22 octobre 2009
L'Âge d'homme
Ai relu le petit livre de Michel Leiris, L'Âge d'homme, que j'avais lu en diagonale à la fac. Récit autobiographique à une époque où l'on pouvait encore en écrire avec une acuité terrible dans le regard posé sur notre mesquine condition humaine, loin des (auto-)portraits hagiographiques et « mythogénétiques », loin de la complaisance du portrait que l'on a beaucoup rencontrée depuis, encore plus loinde l'écrivain qui s'est souvent attaché à obtenir la sympathie du lecteur. Les petites bassesses, les petites grandeurs sont relues à l'aune de concepts psychanalytiques encore innocents, qui plaçaient la sexualité et la mort au creux métaphorique et non au cœur. Un destin qui se place également sous les auspices structurants et drainant des grandes figures tragiques de notre mythologie.
Les mots de Leiris sur l'amour et les lâchetés sont de ceux que je veux garder par devers moi, pour les reprendre lorsque la honte et l'insécurité sont trop pressantes.
Car j'aurais peine à énumérer tous mes déboires : velléités premières d'amour pour des fillettes auxquelles j'avais tôt fait de renoncer même si elles se montraient conciliantes, parce que je n'osais rien leur dire, ou que j'en avais honte ne les jugeant pas assez grandes et préférais m'adresser à des filles nubiles qui me traitaient comme un enfant ; tentatives plus précises telles que celle avec cette grue en compagnie de qui mon père m'avait rencontré, ou mon initiation manquée au bordel quand, sans être parvenu à mes fins, j'étais redescendu vers mes compagnons et m'étais dit « déshonoré » ; événements dérisoires qui servaient de pâture à ma sentimentalité larmoyante, telle l'histoire de cette camarade - roulure de bar - qui m'avait un jour prêté dix francs et que j'avais baisée sur la bouche enivré à l'idée que j'étais un maquereau, ou telle encore la rencontre auprès de Tabarin - un soir que je traînais avec d'autres garçons - d'une femme qui nous avait donné les cigarettes dont nous manquions, ce qui m'avait ému aux larmes ; filles délurées que je ne courtisais qu'en paroles (alors qu'elles attendaient de moi un manège plus précis) ou que je ne faisais qu'embrasser (l'une notamment, qui m'aimait bien - je l'ai appris plus tard, quand elle mourut tuberculeuse - mais dont je ne fus jamais l'amant parce que son dévergondage me faisait redouter d'être trahi et bafoué) ; cocktails nombreux payés à des catins dont j'obtenais à peine quelques caresses ; noires saouleries à plusieurs dans des chambres d'hôtel d'où je ressortais toujours vierge ; coucheries enfantinement quémandées et toujours éludées ; flirts avortés.
00:40 Publié dans Les livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : l'Âge d'homme, michel leiris



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