19 octobre 2009

Un prophète

19138702.jpg-r_160_214-f_jpg-q_x-20090710_051022.jpgUn prophète, en compagnie de D. À côté de moi, une trout' manque de me vomir dessus dès les premières violences, comme s'il découvrait que la vie en prison était un peu plus pénible que ne le laissent entendre les productions Falcon (d'accord, elle est facile celle-là).
Je n'éprouve aucune fascination à l'égard des truands ni ne crois véritablement à un code d'honneur aujourd'hui bafoué par les nouvelles générations supposément plus immorales encore que les anciennes, lesquelles dépêchent à l'occasion une de leurs grandes figures historiques sur les plateaux de télévision pour dire que c'était mieux avant. Je serais plutôt tenté d'y voir un énième avatar du conflit des générations qui se cristallise autour de méthodes sensiblement différentes pour un but tout à fait identique : la conquête et l'exercice d'un pouvoir non étatique pour plus d'argent, plus de femmes.
La prison m'angoisse parce qu'y règne définitivement la loi du plus fort, qu'en m'y projetant je m'y vois survivre treize minutes environ, et parce que l'individualité y est définitivement battue en brèche : impossible de ne pas rejoindre un groupe selon des affinités que l'on pourrait rejeter à l'extérieur, mais contre lesquelles il est vraisemblablement impossible de lutter à l'intérieur, dans la mesure où la question territoriale y est exacerbée, où chaque groupe est en lutte permanente contre les autres, où il s'agit d'exercer son contrôle - aussi limité dans l'espace soit-il. La série OZ, que je n'avais regardée (en partie) qu'à grand peine, dressait le tableau des luttes où étaient engagés Hispaniques, Noirs, néonazis, chaque nouvel arrivant finissant par rejoindre, à mi-parcours d'un chemin de croix, l'un des groupes.
Le film d'Audiard se concentre plus particulièrement sur deux groupes : les nationalistes corses, entité homogène, puissamment installée, bénéficiant des largesses de surveillants corses eux-mêmes, mais groupe en perte de vitesse également, bientôt délité, peut-être supplanté par le groupe des Barbus qui savent, comme seuls les religieux de tous bords savent le faire, accommoder les principes et les préceptes aux nécessités supposées de la Cause.
Avançant en crabe, tour à tour complice, victime et duplice, Malik, le jeune antihéros, cherche tout à la fois à survivre et à trouver une place, interrogeant par ailleurs la possible filiation avec le terrible et excellent Niels Arestrup comme pour sublimer la pacte unilatéralement signé au départ, se livrant avec intelligence ou sens de l'opportunité - pas facile de le savoir - à une partie d'échec visant à assurer sa survie et la manipulation des groupes fascinants tout autant que méprisabless pour, au fond, conserver son indépendance (le temps qu'il lui faudra pour devenir chef à son tour) et tenter de préserver ce que l'on devine perdu d'avance, sa part d'enfance : l'air libre sur le visage, marcher dans l'eau...

Trackbacks

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Commentaires

J'ai toujours aimé les séries et film ayant trame la prison, j'ai beaucoup aimé "oz" par exemple.
Par contre, je n'ai toujours pas été voir ce film malgré toutes les bonnes critiques...faut que je pense à y aller avant qu'il ne soit plus à l'affiche.

Ecrit par : Fakroune | 27 octobre 2009

Enfermement et promiscuité m'ont toujours fait cauchemarder. Pour moi, je crois que ce serait le début de la folie, ou de la violence, sur moi ou sur les autres. Mais je ne suis pas loin de penser que ce que vit ma mère, avec sa maladie insidieusement envahissante, n'est pas très éloigné de cet emprisonnement. La prison, là, c'est soi même qui se délite.

Ecrit par : calystee | 28 octobre 2009

Oufff... Ton analyse est vraiment intéressante, et j'ai beaucoup apprécié ta note, mais si j'avais eu une quelconque velléité d'aller voir le film au préalable, tu m'as convaincu de ne pas le faire, merci.

TiNours a, lui aussi, cette terreur panique des prisons et de la vie qu'on y mène. On avait renoncé à regarder Oz pour cette raison. C'est pour moi sujet éternel à plaisanterie, car j'envisage les cellules et la vie carcérale, justement, comme une succursale des studios Falcon, tout en sachant pertinemment qu'elles en sont bien sûr à des années-lumières. Mais je préfère mon inconscience, certes alimentée par un phantasme idiot, à une phobie lourde à traîner derrière soi. Il y a tellement de choses bien plus menaçantes et concrètes pour nous faire flipper au quotidien... Je préfère m'endormir béatement dans la certitude que je ne serai jamais incarcéré...
Même si on ne peut jamais jurer de rien.

Ecrit par : lancelot | 03 novembre 2009

> Fakroune : Peut-être y es-tu allé depuis. En tout cas, dans la négative, je te le conseille vraiment. Tu devrais nous en dire davantage sur ce goût... Fascination pour l'enfermement ? Charge érotique ?
> Calystee : L'idée de prison a essaimé métaphoriquement. Mais je crois que l'enfermement en soi-même correspond plus à une certaine idée de la prison (celle des régimes totalitaires qui s'accompagne souvent des violences psychologiques de la solitude, de l'enfermement), alors que nos prisons de pays civilisés en temps de paix sont la concentration de toutes les violences.
> Lancelot : Mais c'est vraiment un bon film par ailleurs...

Ecrit par : christophe | 03 novembre 2009

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