18 juillet 2009

Drame de la vie courante

podcast

 

Déjeuner en plein air avec Yohanna place de la Sorbonne. Comme au bon vieux temps de nos lieux de travail proches, nous prenons un moment pour écrire en face-à-face. Après le déjeuner, alors qu'elle traîne la patte pour retourner au bureau, un de ces maux de tête insistants me fait renoncer à la projection que j'ambitionnais non loin de là.

Dans le 85 qui me ramène chez moi, bientôt le drame comique. Alors qu'une voiture grille la priorité au bus, le chauffeur pile. Chacun pique du nez violemment en avant. Une femme d'une petite quarantaine d'années part en arrière, s'écroule sur le sol dans un terrible ralenti, ses jambes décollent et passent presque derrière sa tête, en une figure que, peut-être, elle ne se croyait plus capable de faire ou que son prof de gym n'avait jamais pu obtenir. Je vois à son visage presque hilare que je peux me permettre d'en rire (intérieurement). Je crois bien que l'expression "tomber les quatre fers en l'air" a été inventé pour elle. Une poussette stationnée dans l'allée a fait un joli salto arrière. Ma voisine, une vieille tears1.jpgdame, se tourne vers moi et me crie presque dans les oreilles : « Mon Dieu, et le bébé ? ». Je lui adresse un sourire : « Il était sur les genoux de sa mère. Je suppose que, malgré tout, il y est encore. » Elle me fusille du regard, ma mine n'étant sans doute pas assez grave à son goût ; je suis un de ces imbéciles qui croient pouvoir faire les malins à l'heure terrible de la tragédie, indifférents au sort d'autrui. Héroïquement, le chauffeur du bus se dresse sur son siège et harangue les passagers : « Pas de blessés ? Manifestez-vous tout de suite ! »

Dans ma tête, bruits de l'hélicoptère et violons de Barber : peut-être serons-nous évacués.

Mais nous repartons... Chaque passager s'est trouvé un interlocuteur et entame une petite conversation grave (l'adrénaline se disperse à vitesse variable) sur l'air de « Mais vous imaginez ce qui se serait passé si... ». Une dame admet : « C'est dangereux ! ». Une autre : « Il est gentil le chauffeur, moi j'aurais appelé les flics ! ». Une dernière : « Moi, je suis tombé un jour dans le bus à cause d'un coup de frein, et il a fallu trois personnes pour me relever ! ». Je me retourne discrètement pour la voir. Je veux bien la croire.

Peu après avoir tourné dans la rue du Louvre, coup de théâtre ! Le chauffeur arrête le bus et annonce aux passagers qu'une jeune fille, celle qui conduisait la dangereuse voiture, va monter pour s'excuser. Elle entre donc, solennelle et belle, drapée dans une dignité tout à fait à la hauteur de l'événement, mais pas tout à fait à la hauteur des passagers : prudente, elle n'est que sur la première marche, toute prête à s'enfuir en cas de danger. Elle s'excuse platement, se confond (« j'ai cru que le bus était à l'arrêt... »), se trouble. Je m'attends à des sanglots ou à des applaudissements. Et puis non. Une femme, derrière moi, dit, mais pas trop fort tout de même : « Et s'il y avait eu un mort, elle s'excuserait ainsi ? ». C'est plus fort que moi, je commence à rire. Autre regard glacial de ma voisine. Pourtant, les responsabilités commencent dès lors à glisser imperceptiblement, la mère devenant bien inconséquente d'avoir laissé là la poussette alors que, justement, ces messieurs de la RATP ont pensé à tout, et ont réservé un espace spécial à ces engins...

Au moment de descendre, ma voisine, qui me pardonne difficilement d'être un monstre froid, met à ma disposition des ressources infinies de mauvaise volonté à me laisser passer.

Heureusement que mes concitoyens ont un sens aigu de la justice. Et puis je n'ai pas d'enfant ! Je ne sais pas ce qu'est le danger, les doigts dans les prises, etc. Je ne suis qu'un petit singe ricannant...

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Commentaires

Et le plus drôle des petits singes, dans ce cas ! Autant la musique est tragique, autant le récit est comique. Dommage que les gens pensent si souvent au pire quand il y a tellement de raisons de rire.

Ecrit par : Ryan Erevan | 18 juillet 2009

Eh oui, nous ne sommes rien, nous les non-mariés, même pas fichus de fonder une famille. Parfois pourtant, ils nous conservent le droit d'être des clowns, mais seulement lorsque eux le décident. Il faut rire à bon escient, tout de même!!!

Ecrit par : calystee | 18 juillet 2009

Tout à fait d'accord avec Ryan, les pires scénarios voient le jour après un "petit incident", alors qu'une bonne partie de rigolada pourrait suivre.

Ecrit par : Fakroune | 20 juillet 2009

> Ryan Erevan : Je pense que la musique est parfaitement adaptée à la gravité de la situation...
> Calystee : Ce genre de situations est toujours assez incroyable. Je me réserve le droit d'en rire...
> Fakroune : C'est surtout inquiétant que les gens paniquent aussi durablement (que l'on ait eu peur sur le coup, ça je peux le comprendre). Mon dieu ! qu'est-ce qui va se passer quand les bus parisiens déraperont sur des glaciers à moitié fondus et que les loups nous encercleront !

Ecrit par : christophe | 23 juillet 2009

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