrais - pas le plus important - alors que le narrateur prétend vouloir quitter à jamais sa ville dans le train qui la sillonne, alors que remontent à la surface les souvenirs de sa mère terrible, du salon de coiffure qu'elle partageait, dans la grande maison, avec sa sœur, les chevaux pris au piège dans la glace, la destruction par la municipalité des plus valeureux bâtiments de la ville, les habitants somnambules qui errent la nuit, la révolte des ouvriers dans les années trente...

Que des vieilles ou presque dans la salle. Deux d'entre elles se chamaillent un peu derrière moi, avant que ne commence le film, pour savoir laquelle a le câble depuis le plus longtemps. Finalement, l'une des deux se mettra à ronfloter et je laisserai sa vie à l'autre.

25 octobre 2009

Le crépuscule des nymphes de glace

Tenir en place dans une file d'attente est parmi les expériences les plus pénibles qui soient (pour nous autres qui avons un travail et un toit, cela va de soi). À Beaubourg, la file s'éternise sur le parvis, fait des boucles impatientes et noires : les vêtements d'hiver que l'on a ressortis des armoires. Le temps que mettent les visages amorphes qui vous entourent à devenir celles de parfaits crétins insupportables que l'on voudrait voir disparaître dans un gouffre dépend de paramètres qui, en ce qui me concerne, échappent à toute modélisation. Ca m'a pris trente secondes cette fois. Il faut toute mon envie de voir un film de Guy Maddin, en rétrospective, pour me faire mettre les pieds dans cette usine à culture inorganisée au possible (le « bar » mériterait une note à lui seul), au lieu de partir en hurlant.
Chose surprenante, le presque chauve qui prend place à mes côtés dans la salle numéro 1, qui me piétine les pieds en passant, dégage une odeur de cuvette de WC. Il s'évase dans son fauteuil au-delà de ce que les usages tacites dans les pays en temps de paix tolèrent, respire fort, joue avec la boucle métallique de son pull. Un rêve.
affiche_Twilight_of_the_Ice_Nymphs_1997_1.jpgPourtant, rien ne résiste vraiment du monde qui vous entoure immédiatement lors d'une projection de ce réalisateur canadien tant l'ambiance parfois burlesque, le plus souvent encore hypno-poétique vous rend captif des images qui se succèdent à l'écran, qui accompagnent le récit, jamais inféodées à quelque forme de vouloir-dire que ce soit, éveillant chez vous une sensualité, presque une irritation des sens... Le Crépuscule des nymphes de glace est le premier de ses films que je vois en couleurs, des couleurs chaudes - un emploi quasi systématique des filtres -, ce qui donne l'impression que la réalité n'est acceptable qu'à la condition d'être repeinte.
Un ancien prisonnier rentre chez lui, dans l'élevage d'autruches que gère sa sœur aidée d'un vieux journalier. Sur le bateau, il fait la connaissance d'une mystérieuse et ravissante jeune femme qui entreprend de le séduire, de le manipuler peut-être pour arriver à ses fins. Il la retrouvera à terre compagne d'un docteur un peu inquiétant, un de ces savants tout droit sorti de la littérature fantastique du XIXe siècle - le magnétisme, l'hypnose - autant de thèmes par ailleurs chers au réalisateur. C'est visuellement très beau et en aucun cas, cela ne nourrit l'émotion, ce qui est plutôt reposant. Le montage fait moins appel que dans d'autres de ses films à la persistance rétinienne et, par instants, on pense aux films des frères Quay, notamment à L'Accordeur de tremblements de terre.
C'est du cinéma expérimental et, à ce titre, je comprends que l'on puisse trouver cela rebutant. Mais - et je le dis sans sentence ni snobisme -, le cinéma de Guy Maddin constitue une vraie et belle expérience de cinéma.

22 octobre 2009

L'Âge d'homme

Ai relu le petit livre de Michel Leiris, L'Âge d'homme, que j'avais lu en diagonale à la fac. Récit autobiographique à une époque où l'on pouvait encore en écrire avec une acuité terrible dans le regard posé sur notre mesquine condition humaine, loin des (auto-)portraits hagiographiques et « mythogénétiques », loin de la complaisance du portrait que l'on a beaucoup rencontrée depuis, encore plus loinde l'écrivain qui s'est souvent attaché à obtenir la sympathie du lecteur. Les petites bassesses, les petites grandeurs sont relues à l'aune de concepts psychanalytiques encore innocents, qui plaçaient la sexualité et la mort au creux métaphorique et non au cœur. Un destin qui se place également sous les auspices structurants et drainant des grandes figures tragiques de notre mythologie.

Les mots de Leiris sur l'amour et les lâchetés sont de ceux que je veux garder par devers moi, pour les reprendre lorsque la honte et l'insécurité sont trop pressantes.

 

Car j'aurais peine à énumérer tous mes déboires : velléités premières d'amour pour des fillettes auxquelles j'avais tôt fait de renoncer même si elles se montraient conciliantes, parce que je n'osais rien leur dire, ou que j'en avais honte ne les jugeant pas assez grandes et préférais m'adresser à des filles nubiles qui me traitaient comme un enfant ; tentatives plus précises telles que celle avec cette grue en compagnie de qui mon père m'avait rencontré, ou mon initiation manquée au bordel quand, sans être parvenu à mes fins, j'étais redescendu vers mes compagnons et m'étais dit « déshonoré » ; événements dérisoires qui servaient de pâture à ma sentimentalité larmoyante, telle l'histoire de cette camarade - roulure de bar - qui m'avait un jour prêté dix francs et que j'avais baisée sur la bouche enivré à l'idée que j'étais un maquereau, ou telle encore la rencontre auprès de Tabarin - un soir que je traînais avec d'autres garçons - d'une femme qui nous avait donné les cigarettes dont nous manquions, ce qui m'avait ému aux larmes ; filles délurées que je ne courtisais qu'en paroles (alors qu'elles attendaient de moi un manège plus précis) ou que je ne faisais qu'embrasser (l'une notamment, qui m'aimait bien - je l'ai appris plus tard, quand elle mourut tuberculeuse - mais dont je ne fus jamais l'amant parce que son dévergondage me faisait redouter d'être trahi et bafoué) ; cocktails nombreux payés à des catins dont j'obtenais à peine quelques caresses ; noires saouleries à plusieurs dans des chambres d'hôtel d'où je ressortais toujours vierge ; coucheries enfantinement quémandées et toujours éludées ; flirts avortés.

19 octobre 2009

Un prophète

19138702.jpg-r_160_214-f_jpg-q_x-20090710_051022.jpgUn prophète, en compagnie de D. À côté de moi, une trout' manque de me vomir dessus dès les premières violences, comme s'il découvrait que la vie en prison était un peu plus pénible que ne le laissent entendre les productions Falcon (d'accord, elle est facile celle-là).
Je n'éprouve aucune fascination à l'égard des truands ni ne crois véritablement à un code d'honneur aujourd'hui bafoué par les nouvelles générations supposément plus immorales encore que les anciennes, lesquelles dépêchent à l'occasion une de leurs grandes figures historiques sur les plateaux de télévision pour dire que c'était mieux avant. Je serais plutôt tenté d'y voir un énième avatar du conflit des générations qui se cristallise autour de méthodes sensiblement différentes pour un but tout à fait identique : la conquête et l'exercice d'un pouvoir non étatique pour plus d'argent, plus de femmes.
La prison m'angoisse parce qu'y règne définitivement la loi du plus fort, qu'en m'y projetant je m'y vois survivre treize minutes environ, et parce que l'individualité y est définitivement battue en brèche : impossible de ne pas rejoindre un groupe selon des affinités que l'on pourrait rejeter à l'extérieur, mais contre lesquelles il est vraisemblablement impossible de lutter à l'intérieur, dans la mesure où la question territoriale y est exacerbée, où chaque groupe est en lutte permanente contre les autres, où il s'agit d'exercer son contrôle - aussi limité dans l'espace soit-il. La série OZ, que je n'avais regardée (en partie) qu'à grand peine, dressait le tableau des luttes où étaient engagés Hispaniques, Noirs, néonazis, chaque nouvel arrivant finissant par rejoindre, à mi-parcours d'un chemin de croix, l'un des groupes.
Le film d'Audiard se concentre plus particulièrement sur deux groupes : les nationalistes corses, entité homogène, puissamment installée, bénéficiant des largesses de surveillants corses eux-mêmes, mais groupe en perte de vitesse également, bientôt délité, peut-être supplanté par le groupe des Barbus qui savent, comme seuls les religieux de tous bords savent le faire, accommoder les principes et les préceptes aux nécessités supposées de la Cause.
Avançant en crabe, tour à tour complice, victime et duplice, Malik, le jeune antihéros, cherche tout à la fois à survivre et à trouver une place, interrogeant par ailleurs la possible filiation avec le terrible et excellent Niels Arestrup comme pour sublimer la pacte unilatéralement signé au départ, se livrant avec intelligence ou sens de l'opportunité - pas facile de le savoir - à une partie d'échec visant à assurer sa survie et la manipulation des groupes fascinants tout autant que méprisabless pour, au fond, conserver son indépendance (le temps qu'il lui faudra pour devenir chef à son tour) et tenter de préserver ce que l'on devine perdu d'avance, sa part d'enfance : l'air libre sur le visage, marcher dans l'eau...

18 octobre 2009

K, histoires de crabe

A l'époque, j'avais commencé un texte dans lequel je tentais de mettre à distance la maladie, tout en creusant un peu toutes les émotions qui m'assaillaient - la peur, la sidération, mais aussi ce qu'on appelle "les bénéfices secondaires de la maladie", l'amusement (hé oui !) -, tout en tentant de l'inscrire dans une histoire, personnelle et généalogique. Je pense que si les blogs avaient existé à l'époque, j'en aurais tenu un.

Quoi qu'il en soit, je suis depuis quelques temps K, histoires de crabe.

Beaucoup de gens disent : "Je suis désolé de ne pas être venu, mais je n'aime pas les hôpitaux". Ca marche aussi avec : "Je suis désolé de ne pas être venu, mais j'ai peur des hôpitaux." Mais personne n'aime les hôpitaux - la question n'est pas là. Et ceux qui les aiment, pour d'obscures raisons psychanalytiques, sont de toute façon rares à l'avouer. Il est plus facile de dire qu'on aime marcher dans les cimetières.

Tout ça pour dire qu'il y a plein de bonnes raisons pour ne pas vouloir suivre un blog dédié à une expérience personnelle du cancer, a fortiori lorsqu'on ne s'y est pas frotté. Mais s'il n'y a qu'une raison pour aller sur celui-là, c'est bien pour l'intelligente distance que son auteur a trouvée.

10 octobre 2009

Le syndrome du Titanic

19156387.jpgAi été voir le Syndrome du Titanic avec le Philosophe. Nous sommes ressortis sans avoir rien appris, et un peu agacés par l'esthétisation de la faillite d'une part, par l'exhibition autobiographique d'Hulot d'autre part, qui nous rappelle qu'il n'est pas né écologiste mais l'est devenu. Oyé oyé ! venez tous écouter le sieur Hulot qui, après avoir largement profité des largesses de la nature spectacle, somme les spectateurs d'éteindre la lumière du salon lorsqu'ils vont aux toilettes. Mais, après tout, chacun peut bien changer, faire amende honorable. Qui plus est - et sans avoir l'air de délivrer des satisfécits -, nous avons été agréablement surpris de l'entendre dire que le système (commerce et technologie) lui-même était le problème.
Bref, nous ne sommes pas sortis plus pessimistes du cinéma et on a devisé sous l'orage, autour d'une bière, sur quelques grandes figures de la philosophie de la technique (Mumford, Heidegger, Ellul...), au point de nous dire qu'à moins d'une dictature écologique, on ne voyait pas bien ce qu'il adviendrait de l'homme auquel on fait croire qu'une douche à la place d'une baignoire, des ampoules basse consommation, suffiront...

 

En léger différé du pays des cinglés

L'année dernière, coup de théâtre : ma responsable était évincée de son poste et, flanquée d'une vague lettre de mission, se voyait imposer des tâches qu'elle allait soigneusement éviter... et j'avais été propulsé (« propulsé » est plus juste que « promu ») à sa place.  Bien évidemment, je n'avais pas été consulté et on m'avait rapidement fait comprendre, d'une part, qu'il ne fallait pas que j'espère une augmentation, mon profil statutaire autorisant pleinement l'occupation du poste sans revalorisation, d'autre part, que ce nouveau poste consistait surtout en un complément à mes tâches historiques. « Ne nous remerciez pas et bienvenu au pays des rats ».
Ils ont tout tenté pour la virer - en vain. À vous, je peux le dire, on ne voit pas bien la différence depuis qu'elle a quitté le service.

Nouveau coup de théâtre, il y a quelques semaines : après avoir erré pendant un an dans les limbes de l'organigramme, après avoir postulé en vain à un autre poste en interne, la direction a tranché, l'a convoquée, a éructé, postillonné, tapé du poing sur la table (signes extérieurs de la virilité administrative) pour... la placer sous mon autorité. Ce n'est pas humiliant du tout. Du tout.
La première mission qui lui a été confiée requiert des compétences en tableur qu'elle n'a pas, donc je fais une partie de son boulot en plus du mien...


...


Bercy peut être content : la masse salariale de la Réserve fond comme neige au soleil. Il est toutefois plus exact de dire que la Direction est armée d'une loupe et qu'elle concentre les rayons du soleil sur nous autres, pauvres fourmis laborieuses et erratiques. Les fonctionnaires de catégories C et B sont donc invités à « entrer dans le mouvement » et à aller voir ailleurs si on y est. Ceux qui restent seront noyés à la faveur des prochaines inondations. Si la catégorie A présente l'avantage de ne pas pouvoir prétendre compter ses heures, il a tout de même bien fallu remédier à la paralysie possible du système en multipliant les prestations externes (bizarrement toujours plus coûteuses que prévu), les marchés publics et le recours à des contractuels hautement qualifiés alignés sur les grilles de salaire du privé : certains, pour un niveau d'étude égal au mien, sont donc payés trois fois plus.
Mais Bercy est content - pour l'instant : les fonctionnaires partent, de gré ou de force, et on feint de croire qu'on n'aura pas besoin ad vitamaeternam des jeunes requins qui ont débarqué du privé pour sucer jusqu'à la moelle le budget.

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Aujourd'hui, le service informatique a accidentellement provoqué l'apparition d'un trou noir. Dieu merci, le ministère a rapidement publié une note de service pour exiger que son extension soit très lente. En effet, pour l'heure, seules les lumières du bâtiment de la direction semblent avoir disparu à jamais. Je plains sincèrement la galaxie qui, à l'autre bout d'un trou blanc, finira bien par en hériter.


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Ce qui est drôle avec l'administration, c'est que l'on découvre toujours, au cours du dernier trimestre, l'existence de crédits peu ou prou intacts qu'il s'agit de dépenser fissa. On ne rêve pas : les lignes budgétaires en question sont rarement les plus utiles et on se retrouve parfois à devoir acheter 200 000 stylos alors qu'on ne peut plus faire réparer l'imprimante. La femme du directeur, Elena Ceaucescu, a fait savoir à son chouchou que si lui ne savait pas quoi en faire, elle, elle trouverait. Quelques projets d'envergure attendent en effet d'être menés à bien. Pour assurer le rayonnement de l'établissement et l'inscription au firmament de leurs noms en lettres d'or dans les cieux noirs, qui brilleront donc sur la tête des anglophones, il a été décidé la traduction de ce qu'il convient d'appeler le « four de la décennie ». J'ai suggéré qu'il n'était peut-être pas indispensable d'ajouter, aux 35 euros que nous perdons déjà sur chaque exemplaire vendu, 22 livres sterling ou 35 dollars. J'ai été entendu. Partiellement. Affaire à suivre.


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Nos nouveaux bâtiments ayant semble-t-il été conçus en prévision d'un refroidissement climatique, les températures atteignent facilement les 35° aux premiers rayons du soleil, climat saharien contre lequel peinent à lutter de jolis stores couleur framboise. Charmant. On a cru bon nous installer un capteur qui automatise la descente desdits stores. Las ! Selon une logique aberrante, ils descendent ou remontent à l'insu de notre plein gré et le petit boîtier de commande est sur le mur : il faut donc se lever, parfois deux à trois fois par minute pour contrer l'automatisme quand il fait sa crise. Il fallait plutôt. Car j'ai arraché le boîtier de son mur et il erre à présent sur mon bureau, à portée de l'index.
Je vous abandonne pour retourner à la lecture du génial Dilbert (de Scott Adams).

 

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04 octobre 2009

Tu n'aimeras point

19146662.jpgJe sors triste du cinéma, avec la solitude, la solitude de tous les hommes coulée dans ma gorge, sans avoir pu être distrait par les élaborations théoriques, souvent salutaires pourtant, du Philosophe ; mes mots vides de sens comme grignotés par l'usure, insuffisants pour dire cette chose simple du monde malheureux de la peine qui le dévore. Tu n'aimeras point me laisse bouleversé, au terme d'une histoire sans issue, malgré la tendresse des corps et les gestes sincères qui ne peuvent que s'interrompre sous la pression du groupe, alors qu'il faudrait dévaster le monde entier - ce que l'on ne fait jamais.

Par instant, j'ai pensé à M. et à la fin de notre histoire ravagée - parce que Dieu pardonnera quelques fois mais pas toujours, l'égarement du désir, le plaisir trouvé avec l'autre soi-même, le gâchis de la semence. Le tapis de prière déplié, et moi dans la salle de bain, à mesurer le temps qui reste avant la fin.

Il y a beaucoup de choses que je ne pardonnerai pas au monde.

Combien de bains rituels pour laver les souillures que l'on vous crache au visage, et la honte, qui aussi bien que le temps, s'allie à la solitude et vous jette, avec votre amour et votre désir vissés aux reins, dans les fossés des beaux chemins qui promettaient de conduire à l'horizon.

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