08 avril 2008

Du « para-spectacle » au cinéma

18906731.jpgCe soir, en patientant avant de pouvoir entrer dans la salle de cinéma pour y voir Les Toilettes du Pape (El Baño del Papa), j’ai dû supporter la conversation répétitive d’un gentil petit couple exaspérant. Lui avait l’air psychorigide, elle amoureuse. La séance était annoncée à 18h mais il fallait attendre que les spectateurs de la séance précédente sortent.

Lui (regardant sa montre, soupir) – Il est 18h01, ils sont drôlement à la bourre !
Elle – …Ui-ui…
Lui – Ça ! à n’en pas douter, ils ont pris du retard à la séance d’avant !
Elle – …Ui-ui…
Lui (regardant sa montre, soupir) – Il est 18h02…
[…]


Ma mère me dit toujours que je ne supporte rien. Elle n’a pas tort.

Autrefois (il y a trrrrrrrrès longtemps), lorsque j’allais au cinéma avec Hélène et que nous devions faire la queue, nous coupions court aux conversations envahissantes en en improvisant une du meilleur goût :

Moi – Mais tu vas le garder ?
Elle – Ch’ais pas…
Moi – Mais tu sais qui est le père ?
Elle – Ch’ais pas… ça dépend…
Moi – Mais c’est p’t’être pas bon de se faire avorter autant…
Elle – Ch’ais pas…
[…]

Généralement, les gens arrêtaient de parler pour suivre le feuilleton réaliste. Ça nous amusait beaucoup (on était trrrrrrrrès jeunes).

Parfois, le spectacle est dans la salle. Je ne parlerai pas des messieurs qui ronflent, des messieurs qui se lèvent pour leur donner une tape derrière la tête (ce que j'ai vu lors de la projection de l'Accordeur de tremblements de terre), des autres messieurs qui lâchent un très bref rire d’un air entendu, etc. Mais je me souviens particulièrement de deux épisodes ; et ce qui est amusant (bon…), c’est qu’il s’agissait à chaque fois d’un trrrrrrrrrrrrès vieux film.
À la fin de la projection de Metropolis, une blonde se lève et dit à sa copine :

mais c’est un peu bizarre la façon dont ils sont maquillés, non ?
oui et je trouve qu’ils surjouent trop ! Ils font trop de gestes !

Alors bien entendu, on répète souvent que Fritz Lang ne considérait pas son film comme influencé par l’expressionnisme. Mais bon… il n’y a guère que lui pour dire ça !
Quoi qu'il en soit (je parle des blondes), c’est bien de remarquer encore de ça en 2004 ! Qu’auraient-elles dit après Nosferatu !

À la fin de la projection de Pages arrachées du livre de Satan (une des histoires évoque avec critique les combats bolcheviques menés en Norvège), un bobo théâtreux (j’avais un peu suivi sa conversation) flanqué d’un gamin de 7 ans qui, le pauvre, s’était plus qu’impatienté durant la projection, lance à son copain : « bah dis donc, il était drôlement réac’ le Dreyer ! »
J’ai cru que j’allais exploser ! à cause de sa tronche d’acteur, de son gamin et de ce jugement inepte. Comme je suis plutôt poli (et que j’ai horreur du scandale, et que je suis plutôt lâche), je me suis tu…

« Tu ne supportes vraiment rien ! »

(ma mère)

....

 

Je viens de me souvenir d'une autre petite phrase brillante. Après trois films de Pelechian, j'ai entendu :

Bah dis donc, c'est bizarre son montage !

Commentaires

Moi je trouve que les conversations de la populace (Oui, j'avais envie d'être hautain!) sont souvent drôles et folkloriques ou du moins risibles et grotesques (ce qui dans tous les cas, me fait passer un bon moment).

Il m'est par contre déjà arrivé d'être mal à l'aise (souvent dans les transports) par rapport à certaines discussions (notamment au téléphone) où les gens peuvent manquer de pudeur et de retenue.

Ecrit par : Fayçal | 09 avril 2008

> Fayçal : je peux te garantir que la conversation à laquelle j'ai assisté était insupportable d'ennui ! Quant à "populace"... humm ! j'aime pas beaucoup ce genre de mot !!

Ecrit par : christophe | 09 avril 2008

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