25 octobre 2009

Le crépuscule des nymphes de glace

Tenir en place dans une file d'attente est parmi les expériences les plus pénibles qui soient (pour nous autres qui avons un travail et un toit, cela va de soi). À Beaubourg, la file s'éternise sur le parvis, fait des boucles impatientes et noires : les vêtements d'hiver que l'on a ressortis des armoires. Le temps que mettent les visages amorphes qui vous entourent à devenir celles de parfaits crétins insupportables que l'on voudrait voir disparaître dans un gouffre dépend de paramètres qui, en ce qui me concerne, échappent à toute modélisation. Ca m'a pris trente secondes cette fois. Il faut toute mon envie de voir un film de Guy Maddin, en rétrospective, pour me faire mettre les pieds dans cette usine à culture inorganisée au possible (le « bar » mériterait une note à lui seul), au lieu de partir en hurlant.
Chose surprenante, le presque chauve qui prend place à mes côtés dans la salle numéro 1, qui me piétine les pieds en passant, dégage une odeur de cuvette de WC. Il s'évase dans son fauteuil au-delà de ce que les usages tacites dans les pays en temps de paix tolèrent, respire fort, joue avec la boucle métallique de son pull. Un rêve.
affiche_Twilight_of_the_Ice_Nymphs_1997_1.jpgPourtant, rien ne résiste vraiment du monde qui vous entoure immédiatement lors d'une projection de ce réalisateur canadien tant l'ambiance parfois burlesque, le plus souvent encore hypno-poétique vous rend captif des images qui se succèdent à l'écran, qui accompagnent le récit, jamais inféodées à quelque forme de vouloir-dire que ce soit, éveillant chez vous une sensualité, presque une irritation des sens... Le Crépuscule des nymphes de glace est le premier de ses films que je vois en couleurs, des couleurs chaudes - un emploi quasi systématique des filtres -, ce qui donne l'impression que la réalité n'est acceptable qu'à la condition d'être repeinte.
Un ancien prisonnier rentre chez lui, dans l'élevage d'autruches que gère sa sœur aidée d'un vieux journalier. Sur le bateau, il fait la connaissance d'une mystérieuse et ravissante jeune femme qui entreprend de le séduire, de le manipuler peut-être pour arriver à ses fins. Il la retrouvera à terre compagne d'un docteur un peu inquiétant, un de ces savants tout droit sorti de la littérature fantastique du XIXe siècle - le magnétisme, l'hypnose - autant de thèmes par ailleurs chers au réalisateur. C'est visuellement très beau et en aucun cas, cela ne nourrit l'émotion, ce qui est plutôt reposant. Le montage fait moins appel que dans d'autres de ses films à la persistance rétinienne et, par instants, on pense aux films des frères Quay, notamment à L'Accordeur de tremblements de terre.
C'est du cinéma expérimental et, à ce titre, je comprends que l'on puisse trouver cela rebutant. Mais - et je le dis sans sentence ni snobisme -, le cinéma de Guy Maddin constitue une vraie et belle expérience de cinéma.

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Commentaires

Shelley Duvall c'est pas elle qui jouait dans 'Shining' avec Jack Nicholson ? Je l'avais trouvée extraordinaire dans le rôle de l'épouse terrorisée....

Ecrit par : lancelot | 03 novembre 2009

> Lancelot : c'est bien elle. Oui, elle était bien dans le rôle...

Ecrit par : christophe | 03 novembre 2009

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