07 avril 2008

Du film regardé seul

Le cinéma est une affaire sérieuse. Bien entendu, je peux dire n’importe quoi, tout et son contraire, je m’en fous, dans la mesure où je ne bosse pas aux Cahiers du cinéma (que je respecte infiniment par ailleurs !). Il y a quelque temps, ma tante m’expliquait qu’elle ne pouvait pas aller au cinéma toute seule, que c’était au-dessus de ses forces : elle a besoin, après la séance, d’échanger avec une copine.

Aller au cinéma seul ne m’a jamais posé problème. Certes, il y a des films que je conçois difficilement de voir en solitaire : les films d’horreur, les 18912135.jpgproductions bollywoodiennes, les Miyazaki – autant de films que je vois volontiers avec Chapi (et, à présent, avec Chapo également).

Il y a, d’autre part, les films que je vois indifféremment seul ou accompagné d’amis : le cinéma asiatique dans son ensemble par exemple (j’ai vu ce soir – seul – Les Larmes de Madame Wang). À l’occasion, il y eut des débats assez vifs, notamment avec un pote que j’ai cessé de voir (pas pour cette raison !) : il en avait fait des tonnes à la sortie de Gerry (que j’avais trouvé prétentieux) et avait râlé au-delà du concevable à la sortie de La Femme est l’avenir de l’homme. Enfin, il y a les films que je préfère voir seul, parce que, plus je vieillis, plus je suis sensible (sensiblerie que tout cela !). Plus exactement, chaque film un peu difficile tisse des liens mystérieux avec ce monde en triste état, d’autres films, ma vie en général, et ce processus qui ne s’achève que de nombreuses heures après ma sortie du cinéma se doit d’être mené dans une espèce d’évanescence et de paix : je retire mes lunettes et la rue devient floue, je marche les mains dans les poches et je réfléchis, ou je laisse la tristesse m’envahir, la nostalgie de personnages qui peinent à n’être que cela. Certains films m’ont laissé très abîmé (je pense, en vrac et comme ça me vient, à Bent, Breaking the waves, Sue perdue dans Manhattan, Boys don’t cry et, plus récemment, à Requiem ou à The Bubble).

Être accompagné m’oblige à relativiser mes bouleversements, à me détacher sitôt le générique achevé. C’est difficile et c’est pénible.

Commentaires

je comprends bien ce que tu veux dire, le fait de devoir se détacher du film lorsqu'on n'est pas seul, et pourtant, je n'y suis jamais allé seul. Ton billet me donne envie de m'y mettre.

Ecrit par : Joss | 08 avril 2008

Il ne faut pas se priver : c'est un cap à passer. En même temps, il est des gens avec lesquels on peut partager les silences à la sortie de certains films.

Ecrit par : christophe | 09 avril 2008

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