10 octobre 2009
En léger différé du pays des cinglés
L'année dernière, coup de théâtre : ma responsable était évincée de son poste et, flanquée d'une vague lettre de mission, se voyait imposer des tâches qu'elle allait soigneusement éviter... et j'avais été propulsé (« propulsé » est plus juste que « promu ») à sa place. Bien évidemment, je n'avais pas été consulté et on m'avait rapidement fait comprendre, d'une part, qu'il ne fallait pas que j'espère une augmentation, mon profil statutaire autorisant pleinement l'occupation du poste sans revalorisation, d'autre part, que ce nouveau poste consistait surtout en un complément à mes tâches historiques. « Ne nous remerciez pas et bienvenu au pays des rats ».
Ils ont tout tenté pour la virer - en vain. À vous, je peux le dire, on ne voit pas bien la différence depuis qu'elle a quitté le service.
Nouveau coup de théâtre, il y a quelques semaines : après avoir erré pendant un an dans les limbes de l'organigramme, après avoir postulé en vain à un autre poste en interne, la direction a tranché, l'a convoquée, a éructé, postillonné, tapé du poing sur la table (signes extérieurs de la virilité administrative) pour... la placer sous mon autorité. Ce n'est pas humiliant du tout. Du tout.
La première mission qui lui a été confiée requiert des compétences en tableur qu'elle n'a pas, donc je fais une partie de son boulot en plus du mien...
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Bercy peut être content : la masse salariale de la Réserve fond comme neige au soleil. Il est toutefois plus exact de dire que la Direction est armée d'une loupe et qu'elle concentre les rayons du soleil sur nous autres, pauvres fourmis laborieuses et erratiques. Les fonctionnaires de catégories C et B sont donc invités à « entrer dans le mouvement » et à aller voir ailleurs si on y est. Ceux qui restent seront noyés à la faveur des prochaines inondations. Si la catégorie A présente l'avantage de ne pas pouvoir prétendre compter ses heures, il a tout de même bien fallu remédier à la paralysie possible du système en multipliant les prestations externes (bizarrement toujours plus coûteuses que prévu), les marchés publics et le recours à des contractuels hautement qualifiés alignés sur les grilles de salaire du privé : certains, pour un niveau d'étude égal au mien, sont donc payés trois fois plus.
Mais Bercy est content - pour l'instant : les fonctionnaires partent, de gré ou de force, et on feint de croire qu'on n'aura pas besoin ad vitamaeternam des jeunes requins qui ont débarqué du privé pour sucer jusqu'à la moelle le budget.
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Aujourd'hui, le service informatique a accidentellement provoqué l'apparition d'un trou noir. Dieu merci, le ministère a rapidement publié une note de service pour exiger que son extension soit très lente. En effet, pour l'heure, seules les lumières du bâtiment de la direction semblent avoir disparu à jamais. Je plains sincèrement la galaxie qui, à l'autre bout d'un trou blanc, finira bien par en hériter.
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Ce qui est drôle avec l'administration, c'est que l'on découvre toujours, au cours du dernier trimestre, l'existence de crédits peu ou prou intacts qu'il s'agit de dépenser fissa. On ne rêve pas : les lignes budgétaires en question sont rarement les plus utiles et on se retrouve parfois à devoir acheter 200 000 stylos alors qu'on ne peut plus faire réparer l'imprimante. La femme du directeur, Elena Ceaucescu, a fait savoir à son chouchou que si lui ne savait pas quoi en faire, elle, elle trouverait. Quelques projets d'envergure attendent en effet d'être menés à bien. Pour assurer le rayonnement de l'établissement et l'inscription au firmament de leurs noms en lettres d'or dans les cieux noirs, qui brilleront donc sur la tête des anglophones, il a été décidé la traduction de ce qu'il convient d'appeler le « four de la décennie ». J'ai suggéré qu'il n'était peut-être pas indispensable d'ajouter, aux 35 euros que nous perdons déjà sur chaque exemplaire vendu, 22 livres sterling ou 35 dollars. J'ai été entendu. Partiellement. Affaire à suivre.
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Nos nouveaux bâtiments ayant semble-t-il été conçus en prévision d'un refroidissement climatique, les températures atteignent facilement les 35° aux premiers rayons du soleil, climat saharien contre lequel peinent à lutter de jolis stores couleur framboise. Charmant. On a cru bon nous installer un capteur qui automatise la descente desdits stores. Las ! Selon une logique aberrante, ils descendent ou remontent à l'insu de notre plein gré et le petit boîtier de commande est sur le mur : il faut donc se lever, parfois deux à trois fois par minute pour contrer l'automatisme quand il fait sa crise. Il fallait plutôt. Car j'ai arraché le boîtier de son mur et il erre à présent sur mon bureau, à portée de l'index.
Je vous abandonne pour retourner à la lecture du génial Dilbert (de Scott Adams).

00:18 Publié dans Métro, boulot, dodo | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note



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Commentaires
Je suis en train de pleurer de rire sur mon clavier. Je ne mens pas, je jure que ce n'est pas une formule. C'est la lecture du dernier paragraphe qui m'a fait exploser. Surtout l'idée de te voir arracher (rageusement, j'espère ? oh ouiii STP....) le fameux boitier du mur pour l'avoir à portée de main et ne plus te lever toutes les 30 secondes... Je me tords.
Ecrit par : Lancelot | 10 octobre 2009
> Lancelot : Tu as raison, mieux vaut en rire ! Mais je te jure que...
Ecrit par : christophe | 11 octobre 2009
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