26 mai 2009
Le Signe de Jadis
Le Signe de Jadis, de Kerstin Ekman.
Le monde secret, bruissant et comploteur à l'occasion, d'êtres qui empruntent tout autant à l'animalité qu'aux divinités immémorielles. Deux clans se forment, celui de l'Ours et celui du Loup, qui décident de se livrer une guerre sans pitié, dans l'absurdité des ennemis designés mais aléatoires... Et peut-être que retrouver le "Signe de Jadis" rapportera la paix.
Une histoire d'amour, l'initiation à sa propre nature, à son identité :
Il aurait voulu qu'elle soit seule. Mais c'était tout le contraire : elle parlait même à l'oiseau.
- Qu'est-ce que c'était, tu as vu quelqu'un ? demanda-t-elle. Pour toute réponse, elle n'obtint qu'un miaulement, évidemment, et elle poursuivit toute seule, un peu perplexe : J'ai pourtant cru apercevoir un geste.
Un geste !
Il allait réfléchir en long et en large à ce mot. S'il était un geste, il existait peut-être tout un peuple qui s'appelait comme ça. Les Gestes. Dans ce cas, il devait essayer de les trouver. Mais il n'avait aucune envie de se mettre en route et il ne voulait pas non plus rester à se morfondre tout seul et à penser à la guerre. Car son coeur chantait ! Il ne savait pas ce que c'était, mais ce chant dictait ses mouvements et lui indiquait tout ce qu'il devait faire.
C'est une poésie d'onde claire et de sous-bois humides, de montagnes de fer et de terriers noirs. Etrange et très beau livre de notre très ancienne mémoire, inscrite dans l'écorce des arbres.
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De l'absence
Retourner sur le chemin de la colline et veiller l'absent chaque jour. Les yeux se portent au loin, sur les contreforts de la montagne, là où la neige marque le temps. Les chiens aboient dans une autre vallée et leurs plaintes résonnent entre les arbres, courent dans les fossés.
Dans le vent glacial de l'hiver passent les bourgeons ; et les petits fruits rouges tuent parfois les bêtes dont on ne retrouve rien, sous le tapis de feuilles brunes.
À la fonte, les rus descendent en sentier jusqu'au creux de la terre et de petites araignées d'eau, venues de nulle part, du monde au ventre plein, glissent sur les mares, gobées par les grenouilles qui cherchent la force de la ponte.
Les cloches sonnent, quelque part dans les vallées, rythment nos vies de paysans, et jamais n'annoncent son retour.
Et il resta là dans sa cour, là où venait mourir le chemin, assis sur son banc que couvrait peu à peu le lierre ; parmi les roses trémières, les mauvaises herbes et les buissons épineux sous lesquels, un jour, il disparut.
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17 mai 2009
De la concupiscence
Le soleil enfin s'impose, par-dessus les toits de Paris et le bleu du ciel flotte quelque part sur les vitres. Furieuse envie de sortir. Marcher, prendre un bus peut-être et me poser quelque part, boire un verre, regarder passer les gens.
...
Je redescends la rue de Belleville. Dans une petite rue adjacente, un concert anime la foule. Je me faufile et observe quelque temps les jeunes et les autres qui s'égayent.
Lente montée de la concupiscence pour les hommes de Belleville, mais j'abandonne les petits blonds un peu sales et les bruns à la coule - tous s'appellent Manu et jouent sans doute du djembé -, flanqués de leurs Laetitia, Fanny, Aurélie... pour scruter dans les regards, alors que je me suis assis à l'angle du boulevard, le désir désordonné ou inédit, le plaisir réclamé immédiatement. Remonte en moi le souvenir de l'assouvissement un peu brutal, les mains qui s'impatientent, le temps qui manque pour arriver jusqu'à la chambre ou même l'ascenseur. Le bruit mat des boutons qui cèdent dans un coin à peine sombre. Plaisir des yeux - pas seulement - posés sur les torses - pas seulement.
En des moments étranges, je baisse la garde et j'avoue la bestialité (envie du rapt et la terrible peur, la réification que baignent mes envies d'écume, le souvenir de l'homme, sa force et sa honte).
22:41 Publié dans La boîte noire, Les lieux, Mes pas dans ceux des errants | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : belleville
11 mai 2009
D'un week-end en Bretagne IV
Dinard est l'une de ces villes de la côte vraisemblablement (avec Saint-Briac ?) réservée aux gens fortunés. O. et moi recroisons le couple de pédés qui dinaient au même restaurant que nous à Saint-Malo. Un arrêté municipal interdit l'accès de certaines portions de la promenade étroite qui longe un peu la falaise. Chacun fait des contorsions pour passer outre. Les maisons qui surplombent la mer, du XIXe ou du début XXe, rivalisent d'élégance, s'abandonnent peut-être un peu moins au gothico-rococo que les petits châteaux biarrots. Mais tout cela sent la villégiature des notaires et des médecins, et l'ennui, le calme morose de la morte saison. Le soleil est haut alors que nous roulons vers le Cap Fréhel. Que dire encore de ces falaises aux couches multicolores de
roches, la lande et la bruyère balayées par les vents ? Une légende raconte qu'autrefois, on pouvait rejoindre à pied, à marée basse, certaines îles anglo-saxonnes au loin. D'ailleurs, dit-on, en regardant bien, on peut voir sous l'eau les dalles de la route qui y menait.
J'ai une pensée pour la grande Fréhel, petite bretonne découverte au début du siècle, offerte en pâture au Music-hall, et qui finira sa vie dans la misère. Une histoire raconte qu'un jour, des policiers s'en prirent à une clocharde avinée avant qu'une dame ne s'interpose en criant : « Arrêtez ! Il s'agit de la grande Fréhel ! »
Petit détour par Saint-Brieuc, avec pour seule présence humaine, dans le quartier historique près de la cathédrale, un petit groupe de jeunes no future. La cathédrale, à la forme étrange, est un peu inquiétante, exhale une odeur de cave humide et la pierre s'y effrite, dans une sourde menace d'effondrement. On y sent la présence d'un dieu archaïque, mort derrière l'autel. C'était un peu glaçant et nous avons rapidement quitté la ville.
Sur la nationale qui mène à Quimper, la voiture fait un premier bruit inquiétant de pièce qui casse, puis des bruits répétés de pièce qui cogne et en menace d'autres. On se gare sur le bas côté. Assureur, dépanneuse, taxi. En deux heures à peine, nous repartons de Guingamp avec une voiture prêtée par un garage. La ville est en liesse : l'équipe de foot vient d'emporter contre Rennes la Coupe de France. Tant pis, nous ne verrons pas Quimper où vit encore, peut-être, Caroline, une amie de jeunesse avec qui je suis en froid depuis quelques années et sur laquelle j'espérais presque tomber par hasard. Nous arrivons à Vannes dans la soirée pour reprendre nos déambilations désormais familières dans une ville à peu près vide. Le week-end touche à sa fin. Demain, avant de rentrer, nous prendrons tout de même le temps de passer par Carnac, voir les grands menhirs et les plus petits, bien sages dans leur nursery...
23:04 Publié dans Que faire de son temps libre | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dinard, cap frehel, saint-brieuc, vannes, carnac
10 mai 2009
D'un week-end en Bretagne III
Nous nous acheminons assez mollement vers Saint-Malo et l'intérieur de ses remparts, juste le temps de mesurer que la déferlante des touristes croisés le matin au MSM nous y a vraisemblablement précédés : c'est marée haute sur les parkings de la ville - je pense à Trafic. Nous errons un peu sur les remparts, sc
rutons les petits intérieurs des immeubles reconstruits à l'identique après la guerre, en quête d'un souvenir scabreux à rapporter. La mer scintille et les promeneurs, mélange indistinct de touristes et de Malouins, ont l'air détendu. Nous pénétrons dans la cathédrale Saint-Vincent, elle aussi ravagée par les bombardements. Là encore, la lumière qui passe à travers les vitraux dessine sur le sol de petites taches évanescentes de couleurs. Dieu gît dans les détails... L'arrivée raisonnable des croyants pour la messe du soir me chasse et nous attendons dehors l'arrivée d'un des plus fameux Malouins de la blogosphère pour aller boire un verre. Un type sort de l'église - la messe a commencé - un portable vissé à l'oreille.
Nous reprenons la visite, orientés par notre nouveau guide, momentanément reconverti dans le tourisme rose, prêt à toutes les approximations historiques : « c'est sous ce porche que Chateaubriand, déguisé en cocotte, rencontrait son amant (oui, oui, vous m'avez bien compris), Kévin Abancerage, un travesti indien » ou : « Vous pouvez voir le rocher du Grand Bé sur lequel se trouve la tombe de Chateaubriand ; les nuits de pleine lune, sur sa tombe scintille ce qui semble bien être la semence fantomatique de celui que l'on surnommait "René la Goulue"... ». Tout cela nous semblait assez contestable, mais...
Nous dînons chez ce qui semble bien être LE pâtissier de Saint-Malo. O. aura enfin - spéciale dédicace aux cardiologues - sa belle part de Kouign Amman.
Petit détour par Saint-Servan, un quartier de Saint-Malo. J'y étais venu, enfant, avec ma grand-mère. Nous retrouvons l'hôtel où nous étions alors descendus, elle et moi, épisode qui n'est qu'à nous et que l'on se remémore à l'occasion. La plage, les après-midis dans le parc où je jouais avec un petit garçon (Steeve), pendant que nos grands-mères devisaient tranquillement sur un banc. Le toboggan avait notre préférence. On glissait à tout berzingue, on courrait jusqu'à l'échelle en criant : « premier ! », « deuxième ! », alors que la grand-mère de Steeve s'échinait à nous expliquer que, courant en rond, il n'y avait ni premier ni deuxième (et moi je pensais : « de quoi j'me mêle !? »). L'hôtel était particulièrement désorganisé : il fallait impérativement s'asseoir dans la salle de restaurant à midi, mais on n'était servi que vers une heure. Ma grand-mère avait négocié avec le cuistot qu'on me serve du cervelas pour me faire patienter. Je n'ai pas pu en remanger depuis. Je jouais aussi avec la salière et la poivrière, transformées en navettes spatiales.
Le petit ami de ma sœur m'avait prêté un magnétophone pour que je puisse écouter, sans doute en boucle (ma chère grand-mère patiente... il n'y avait pas d'écouteurs à l'époque...), Come on Eileen. Mais j'avais voulu ouvrir la porte de la chambre sans poser l'appareil et l'avais fait tomber. Quelle angoisse ! et des larmes ! Ma grand-mère avait trouvé un réparateur qui l'avait rafistolé : à l'époque, il y avait encore des réparateurs...
19:26 Publié dans Que faire de son temps libre | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : saint-malo, saint-servan
09 mai 2009
D'un week-end en Bretagne II
Arrivés à Dinan, la jeune fille de la réception a tenu à récapituler la nature de la réservation : « Donc, il s'agit d'une chambre avec un grand lit... » Qui prêtait l'oreille devinait la survivance légère d'une interrogation. Ça m'a amusé et j'ai pensé qu'effectivement, l'exercice n'était pas évident. À moins de savoir réservée la chambre « Love » ou la suite nuptiale, et donc de comprendre facilement la nature du couple de messieurs cambrés devant elle, elle n'est pas à l'abri d'un impair - et quel est le pire ? proposer des lits doubles à un couple de tarlouzes et se mettre à pleurer à cause de leurs hurlements et menaces ou proposer un grand lit à deux hommes hétérosexuels (dont la société serait un peu radine) et se prendre une baffe ?
J'aime bien les hôtels, dans la mesure où je reste persuadé que tout peut y arriver. Adolescent, à New York, alors que je m'étais trompé d'étage (et de chambre, donc), j'étais tombé nez à nez avec un type bedonnant, l'air patibulaire, en caleçon, le rasoir à la main et de la mousse qui lui dévorait le visage, et à qui j'avais bredouillé des explications avec mes 15 mots de vocabulaire, avant de partir en courant (et en braillant !) dans les couloirs. Et à Lille, dans le petit hôtel anodin où j'étais descendu avec G., j'avais eu droit aux avances pressantes du réceptionniste - un souvenir charmant...
On a marché longuement dans la ville alors que le jour déclinait, orientés à l'occasion par la carte illisible du guide qui ne me quittait pas. Les vieux remparts, les vestiges du château, les petites rues animées et, surtout, la ruelle si charmante qui descend en pente résolue jusqu'au port fluvial. O. a voulu que l'on dîne dehors. Projet ambitieux qui n'a cessé d'inquiéter les serveurs et serveuses qui se sont succédé à notre table et que j'ai cru pouvoir rassurer en leur promettant de brûler les chaises si notre température corporelle tombait à 36°. Du poisson, du crabe et un Gewürztraminer (!) que j'ai dédié à Juliette qui en raffole.
J'aime éprouver, dans une ville nouvelle, la fin du jour, voir dans quelles lumières la ville abandonne ses murs à la nuit... Les lampadaires tendus au bout de chaînes accrochées aux murs de la ruelle adoucissaient la modernité sans la renier.
Ma mère a souvent répété qu'elle aurait aimé que mon père l'emmène au Mont Saint-Michel (« Saint-Michel-au-péril-de-la-mer »). C'est un peu en hommage à cette lubie jamais satisfaite que j'avais programmé cette entorse normande. Le réveil n'a pas sonné et nous nous sommes réveillés parfaitement reposés - pour aussitôt filer ventre à terre vers l'ancienne prison. Et dire que je craignais un peu la foule...
« Oh, je suis déçue, je croyais qu'on ne pouvait accéder au Mont Saint-Michel qu'en barque... » Cette remarque d'une jeune fille m'arrache un sourire alors que nous marchons, parmi la foule - pépé, mémé, les parents et les gosses. Visite épuisante et exaspérante. Les gens innombrables, qui avancent à pas lent sdans la petite rue (« On se fait une boutique ? parce que j'ai envie de trouver des jolies choses », dit une grosse dame devant moi), s'abandonnent à la lassitude et à l'indifférence : tous finissent par marcher en regardant leurs pieds, menacent les gosses qui s'impatientent (« tu vas l'avoir celle-là ! »). Un homme d'une bonne quarantaine d'années, au fort accent du nord, désignant du menton un passage barré, me fait rire : « On possait lo l'année derniaire, hin tonton, HIN ? ».
Loin de moi l'envie de nous faire passer pour les membres d'une sorte d'aristocratie touristique : on est comme eux, on a cru bon de visiter le MSM le samedi d'un long week-end, et on finit comme eux : exaspérés et cherchant juste à fuir. Je crois que je ne vais pas raconter cette visite à ma mère. Si j'avais le permis, si j'étais un gentil garçon, je l'y emmènerais en semaine au mois de novembre.
Une pauvre petite vierge dissimulée entre un mur
et les renforts du chemin. Au moins est-elle un peu à l'abri...
Déjeuner tardif à Cancale. Je retrouve les odeurs de la mer, le sable gris gorgé de ces petits animaux dont les jours sont comptés. Voilà plus de vingt-cinq ans que je n'avais pas revu la mer de Bretagne (avec mon père, sur la plage, à ramasser des crabes que l'on mettait dans un panier - et que l'on a fini par relâcher). Le vieux serveur (le patron ?) a une drôle de coupe des années quarante (ou celle d'une lesbienne affranchie des années vingt), une petite voix de canard, des manières obséquieuses au possible. Il ébauche de gentilles courbettes aux femmes qui toutes, sous son regard, deviennent des ladies - mais en prenant soin de suivre discrètement la ligne des fessiers des maris. Et par esprit de contradiction, ce sont bien des moules que je commande, et non des huîtres (malheureusement, je ne les aime pas...).
19:30 Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dinan, mont-saint-michel, cancale
08 mai 2009
D'un week-end en Bretagne I
Vitré a conservé de son passé de jolis vestiges - château fort qui supporte aisément nos souvenirs chevaleresques de l'enfance, rues étroites bordées de ces petits immeubles à colombage et qui ont la gentillesse de s'évaser, de fondre comme le verre, sur votre passage. Excentrique, ce qui semble être un très joli parc (et bon sang ! tout de suite penser à ce qui s'y passe la nuit !). Jour férié : les habitants sont peut-être calfeutrés chez eux, devant la télévision, ou en train de s'égayer à la campagne. Quelques minutes à flâner dans cette ville au charme certain et à la modestie tranquille...
Pour des questions un peu absurdes d'horaire, de temps à tuer, nous nous arrêtons à Rennes. Dans la voiture, j'explique à O. les réticences que j'ai à revenir dans cette ville où j'ai passé quelques jours, dans une autre vie, à traîner mon désœuvrement et ma déception, en compagnie d'un jeune homme rencontré à Paris, dans un bordel. Il était venu à Paris pour se changer les idées, parce que son petit ami l'avait une fois de plus abandonné. J... Comme j'ai pu croire l'aimer et comme le malheur me semblait alors devoir durablement poser ses valises sur le seuil de ma maison. Greg et moi, le soir de la finale de la Coupe du monde de football, nous étions réfugiés dans un cinéma à peu près vide - et une connivence immense montait dans la salle entre les rares qui étaient là. Nous avions même pu, dans le doute du match terminé, resquiller sans difficulté et voir un autre film.
En sortant, ahuris par les cris qui montaient de la ville, nous avions rejoint Jean-Philippe dans le Marais - je me souviens qu'il était grimé et saoul, suscitant et notre amusement et notre consternation. Peut-être avions-nous été manger au Petit Gavroche (qui existait encore), et nous nous étions finalement échoués, en quête de corps de garçons accessibles, dans ce bordel en bord de Seine. Et je l'avais vu, appuyé contre un mur. Magnétique. Avec le recul, je me dis que tout était peut-être soigneusement étudié chez lui (il était acteur). Je crois me rappeler avoir touché son bras. Il m'avait répondu quelque chose comme « j'aimerais autant pas » (mais je pense à Bartleby, de Melville, et à sa formule « I would prefer not to »). Et nous nous étions tenu compagnie les jours suivants, au gré des flâneries dans les rues ensoleillées, ou de séances de cinéma (une rétrospective Fassbinder). Il avait acheté un globe pour l'envoyer à son copain. Il m'avait longuement parlé de son enfance difficile, de ses parents morts, de l'appartement que son grand-père mettait à disposition à Rennes. Puis-je encore croire à tout cela ? Et je lui abandonnais des cartes postales sur lesquelles je prétendais écrire des choses belles et graves, légères. Et qui engageaient.
Avant son départ, il m'avait proposé de venir passer quelques jours chez lui, ce que je n'avais pas tardé à faire. Mais dans la gare de Montparnasse, j'avais été pris de doute, j'avais téléphoné à A. pour lui demander si je faisais bien, si tout cela avait un sens.
Les quelques jours passés à Rennes furent pénibles. Nous n'avions pas réussi à retrouver la nonchalance feinte de nos marches parisiennes, et je me sentais de trop, couvé par le regard hostile de ses amis bruyants et qui s'étonnaient de ma présence, qui demandaient, lorsque j'avais le dos tourné, qui j'étais et ce que je faisais là. Je me souviens de bribes de conversations, comme cette assertion imbécile et cruelle - j'étais là pour lui, prolongeant au-delà du raisonnable mes innocences amoureuses : « Pourquoi empêches-tu les gens de t'aimer ? ».
Cette non-histoire, à cause des promesses que j'avais cru pouvoir déceler, a creusé durablement une faille, m'a porté dès lors au sabordage de bien des histoires naissantes - et de belles histoires, simples, à l'occasion, mais qui me menaçaient de façon imprévue, qui ne parvenaient pas à s'arrimer sur cette partie secrète de mon âme, lointaine et devenue lisse.
Je n'ai rien reconnu de la ville. Absolument rien - « tout a été refoulé », m'a dit O.
Malgré son charme vraisemblable, sa jeunesse, sa mobilisation universitaire, ses aspérités architecturales (d'étranges petits immeubles, la jolie entrée de la piscine...), et ses douleurs (les blessures répétées par le feu), je n'aurai pas de tendresse pour cette ville. Sauf peut-être pour l'église Notre-Dame-en-St-Melaine dans laquelle un jeune homme priait à voix haute et avec ferveur. De très belles lumières sur le pavage.
19:33 Publié dans Les lieux, Que faire de son temps libre | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bretagne, vitré, rennes
D'un visage revenu de nulle part
Je me suis réveillé le cœur détendu par un rêve de quelques secondes à peine, et qui ne m'a rien laissé des instants charmants que je venais de partager avec un jeune homme de 17 ans.
Dans le trajet brumeux du métro, mon regard courant de visage en visage, et Bach à mes oreilles pour donner un peu de tempérance aux minutes à tuer, dans les secousses de la ligne 8, dans les arrivées et les départs des visages inconnus, me sont revenus les linéaments d'un rêve plus ancien dont j'ai fini - regard concentré posé contre la vitre, respiration incertaine - par retrouver la moelle et la douceur. J'étais en week-end à la campagne chez une amie, allongé sur un de ces vieux lits étroits et mous, contre le torse blanc d'un tout jeune homme de 17 ans
lui aussi. Il avait de beaux cheveux noirs et quelques mèches ciselaient irrégulièrement l'arrondi de son front. Je me souviens d'une chambre mansardée et du contact du papier peint abîmé et désuet : de minuscules fleurs bleues, serrées les unes contre les autres, sur un fond blanc crémeux. Je me souviens du danger - il était mineur - et de la tranquillité avec laquelle il envisageait l'entrée de notre hôtesse dans la pièce. On s'aimait, disait-il, ce qui suffisait à venir à bout de toutes les peurs, du moins dans les instants suspendus du bonheur de cette chambre. Il renonçait là, devant moi, au doute et à la peur, et le temps de la paix, du mystère de l'autre enfin levé, durerait mille ans. Je m'étais réveillé calme et doux, triste et seul. Étonné aussi : la jeunesse ne suscite en moi que peu d'émotions généralement.
Et j'ai emprunté les couloirs du métro. Ça sentait l'urine, la fatigue, les foyers abandonnés à regret, je dévisageais les hommes et les femmes à la grise mine, sur le point de renoncer au souvenir de ces deux rêves qui se faisaient écho à quelques mois.
Mais alors que je m'installais sur un siège de la ligne 1, détendant mes jambes, appuyant ma joue contre la vitre un peu tiède, est remonté à la surface, des tréfonds de ma mémoire, le souvenir un peu flou d'une scène souvent répétée alors que j'étais en terminale au lycée.
Entre deux cours, Caroline et moi avions l'habitude de nous installer un peu à l'écart des autres, sur un palier. Assis sur les marches poussiéreuses de l'escalier en bois, solitaire, mais à deux mètres seulement de nous, un jeune homme blond, d'un an plus jeune, restait là silencieux à nous regarder à la dérobée, écoutant peut-être ce que nous disions derrière son air un peu triste. Depuis notre bulle, nous n'avons jamais, je crois, songé à lui demander son prénom, ni même, évidemment, s'il voulait prendre part à nos conversations. Mais je sentais son regard et je connaissais la joliesse de ses traits, une belle peau blanche, un lointain cousin, peut-être, d'Hermann, Peter, Helga ou Hans. Et à 15 ans de distance, ma tête ploya sous la peine : la beauté croisée et qui laisse quelque chose d'une brûlure.
19:33 Publié dans L'enfance, La boîte noire | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rêve, bach, passion selon saint matthieu, kommt, ihr töchter
Des dessins animés de l'enfance
Je ne me souvenais pas qu'Albert était à ce point folle...
09:26 Publié dans L'enfance | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
04 mai 2009
Des 25 choses essentielles me concernant
Ryan Erevan (bien sûr que c'est son vrai nom !) m'invite à reprendre la chaîne : 25 choses me concernant.
- Je ronge mes ongles. Aussi loin que je me souvienne, je ronge mes ongles.
- J'ai une tache de naissance qu'à l'adolescence je faisais passer pour une marque du diable.
- J'aime parler de Snoopy comme d'une personne réelle.
- J'ai horreur d'acheter des vêtements, et les essayer dans une cabine me provoque des démangeaisons dans le dos.
- Quand j'attends que le feu piéton passe au vert, je m'amuse parfois à faire un signe (pas trop) discret avec les doigts pour faire croire que je suis Elisabteh Montgomery.
- Je n'ai pas le permis de conduire ; il est de plus en plus difficile de faire passer cela pour un choix.
- Il me manque une molaire.
- Je suis bordélique.
- Depuis cinq ans, je fais les quatre mêmes desserts lorsque je dois en apporter un.
- J'ai toujours le sentiment d'être l'objet de beaucoup de méprises.
- Je déteste les sushis et, de façon générale, les choses crues et froides.
- À l'occasion, je réponds des horreurs aux jeunes gens qui récoltent de l'argent pour des œuvres humanitaires ("merci, j'ai déjà mangé" à un jeune homme blond d'Action contre la faim). Je le fais toutefois rarement car je suis un faux cynique.
- Je suis gaucher mais je ne sais pas jouer au tennis.
- J'ai un cœur d'artichaut.
- J'aime bien retirer mes lunettes pour être un peu hors du monde.
- Si je m'interdis de pleurer quand j'en ai besoin, j'ai mal à la tête et à la gorge.
- J'aime bien adopter le rôle du cartésien, tout en racontant des histoires mystérieuses.
- Je ne crois pas à l'astrologie, mais si ça vous intéresse, je suis gémeau et dragon.
- Je suis soupe-au-lait et pas rancunier.
- Je fais parfois croire que je mange mes ongles de pied.
- J'ai parfois du mal à accorder mes principes à la réalité (par ma faute).
- Je n'ai pas la main verte mais je ne suis pas contre parler aux plantes.
- Je suis allergique aux poils de chat (oui, je sais, en fait on n'est pas allergique aux poils...).
- Quand j'avais vingt ans, j'aimais bien passer près du petit séminaire dans l'espoir de séduire un religieux.
- Je déteste que mes doigts entrent en contact avec les résidus de repas qui ne sont pas passés par le syphon.
19:36 Publié dans Que faire de son temps libre | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note



