30 juillet 2009
Là-haut
Un petit vieux décide d'échapper à ce qu'est devenue sa vie - le bruit des travaux qui hissent dans son voisinage immédiat des tours gigantesques, l'inadaptation foncière (que l'on vous renvoie en permanence à la figure) au présent - et de réaliser un rêve d'enfance élaboré avec celle qui allait devenir sa femme : partir sur les bords d'une gigantesque chute d'eau d'une région demeurée mystérieuse, en Amérique du Sud. Très joli, graphiquement impeccable. Et puis, un vieux (qui ne rajeunit pas à la fin) et un petit gros (qui ne maigrit pas à la fin) : ça nous change, non ?
22:04 Publié dans Les films | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : là-haut, pete docter, bob peterson
25 juillet 2009
D'un film à l'autre
L'Anniversaire de Leila (Rashid Masharawi) avec D. Le rituel installé d'une séance de ciné le samedi après-midi ?
La journée d'un ancien juge devenu taxi dans la Palestine désorganisée, qui reconstruit inlassablement ses immeubles, ses routes. Les armes omniprésentes, l'économie ravagée par le blocus, et la vie qui continue, cahin-caha au milieu des gravas. Une succession de rencontres, des gens simples - les mères éplorées, les jeunes couples (non mariés) qui cherchent à s'isoler un moment. Des queues dans les rues pour des distributions d'aides - oui, mais voilà, organisées par qui (Hamas ? Fatah ?) et pour quels partisans ? Un missile qui s'abat sur une voiture.
Et le chauffeur de taxi, attaché à ses règles (on met sa ceinture de sécurité à l'avant, pas d'armes dans la voiture, pas de franchissement de check-points...), force obstinément structurante dans une ville promise au chaos.
D. n'a pas aimé : ligne scénaristique trop mince, pourquoi tourner une fiction plutôt qu'un documentaire ? Je ne partage pas son avis. Je crois que le choix de la fiction est l'expression d'une volonté de mise à distance salutaire, l'élaboration du non-sens omniprésent dans un pays qui existe à peine. Paradoxalement, si le scénario semble si maigre pour autant, c'est bien, selon moi, parce que l'élaboration scénaristique est un luxe auquel le réalisateur ne peut accéder (ou ne veut pas), dès lors qui souhaite demeurer en prise directe avec sa réalité, ce quotidien difficile. Quelle histoire pourrait émerger ? Quelle histoire peut-on encore, ou déjà raconter ? À l'occasion, j'ai pensé au Liban (dont j'ai déjà parlé) et à ces paroles très dures qu'avait dites R. (et qui m'obsèdent un peu par leur pathétique) : « Ça ne marche pas le Liban. Il faudrait fermer ce pays, comme pour les commerces ruinés, et que tout le monde parte. »
ChapiChapo nous ont appelés et nous nous sommes décidés à les rejoindre au Cox. Sur le chemin, on se fait accoster. Un petit type me demande une cigarette, me parle en anglais, croit que je suis Allemand. Il est originaire de Bangkok, mais vit de longue date à Paris, avec un Italien. Il nous présente son petit frère, littéralement caché sous sa casquette, et sa grande sœur, en fait un kattoey, cramponné à son Vuitton. Il est drôle et plutôt gentil, mais son taux d'alcool nous contraint à beaucoup nous répéter. « Vous êtes amis... ou amis ? ». Nous sommes juste amis. « Oh non... quand je bois... je vois, et ma grande sœur connaît la magie. » Son maquillage est effectivement assez surnaturel. Il me désigne du doigt : « Toi, tu es très gentil... mais tu es allemand, non ? ». C'est la troisième fois qu'il me pose la question, je renonce : « Oui, un peu. Mais je n'ai jamais envahi la Pologne * ... ». Il désigne D. : « Toi, tu es gentil, mais moins gentil quand même. » Me montrant du doigt, il ajoute à l'intention de D. : « Il t'aime, tu sais. Il ne faut pas résister quand il tente quelque chose. ». Fou rire. On est restés peut-être vingt minutes (je ne résume que l'essentiel, le plus compréhensible). « Alors, c'est ça ? On se rencontre et on ne se reverra jamais ? »
On retrouve finalement ChapiChapo. Errance dans le Marais à la recherche de nourriture - queue effarante aux fallafels de la rue des Rosiers. À minuit, passe le Prince des ténèbres (Carpenter), en VF, au Latina. Pourquoi pas. Je ne me souviens pas bien de ce film, vu quand j'étais ado. Vague souvenir d'un liquide verdâtre qui goutte à l'envers, vers le plafond. On a beaucoup ri, à cause des looks déjà : l'un des héros (Jameson Parker), blond et moustachu, semble sortir tout droit d'un Falcon ; veste en jean resserrée à la taille ; derniers soubresauts des épaulettes... Le discours scientifique, pour peu que l'on essaie de le suivre, est hilarant d'absurdité. Les dialogues sont inappropriés au possible (sans doute la VF - voix ridicules - n'a-t-elle rien arrangé) et certaines scènes n'ont aucune raison d'être. Devant tant de réussite, je n'ai pas pu m'empêcher d'applaudir frénétiquement à la fin de la projection. D. croit déceler dans le film du second degré. Chapi et moi restons dubitatifs : peu probable...
J'ai tenu compagnie à D. le temps qu'il trouve un taxi. Normal, je suis très gentil.
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* « Quand j'écoute trop Wagner, j'ai envie d'envahir la Pologne », Woody Allen.
23:36 Publié dans Imprévus, Les films | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : l'anniversaire de leila, rashid masharawi, prince des ténèbres, john carpenter
Fakroune
Fayçal a longtemps tenu un blog passant en revue bien des questions ayant trait à l'homosexualité. Il jouait parfaitement bien les modérateurs et réussissait toujours à calmer les plus forcenés d'entre nous. Je crois bien, d'ailleurs, que c'est sur son blog que j'ai fait la connaissance de Joss.
Il "récidive" aujourd'hui avec un nouveau blog "sociétal" : Fakroune...
24 juillet 2009
D'une mère l'autre
Toute l'absurdité de mes tâches professionnelles m'explose littéralement à la figure aujourd'hui. La volonté du directeur, politiquement correct au possible, de féminiser grammaticalement ses phrases bancales, me conduit à pousser des soupirs de plus en plus forts, puis des jurons.
L'enseignant(e) laborieux(se), confronté(e) à un public de sportif(ve)s doit intégrer la situation particulière d'enseignement. Il (elle) l'a trop souvent formé(e) dans une méconnaissance...
C'est insupportable et terriblement laid. Ça parasite la lecture et ne saurait contraindre le machisme. C'est juste spectaculaire.
Rentré chez moi un peu tardivement, Julietta me rejoint. Elle a fait un saut à Paris le temps d'une bouffée d'oxygène, loin de la maison de campagne de sa mère où elle passe ses vacances. C'est assez délirant : sa mère récrit l'histoire (la sienne) et, après s'être découverte ancienne championne de judo (j'exagère à peine), elle laisse entendre à présent que la famille descend d'Henri IV. Quant au compagnon de sa mère, apparemment spécialiste en tout, il conclut les conversations théoriques ou un peu passionnées d'un « J'y crois pas » presque systématique. « Les déterminismes ? J'y crois pas. » « Le réchauffement climatique ? J'y crois pas. » « Les découvertes de Galilée ? J'y crois pas. »
J'avais passé un week-end en leur compagnie, il y a quelques mois. J'avais manqué de partir dans un fou rire lorsqu'ils avaient entrepris de nous donner un petit récital - la mère de Julietta au piano (qui peine, à cause de sa mauvaise vue, à lire la partition), le beau-père (un peu sourd) à la flûte. Impossible pour eux de jouer de concert, et sa mère courait après la partition pour rattraper un retard que son beau-père n'avait même pas remarqué... « Mais tu sais, la flûte est un instrument extrêmement difficile, l'un des plus durs, sans doute plus que le violon », avait dit sa mère à Juliette. On avait beaucoup ri.
Ma mère, que j'ai eue au téléphone dans la journée, m'a dit, à propos du fils de la femme de ménage de ma grand-mère, lequel est victime de nombreux TOC : « Il a tenté de se suicider deux fois. Il vaudrait mieux pour tout le monde (!) qu'il essaie une troisième fois et réussisse. Ou bien qu'il se fasse interner ». Et ma mère d'évoquer la clinique du coin où elle a elle-même séjourné et d'où elle a (légitimement) tout fait pour partir.
On a poursuivi au restaurant japonais du coin. Impossible de retranscrire la drôlerie avec laquelle Julietta raconte son séjour et les âneries, nombreuses, qu'elle y entend. Elle m'a promis de secrètement les enregistrer. Je réitère ma proposition de tout scénariser et d'envoyer le tout à Desplechin, avec une question en suspens toutefois : quel rôle pour Catherine Deneuve ?
23:19 Publié dans Que faire de son temps libre | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Deux mères
J'aurais aimé pouvoir écrire un peu sur ce film et sur l'impression que j'en retire sitôt sorti de la salle. M'installer à une terrasse, boire un verre, fumer une cigarette, regarder les passants, trouver tout le monde intéressant. Mais il pleuvait et les rares tables abritées avaient été prises d'assaut, bruyantes. Je suis rentré tranquillement et trempé.
J'ai tué ma mère est le premier film de Xavier Dolan. La relation chaotique du jeune personnage (17 ans) et de sa mère. Le difficile abandon de l'amour enfantin, de part et d'autre. Hubert aime sa mère dans des élans de jeune adulte, avec la même énergie qu'il se prend à haïr quand elle ne répond pas, ou mal, au besoin de silence ou d'écoute. Cris et colères, puis réconciliations fragiles, le fil léger qui conduit au triste monde des adultes se coince et se tord, est tour à tour trop tendu ou trop lâche.
Les dialogues, le jeu des acteurs, l'incohérence apparente des adultes, tout cela est extrêmement juste ; la mise en scène elle-même, autant que je puisse en juger, témoigne d'une maîtrise d'autant plus grande que le réalisateur est tout jeune. Acteur de son propre film, il est de surcroît très charmant : une bouche et un regards très expressifs. La scène d'amour entre Hubert et son petit ami, couverts de peinture, est particulièrement belle et réussie, à la juste distance des deux écueils - la mièvrerie et la bestialité publicitaire - qui guettent souvent ces scènes-là.
Mais on rit aussi, parce que la limite entre la colère et la mise en scène de la colère est parfois ténue, chez l'un comme chez l'autre. Restent les mots dits.
Un des plus beaux films que j'ai vus ces derniers mois. Un des plus attachants également.
Juliette, que j'ai vue hier, légitimement révoltée par le peu de considération que la société - pour ne pas dire l'État - a pour les handicapés, réduits à toucher une pension dérisoire, dans l'espoir qu'ils aient encore leur famille, et avec en prime le sentiment de faire l'aumône, Juliette qui éprouve un fort sentiment de culpabilité à demeurer ainsi chez sa mère, m'a justement offert, parmi d'autres, le Journal de deuil, de Roland Barthes, que j'ai commencé à lire dans le RER qui me ramenait chez moi. Ça m'a rappelé que, de passage à Urt, avec G., nous étions allés voir la tombe qu'il partage avec sa mère. Une petite tombe dépouillée, sans fleurs, fendue même, ce qui avait fait dire à G. en riant que, tout de même, Kristeva et son équipe pourraient lancer une souscription pour l'arranger un peu. Quand j'avais raconté ça à Juliette, elle m'avait rétorqué - ce qui nous avait beaucoup fait rire - qu'en somme, c'était là le degré zéro de la sépulture...
Barthes prend quelques notes, parfois quelques lignes seulement, pour décrire ce qu'il éprouve au jour le jour. Il entre dans ces phrases quelques aspects essentiels de « la présence de l'absence » ; la distance de l'intelligence le dispute souvent à la proximité de la douleur. On sent dans ces textes la mise à l'épreuve de la théorie psychanalytique. Rien ne résiste à la mort - aucun concept et aucun temps : après être devenu la mère de sa mère, durant les quelques derniers mois, il devient sa propre mère...
29 octobre. Dans la phrase « Elle ne souffre plus », à quoi, à qui renvoie « elle » ? Que veut dire ce présent ?
30 novembre. Ne pas dire Deuil. C'est trop psychanalytique. Je ne suis pas en deuil. J'ai du chagrin.
16 juin 1978. Parlant à Cl. M. de l'angoisse que j'ai à voir les photos de maman, à envisager un travail à partir de ces photos : elle me dit : c'est peut-être prématuré.
Quoi, toujours la même doxa (la mieux intentionnée du monde) : le deuil va mûrir (c'est-à-dire que le temps le fera tomber comme un fruit, ou éclater comme un furoncle).
Mais pour moi, le deuil est immobile, non soumis à un processus : rien n'est prématuré à son égard (ainsi ai-je rangé l'appartement, dès le retour d'Urt : on aurait pu dire aussi : c'est prématuré).
20:53 Publié dans Les films, Les livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : j'ai tué ma mère, xavier dolan, journal de deuil, roland barthes, juliette
18 juillet 2009
Le Roi de l'évasion
D. retrouvé en milieu d'après-midi près de l'église Saint-Eustache. J'imaginais une arrivée triomphante, le sourire aux lèvres, peut-être même, pourquoi pas, au bras du type rencontré au pacs de ChapiChapo, et dont je lui ai donné le mail il y a quelques jours. Las ! Le type est apparemment l'un de ces histrions qui ne sait pas ce qu'il veut. Pire : qui oublie même s'être montré entreprenant ! On prend le parti d'en rire...
Tentés par un ciné, on choisit un peu au hasard Le Roi de l'évasion (Alain Guiraudie). Un pédé du sud, d'une quarantaine d'années, tombe sous le charme d'une gamine fugueuse. Je m'attendais un peu à une comédie dramatique empruntant - et pourquoi pas ! - au registre du drame social. Dès les premières minutes, je comprends (nous comprenons) qu'il s'agit peut-être bien d'une énorme farce. Même pas. On dirait un (très) mauvais Mocky : des pointes de sérieux (celles du réalisateur) viennent pourrir les scènes qui promettaient d'exploser en bouffonnerie. Les événements s'enchaînent, on court beaucoup dans les bois, longues scènes de vélo dans des montées qui mettent sans doute à la peine un acteur un peu plus que grassouillet... Et ça court dans les bois. Et ça baise. Et ça court. Et ça suce son patron. Et ça court.
Tout n'est pas raté et certaines situations sont franchement drôles, mais... le scénario...
Nous avons poursuivi la soirée au restau et, s'il nous manque encore la connivence des amitiés anciennes, nous continuons à tisser les liens. Je m'amuse à imiter sa mère - que je ne connais pas, portrait dont la justesse hasardeuse l'amuse. Pas envie d'interrompre la soirée, ni l'un ni l'autre, et nous partons boire un verre au Quetzal. On tombe sur Da., un ami de Chapi que je connais maintenant de longue date, gentil jeune homme extrêmement timide. Conversations légères en regardant passer les garçons. On parle des vacances, c'est de saison : le Liban pour Da., une île bretonne pour D., chez ses parents. J'aime bien leurs sourires narquois lorsque je crois pouvoir donner à tous deux une leçon, celle du gendre idéal... Retour dans des fous rires vers 3 heures du matin.
23:56 Publié dans Les films | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le roi de l'évasion, alain guiraudie, d.
Drame de la vie courante
Déjeuner en plein air avec Yohanna place de la Sorbonne. Comme au bon vieux temps de nos lieux de travail proches, nous prenons un moment pour écrire en face-à-face. Après le déjeuner, alors qu'elle traîne la patte pour retourner au bureau, un de ces maux de tête insistants me fait renoncer à la projection que j'ambitionnais non loin de là.
Dans le 85 qui me ramène chez moi, bientôt le drame comique. Alors qu'une voiture grille la priorité au bus, le chauffeur pile. Chacun pique du nez violemment en avant. Une femme d'une petite quarantaine d'années part en arrière, s'écroule sur le sol dans un terrible ralenti, ses jambes décollent et passent presque derrière sa tête, en une figure que, peut-être, elle ne se croyait plus capable de faire ou que son prof de gym n'avait jamais pu obtenir. Je vois à son visage presque hilare que je peux me permettre d'en rire (intérieurement). Je crois bien que l'expression "tomber les quatre fers en l'air" a été inventé pour elle. Une poussette stationnée dans l'allée a fait un joli salto arrière. Ma voisine, une vieille
dame, se tourne vers moi et me crie presque dans les oreilles : « Mon Dieu, et le bébé ? ». Je lui adresse un sourire : « Il était sur les genoux de sa mère. Je suppose que, malgré tout, il y est encore. » Elle me fusille du regard, ma mine n'étant sans doute pas assez grave à son goût ; je suis un de ces imbéciles qui croient pouvoir faire les malins à l'heure terrible de la tragédie, indifférents au sort d'autrui. Héroïquement, le chauffeur du bus se dresse sur son siège et harangue les passagers : « Pas de blessés ? Manifestez-vous tout de suite ! »
Dans ma tête, bruits de l'hélicoptère et violons de Barber : peut-être serons-nous évacués.
Mais nous repartons... Chaque passager s'est trouvé un interlocuteur et entame une petite conversation grave (l'adrénaline se disperse à vitesse variable) sur l'air de « Mais vous imaginez ce qui se serait passé si... ». Une dame admet : « C'est dangereux ! ». Une autre : « Il est gentil le chauffeur, moi j'aurais appelé les flics ! ». Une dernière : « Moi, je suis tombé un jour dans le bus à cause d'un coup de frein, et il a fallu trois personnes pour me relever ! ». Je me retourne discrètement pour la voir. Je veux bien la croire.
Peu après avoir tourné dans la rue du Louvre, coup de théâtre ! Le chauffeur arrête le bus et annonce aux passagers qu'une jeune fille, celle qui conduisait la dangereuse voiture, va monter pour s'excuser. Elle entre donc, solennelle et belle, drapée dans une dignité tout à fait à la hauteur de l'événement, mais pas tout à fait à la hauteur des passagers : prudente, elle n'est que sur la première marche, toute prête à s'enfuir en cas de danger. Elle s'excuse platement, se confond (« j'ai cru que le bus était à l'arrêt... »), se trouble. Je m'attends à des sanglots ou à des applaudissements. Et puis non. Une femme, derrière moi, dit, mais pas trop fort tout de même : « Et s'il y avait eu un mort, elle s'excuserait ainsi ? ». C'est plus fort que moi, je commence à rire. Autre regard glacial de ma voisine. Pourtant, les responsabilités commencent dès lors à glisser imperceptiblement, la mère devenant bien inconséquente d'avoir laissé là la poussette alors que, justement, ces messieurs de la RATP ont pensé à tout, et ont réservé un espace spécial à ces engins...
Au moment de descendre, ma voisine, qui me pardonne difficilement d'être un monstre froid, met à ma disposition des ressources infinies de mauvaise volonté à me laisser passer.
Heureusement que mes concitoyens ont un sens aigu de la justice. Et puis je n'ai pas d'enfant ! Je ne sais pas ce qu'est le danger, les doigts dans les prises, etc. Je ne suis qu'un petit singe ricannant...
03:32 Publié dans Métro, boulot, dodo, Que faire de son temps libre | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
16 juillet 2009
Divorce à l'italienne
Divorce à l'italienne (Pietro Germi) avec Fayçal. Auparavant, quelques verres bus en terrasse dans une chaleur assez étouffante. On parle de chose et d'autres - la famille, les études... Il hésite encore un peu sur l'avenir professionnel qu'il va se choisir. Comme je le comprends et il n'est nul conseil vraiment utile que l'on puisse délivrer. Simplement, peut-être s'assurer que tous les paramètres ou presque sont pris en considération.
Les mimiques de Mastroianni - un comte un peu désargenté qui cherche à se débarrasser de son épouse (le divorce est interdit) pour pouvoir convoler avec sa jeune cousine ravissante - sont savoureuses, tandis que l'épouse envahissante réclame inlassablement des preuves d'amour à un mari de plus en plus indifférent.
Exubérance des sentiments d'amour et de honte, séduction permanente sous la chape patriarcale, amours éternelles qui ne résistent pas plus longtemps qu'ailleurs.
Les jeux de manche et l'emphase de l'avocat spécialisé dans les crimes d'honneur (amoureux) sont extrêmement drôles.
J'ai lu que Daniela Rocca, l'actrice qui campe son épouse, avait été internée quelques années plus tard, pour ne plus jamais sortir.
19:00 Publié dans Les films | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : divorce à l'italienne, pietro germi, fayçal, mastroianni, daniela rocca
15 juillet 2009
The Reader
C'est un lieu commun de dire de l'Histoire qu'elle balaie les vies, que quelques-uns deviennent des héros, d'autres des salauds, mais que la plupart se débattent dans le chaos des temps ou glissent, anonymes, entre les événements. Pour autant, sa détermination nous apparait rétrospectivement pour si limpide que l'on exige de ses lointains témoins une compréhension et une action que l'on ne réclamerait pas à nos propres contemporains. Les enfants interrogent leurs parents, leurs grands-parents pour savoir de quelle façon ils ont dirigé la barque dans son courant, accessoirement, de quels côtés ils se trouvaient.
J'ai eu la chance de grandir dans une famille qui ne traîne pas, a priori, de lourds secrets, de pesantes hontes historiques. Mon grand-père paternel a été prisonnier de guerre, s'est échappé, a marché à travers l'Allemagne avant de se faire reprendre, d'être renvoyé illico presto dans son camp de prisonniers et d'être... cité en exemple par le responsable du camp qui s'est adressé à ses hommes pour leur dire : « J'espère que, vous aussi, à sa place, vous auriez essayé de vous échapper ! » Quelle est la part de légende familiale dans cette histoire ? Je l'imagine tout aussi bien bénéficier des largesses d'une Lorelei à qui il aurait pu faire quelques enfants. Bien obligé de respecter le silence des morts...
Mon grand-père maternel, d'une famille communiste, a vu ses parents dénoncés par une jeune fille arrêtée, et si mes arrière-grands-parents avaient détruit leur carte et quelques éditions réduites de l'Humanité, ils ont tout de même passé quelques mois en prison à Fontainebleau. Par quel miracle ont-ils échappé à la déportation ? Leur fils, mon grand-père, eut moins de chance. Malgré les supplications de ma grand-mère, celui-ci voulut se mesurer à l'Histoire et quitta sa femme et ses deux petites-filles pour rejoindre le maquis où il fut tué en novembre 1944. Ma grand-mère n'a appris sa mort que plusieurs mois plus tard : ses inquiétudes s'étaient muées en certitudes lorsqu'elle avait vu arriver, la mine grave, le maire de la commune et un adjoint, avec, à la main, deux petits manteaux pour les orphelines.
Ma grand-mère a donc conservé à l'égard des Allemands, tout en admettant que tous n'étaient pas des salauds, un peu plus que de la rancoeur, d'autant que, vu sa génération, elle avait baigné dans la haine nationale du teuton (son propre père ne pouvait pas évoquer la Première Guerre mondiale et la mort de son frère sans se mettre à pleurer). Aussi a-t-elle mal pris que mes parents me choisissent l'allemand en première langue. Elle sait que les choses étaient compliquées, elle écoute avec attention les mécanismes sociologiques, politiques, historiques et diplomatiques alors à l'œuvre. Et elle sait que les Français étaient parfois collabos, que la police française a assisté avec beaucoup de zèle l'armée d'occupation, que la tentation fasciste en France avait été réelle et bien antérieure à la présence allemande sur son sol (elle conserve des souvenirs très précis et effrayés des manifestations de février 1934). Oui, mais il y a l'exode, son mari tué, la faim et la misère. Et, pour elle, Dieu est mort à Auschwitz*.
On peut nourrir notre lecture de l'Histoire de tous les travaux, conduire tous les procès que l'on veut pour purger la conscience et la société civile, les témoins et les acteurs, héros, ou salaud, ou simples passants, continuent d'errer sur les chemins tortueux de leur présence à l'Histoire, en deçà ou au-delà du pardon. Les scènes du procès dans The Reader, vu cet après-midi avec le Philosophe, montrent bien ce qu'Hannah Arendt appelait la banalité du mal, l'adéquation impossible entre la gravité des événements et le ressenti des protagonistes. Six femmes dans le box des accusés, autrefois gardiennes d'un camp de femmes dont elles livraient, chaque mois, un quota de prisonnières à la mort, et qui ont abandonné aux flammes d'une église bombardée les prisonnières qu'elles conduisaient en un autre lieu au moment de la débâcle. Femmes qui ont cru pouvoir retourner à une vie normale après la guerre, et finalement rattrapées par l'Histoire et un procès tardif. Demeurent l'incompréhension et le mutisme de ces femmes qui ont su, à l'époque, s'accommoder de leur tâche immonde, se pardonner suffisamment pour pouvoir vivre après....
On a un peu regretté que le film ne soit pas tourné en allemand, mais son motif demeure intéressant : comment accepter l'idée que l'on a aimé une femme que tout désigne comme un monstre ? Conserver suffisamment de tendresse à cette femme vieillissante pour lui envoyer en prison les cassettes des livres lus.
La réalisation est très classique, formelle, la musique efficace et le jeu de Kate Winslet oscarisable (et oscarisé) à souhait. Ce n'est que du cinéma, et ça n'explique rien - car on ne peut rien saisir complètement de la grandeur ou de la bassesse -, mais le film (à l'instar, j'imagine, du livre dont il est tiré), dont le propos n'a rien de trop appuyé, rend aux acteurs de l'horreur, sans leur pardonner, l'épaisseur d'une âme souillée par la honte et l'indicible - mais une âme quand même.
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* Je pense au documentaire Dieu est mort au Rwanda, de Jennifer Deschamps.
17:28 Publié dans Les films | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : the reader, stephen daldry, bernhard schlink, jean guidoni
14 juillet 2009
D'une histoire de Totó
Totó qui vécut deux fois, de Daniele Cipri et Francesco Maresto, ce matin au MK2 Beaubourg. Film violemment blasphématoire qui a d'ailleurs provoqué les foudres des catholiques italiens, un procès a même été intenté. C'est un peu comme si l'Évangile avait été écrite pour les personnages d'Affreux, sales et méchants (d'Ettore Scola). Hommage également à la Passion selon Saint-Mathieu (Pasolini).
Beaucoup d'idiots de villages, cupides, libidineux, zoophiles à l'occasion. Film obscène et dérangeant - une femme, à grands renforts de soupirs, a quitté la salle au premier tiers du film -, scabreux, souvent drôle et très beau visuellement.
13:13 Publié dans Les films | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : toto qui vécut deux fois, daniele cipri, francesco maresto



